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Dimanche 30 Décembre 2018

Une nuit aux urgences d'un hôpital public parisien : le témoignage édifiant d'une patiente



Mona Perret est professeur des écoles. Se sentant très mal la nuit du 25 décembre, étant immuno-déprimée et fièvreuse (39), elle décide d'appeler SOS Médecin après plusieurs vomissements.

Mais une bonne heure après le passage du médecin, son état de santé s'est aggravé. Sa fièvre a grimpé, avoisinant les 41 degré et les vomissements n'ont pas cessé. Elle contacte alors le Samu qui la prend rapidement en charge et la transfère vers l'hôpital public le plus proche. 

C'est le début d'un calvaire, elle raconte sa nuit aux urgences. Témoignage :


"Après 48h passé dans un hôpital parisien, besoin d’écrire et de raconter ce que j’ai vécu. Toc toc Agnès Buzin !

Tout a commencé le soir du 25 décembre, fièvre à 41, immuno-deprimée, appel au Samu qui envoie une ambulance et m’emmène à l’hôpital le plus proche.

Arrivée aux urgences à 3h08 du matin. Une dame à l’accueil au bout du rouleau qui me soutient qu’elle a comme moi et que je dois rentrer chez moi. Elle finit par accepter de me faire entrer « pour cinq minutes, un infirmier vous donnera des médicaments ».

À ce moment là, je ne me doutais encore de rien. Ma mère n’a pas le droit d’entrer et doit rester dans la salle d’attente à l’extérieur des urgences. Je suis accueillie par une infirmière, elle même au bout du rouleau, nonchalante, qui n’écoute pas vraiment les infos.

Elle m’installe ensuite dans une salle d’attente. Il est 3h30. Je m’installe. Le sol est jonché de déchets, j’observe autour de moi. Des gens partout qui souffrent. Des gens dans des brancards. Des gens dans des lits. D’autres sur des chaises, des fauteuils.

D’autres à même le sol. Certains appellent à l’aide. Personne ne vient. Pourtant, le personnel médical est là et s’affaire du mieux qu’il peut. Tous ces soignants ne s’arrêtent jamais. Ne prennent pas une seconde de pause mais sont sollicités.

Certains deviennent alors parfois agressifs tellement il est impossible pour eux de tout gérer. Des patients s’énervent, souffrent. Il est 5h, personne n’est venue me voir. Aucun soignant n’a eu le temps de prendre ma température alors que j’avais 41 de fièvre.

Je prends un doliprane apporté par moi même. Je décide d’aller aux toilettes. Impossible. Du sang, de la pisse, des excréments partout. Je me retiens et retourne m’assoir. Ma mère n’a toujours pas l’autorisation de me rejoindre.

À 6h, grâce à l’aide d’un médecin ma mère passe enfin la porte et peut attendre avec moi. Elle me raconte que dans sa salle d’attente des sdf dorment à même le sol. A 6h30, un étudiant en médecine me reçoit dans un box avec une table de consultation.

Malgré le monde, il prend le temps, m’ecoute. Me prescrit des bilans et des radios à faire immédiatement. Il me dit que sa chef viendra valider ses dires et me voir d’ici une demie heure. J’ai le droit de rester dans le box (je réaliserai plus tard la chance que j’ai).

À 8h, personne n’est passé me voir mais un infirmier vient me faire des prises de sang et me dit que je dois aller faire une radio. J’y vais et je reviens dans mon box. Les équipes tournent. Les médecins se concertent avec l’équipe de jour. Ils ne sont vraiment pas nombreux.

Beaucoup de patients de la nuit sont encore là et les patients de jour commencent à affluer. Tout le personnel est débordé. Les urgences se remplissent un peu plus. J’ai de la chance je suis allongée sur ma table de consultation dans un box pouvant se fermer avec une porte.

Ma mère est avec moi. Dans le couloir des gens partout. Dans des lits, des brancards, des chaises, des fauteuils, des bancs, debout. Facilement 100 personnes pour 2 médecins, quelques internes, infirmiers et aides soignants. Tellement peu de personnels.

Ceux-ci courent de partout mais ne peuvent pas tout gérer. Des urgences vitales. Le personnel mobilisé à plusieurs reprises en salle de déchocage. Personne alors pour tout le reste des urgences. Je vais alors perdre la notion du temps. De 8h à 16h, rien ne se passe.

Pas de nourriture. Pas d’eau. Pas de température. Pas de médicament pour soulager la fièvre. Et des gens de partout. Je découvre la misère et la détresse humaine. Des gens qui souffrent et qui ne peuvent être soignés correctement par manque de moyens.

Malgré un personnel soignant qui se démène du mieux qu’il peut et que j’admire. À 17h, le médecin m’annonce que l’on me garde en service d’hospitalisation de courte durée. Je quitte les urgences à seulement 19h. 16h après mon arrivée.

Dans ma chambre, un matelas en plastique, pas de coussin ni de couverture. Mais j’ai de la chance, j’ai été prise en charge. Des personnes arrivées depuis la veille attendaient encore dans des brancards dans les couloirs par manque de places en chambres dans les différents services.

Je retiens de ces 48h passées là bas la solidarité qui se crée entre patients, la misère et la souffrance humaine à son plus haut degré mais aussi la façon dont le personnel médical se démène au milieu de ce véritable champs de bataille. Sans aucun moyen matériel et humain.

Je retiendrais les paroles de cet étudiant en médecine, ultra efficace mais qui au bout de cinq ans veut partir des urgences et qui m’a dit « ici, les gens qui travaillent ne s’écoutent plus et n’écoutent plus les autres ».

Je vais mettre longtemps à oublier tout ce que j’ai vu et vécu mais je n’ai pas à vivre ça tous les jours. Merci à vous, soignants et bravo à vous de revenir travailler chaque jour dans de telles conditions. Cela est inadmissible !"

Mona Perret 

Témoignage initialement publié sur twitter et disponible ici.









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