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Mercredi 24 Janvier 2018

Réforme du bac : bonjour l'arnaque !

Par Jy Mas.



La commission Mathiot a été chargée par le ministre de l'éducation Jean-Michel Blanquer de rédiger un rapport sur la réforme du bac et du lycée. Elle devrait rendre son rapport au ministre à la fin du mois mais les grands axes de ce projet sont déjà connus.


On commence à avoir une idée des grands principes sur lesquels reposera le projet de réforme de l’organisation du bac et de l’enseignement secondaire général dont le ministre de l’éducation Jean Michel Blanquer a chargé la commission Mathiot et ...ça ne s'annonce pas très bien. Ce projet de réforme, même si ce n’est qu’un projet (le rapport devrait être rendu d’ici fin janvier), génère des inquiétudes légitimes quant à sa faisabilité et sa cohérence [1].

Des « séries » aux « parcours »

Comme annoncé, les trois séries de l’enseignement général ( L /ES /S) devraient disparaître au profit de 9 « parcours » qui seront composés de la façon suivante :

- Un tronc commun (TC) de 15 heures en première (Français, LV 2, LV 1, Maths, HG et EPS) et 10 heures en terminale ( Philo, Maths, EPS, LV1, LV2, HG)

- De deux disciplines « majeures » de 3 heures chacune en première et 6 h en terminale à l’origine des différentes « parcours » (Math/Physique, Maths/SVT, Maths/ informatique, Maths/SES, HG/SES, Art/Lettres, Art/Langue, Lettres/Philo).   

- De deux disciplines mineures (dont on ne connaît pas la composition mais qui devraient être fonction des majeures retenues) de 1,5 heures chacune en première et en terminale.
 



Cette organisation devrait entraîner la diminution des horaires hebdomadaires actuels de quelques heures. Les enseignements seraient semestrialisés et organisés sur 4 semestre en tout (deux en première et deux en terminale). Ces parcours seraient effectifs dès la première, la classe de seconde resterait une classe de détermination, mais serait aussi semestrialisée (avec une pré-spécialisation dès la seconde).

Commentaires :

- Il y a de fortes chances pour que certains parcours ne trouvent pas leur public ou n’attirent que très peu d’élèves en raison de la faiblesse des débouchés qu’ils proposent. Notamment les parcours au profil littéraire représenteraient 40% des parcours proposés alors que la filière L actuellement n'attire qu'à peine 20% des bacheliers généraux. Comment va-t-on inciter 20% des élèves de seconde à choisir des parcours qui ne les attirent pas ? Il y a donc de fortes chances pour que de nombreux lycées ne proposent pas tous les parcours. Ce qui va poser des problèmes d’égalité face à l’orientation. Sinon le risque est aussi grand que certains lycées se spécialisent dans certains parcours (littéraire ? scientifique ? économique ?) ce qui risque de provoquer des effets de pôle qui ne peuvent qu’entrainer un renforcement de la ségrégation scolaire (les bons élèves iront dans les lycées « scientifiques » les autres devront se diriger vers les lycée littéraires). Les séries seront supprimées, mais ce seront les établissements qui devront faire des choix de spécialisation.  

 - L’articulation entre TC, majeure et mineure va poser des problèmes redoutables en terme de programme et de composition des groupes-classes. Les élèves vont donc se spécialiser dès la première mais ils n’auront pas les mêmes horaires disciplinaires en fonction de leurs parcours. Ainsi les élèves qui auront leur majeure en TC (Maths, Philo, HG) auront 8 heures hebdomadaires de cours dans ces disciplines (2h en TC et 6 h en majeure) alors que les autres élèves (SES, Physique, SVT, informatique) dont la majeure ne figure pas dans le TC n’auront donc que 6 h de majeure hebdomadaire. On peut se poser la question de l’utilité d’horaire aussi lourd dans certaines disciplines, cette spécialisation va entrainer une réduction et une rigidification des choix d’orientation dans le supérieur. Quels seront les débouchés possibles pour des élèves qui auront fait 8h de philo ou 8 d’HG par semaine ? 

 - Enfin l’articulation des programmes va être très complexe dans les disciplines qui sont proposées à la fois en majeure et dans le TC. Les élèves qui, par exemple, suivront le parcours HG/SES seront-ils mélangés en maths TC avec ceux du parcours Maths / SES ? Dans ce cas les programmes seront-il complémentaires ? Si c’est le cas, comment le prof de maths pourra-t-il enseigner en TC à des élèves qui ont 8 heures de maths par semaine et en même temps à des élèves qui n’ont que 2 h (TC) de maths par semaine ? Il y a donc de fortes chances pour que les élèves soient regroupés en TC en fonction de leur parcours, ce qui revient à recréer des séries, mais la multiplicité des parcours va renforcer l’homogénéité intra-parcours mais  l’hétérogénéité entre les parcours (entre SES/HG et SES / maths par exemple les publics risquent d’être très hétérogènes en terme de niveau alors qu’actuellement les élèves de SES sont mélangés dans les classes quelques soient leurs options).
 


La question de l’évaluation 
 
Dans le projet de réforme du bac, le nombre de discipline en évaluation finale serait réduite à 5 mais ces évaluations auraient lieu à des moments différents. Le français serait toujours évalué en première, les majeures à la fin du premier semestre de terminale (3èmesemestre du cycle) afin que leurs résultats soient pris en compte par parcours sup et par les universités.  La philo (présente dans le TC) serait évaluée au quatrième trimestre du cycle et la quatrième épreuve serait un grand oral « républicain » (GOR) d’une demi-heure, présenté devant un jury de 3 personnes (deux profs et une personne « extérieure »). Quant à l’évaluation des mineures et celle des autres disciplines, la commission Mathiot aux dernières informations semble avoir abandonnée l’idée du contrôle continu, pour proposer des examens périodiques nationaux.

Commentaire :

-L’idée d’évaluer les majeures au milieu de l’année de terminale est problématique. Cela reviendrait à évaluer les élèves au moment des bacs blancs. Ils ne seraient donc évalués que sur la moitié du programme actuel de terminale et après avoir bénéficié de la moitié seulement des heures de formation actuelle (de plus les horaires des majeures qui ne sont pas dans le TC vont diminuer de près de 40% en première). Ce n’est évidemment pas souhaitable surtout si on estime que les résultats des majeures vont jouer un rôle crucial dans la sélection pour la fac. 

-Toutefois, outre les problèmes souvent évoqués concernant le contrôle continu (pression des familles, évaluation « maison »), on oublie qu’évaluer les élèves en cours de formation ou en contrôle continu, fait porter l’évaluation sur le travail d’élèves qui n’ont pas fini leur formation générale dans une matière ; on les évalue donc avant qu’ils aient été formés définitivement aux méthodes propres à chaque discipline. Evaluer les élèves en cours de formation ou au deuxième trimestre, revient à ne pas prendre en compte ou à minorer les éventuels progrès que peuvent faire les élèves pendant l’année entière. Ainsi évaluer très tôt des élèves à la dissertation par exemple désavantagera les élèves qui sont initialement les plus faibles. Si par exemple l' élève A passe de 8 à 12 sur deux trimestres, et l'élève B stagne et obtient 12 et 12, en contrôle continu l'élève A aura une moyenne de 10 et l'élève B de 12. Alors qu'en évaluation terminale ils obtiennent 12 tous les deux, ce qui est plus équitable puisque les deux élèves parviennent au même niveau en fin d'année. La performance finale est plus représentative de leur niveau de compétence réelle, puisqu'elle tient compte des progrès de l'élève B. Ce qui est souhaitable si ses performances sont déterminantes  pour son projet d'orientation. 

- Si les épreuves de TC et des mineures sont organisées en terminale tout au long de l'année, les élèves seront donc en permanence en examen !

- L’idée d’un grand oral républicain interdisciplinaire est intéressante mais l’encadrement et la préparation de cet oral restent pour l’instant assez flous. Si les heures de préparation sont prises sur les heures des majeures du second trimestre cela entrainera une nette diminution des heures d’enseignements consacrées aux disciplines majeures, ce qui est paradoxal puisque ces matières se verraient amputer d’une partie de leurs horaires, alors qu’elles sont sensées être le cœur du parcours disciplinaire des élèves. Contrairement à une idée répandue, les épreuves orales sont souvent encore plus discriminantes socialement que les épreuves écrites comme le montrent les TPE, épreuves qui sont souvent  mieux réussies par les élèves les plus dotés en capital culturel et qui sont les plus autonomes face au travail.  On peut aussi se poser la question de la justification de la présence d’une personne non enseignante à ce jury. Sur quels critères sera-t-elle recrutée ? Trouvera-t-on des volontaires ?
 



Ce projet de réforme du bac est donc déséquilibré,  complexe et inutile :

- Il  va poser de redoutables problèmes d’organisation en terme d’EDT et de constitution des groupes. Les personnels administratifs seront donc en première ligne.

- Il va  entrainer une détérioration des conditions de travail des enseignants qui vont voir leur service  annualisé (à cause de la semestrialisation) et alourdi (augmentation du nombre de classe par prof en raison de la diminution des horaires hebdomadaires). Il va se traduire par la diminution des postes (déjà anticipée par le MEN qui a annoncé la diminution des postes aux concours d'enseignant).

- Loin de mieux préparer les lycéens à l'enseignement supérieur, il va surtout appauvrir leur formation générale, puisque dans de nombreux parcours les horaires disciplinaires vont diminuer , y compris dans les majeures. On ne va donc pas "muscler" mais désosser le bac !

Ce projet n'a finalement  comme seul objectif que de diminuer le coût du bac (il faut bien financer la suppression de l’ISF) et d’aider les facultés à sélectionner leurs élèves.  Même si l’organisation du bac par série peut être améliorée,  le bac actuel, malgré le dénigrement systématique dont il a été l’objet dans la presse (beaucoup d’articles de presse parlent du bac de façon très méprisante comme d’un « monument », d’un « rituel » ou d’un « leurre démocratique »), est désormais obtenus par 80 % d’une génération ( 50% des bacheliers obtiennent un bac général, 20% un bac technologique et 30% un bac professionnel ) et réussi, en moyenne, par 90% des candidats[[2]]urlblank:https://blogs.mediapart.fr/jy-mas/blog/100118/reforme-du-bac-bonjour-larnaque#_ftn2 . C’est donc la forme actuelle du bac qui a permis sa démocratisation, et même si le type de bac obtenu varie selon l’origine sociale des élèves, il est bon de rappeler qu’un bac professionnel ou technologique permet(ait) de s’inscrire à la fac (plus pour très longtemps justement) et que les élèves qui obtiennent un bac pro ou techno actuellement étaient le plus souvent sur le marché du travail il y a 50 ans[[3]]urlblank:https://blogs.mediapart.fr/jy-mas/blog/100118/reforme-du-bac-bonjour-larnaque#_ftn3 . On peut donc en conclure que c’est justement la démocratisation du bac qui semble poser  problème au gouvernement et qui va être remise  en cause. (Fin)

Jy Mas

1  
https://www.alternatives-economiques.fr/reforme-bac-va-changer-lycee/00082511

http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2018/01/05012018Article636507382759192361.aspx  ; http://www.ecoleemancipee.org/spip.php?article2464  ; 
http://www.letudiant.fr/educpros/actualite/reforme-du-lycee-et-bac-pistes-missions-mathiot-se-precisent.html

2  http://www.education.gouv.fr/cid57102/l-etat-de-l-ecole-2017.-couts-activites-resultats.html#Résultats

3  https://www.snes.edu/Baccalaureat-vrai-faux-contre-les-idees-recues-qui-ont-la-vie-dure.html
 







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