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Mardi 2 Janvier 2018

Propos indécents de Christophe Castaner sur les « SDF »

Par Astier Valentin.



L'Etat aurait fait son travail sur la question des sans-abri. La promesse de Macron consistant à ne plus avoir de personnes dans la rue est respectée selon Castaner. Pourtant encore 150 000 personnes sont dans les rues, dans les bois, dorment dans des tentes. La faute à qui ? Si ce n'est pas l'Etat, alors c'est la faute des sans-abri !


Ce 29 décembre, le Secrétaire d’État chargé des relations avec le Parlement, Christophe Castaner, a défendu la promesse non tenue d’Emmanuel Macron  qui affirmait le 27 juillet 2017 : « Je ne veux plus de femmes et des hommes dans les rues, dans les bois, ou perdus... C'est une question de dignité, c'est une question d'humanité et d'efficacité là aussi. » Christophe Castaner a répondu que l’État a assumé ses responsabilités en matières d'hébergements d'urgences. Mais si il y a encore des personnes dehors, à qui la faute ? Elle revient donc aux sans-abri ! En effet, selon Castaner « Des femmes et des hommes, dans le cadre des maraudes, refusent aussi d'être logés ».
 
Monsieur Castaner, avec tout le respect que je vous dois, votre argumentation ne tient pas debout. Elle n'est que pure démagogie. Je me suis moi-même inscris dans plusieurs associations d'aides aux personnes à la rue, afin de vérifier de manière empirique ce que j'étudie dans les différents rapports d'associations travaillant dans le mal-logement. Ce que vous dites est tendancieux car vous essayez de transmettre le message suivant « Les personnes qui sont encore dehors le sont car elles ne veulent pas se faire loger. » Ainsi, votre rhétorique n'est qu'une prose politicienne de plus, éloignée de toutes connaissances du terrain.
 
Je vous rejoins cependant sur un point, il y a effectivement certains sans-abris qui refusent d'être hébergés mais cela constitue d'une part une minorité et d'autre part, vous n'analysez pas les raisons qui poussent une personne à refuser l'hébergement. Le politicien ne doit-il pas connaître les attentes des demandeurs  avant de mettre en place un action adéquate ? Ou doit-il ne pas reconnaître les contradictions des dispositifs entre les demandes des sans-abri et les réponses accordées ? Dans le premier cas, nous sommes dans un travail objectif de la situation, un travail en partenariat avec les différentes associations qui travaillent sur le terrain, afin d'améliorer l'accompagnement vers le retour au logement. Dans le deuxième cas, nous rentrons forcément dans la démagogie pure et dure d'une classe politicienne carriériste, refusant l'analyse concrète de la réalité sociale, étant prête à mettre en place des arguments fallacieux afin de provoquer un écran de fumée sur leur impuissance en terme de dispositifs d’accueil. Excusez moi, mais la République en Marche choisit la deuxième.
 



Christophe Castaner, si certains sans-abris refusent d'être hébergés, il y a une multitudes de raisons à cela dont toutes sont légitimes. Par exemple l'interdiction des animaux. Certaines personnes à la rue ont pour seul compagnon un animal. Ce dernier n'est pas accepté dans les hébergements d'urgence. Jamais un individu ne se séparera de la seule personne qui par son regard, lui redonne encore le peu de dignité, cette dignité enlevée par la violence du mal-logement. Et cette personne la, c'est son animal de compagnie.
 
Deuxièmement, les hébergements d'urgence sont totalement saturés et de ce fait, ils manquent de sécurité. Dans la population des sans-abri refusant de se faire héberger, c'est l'une des raisons les plus grandes. La sécurité n'est pas bonne et de nombreux sans-abri se font voler leurs seuls biens pendants la nuit.
 
Pour terminer, Christophe Castaner a dit un « mensonge » que je n'ais pas encore relevé et le voici : « Des femmes et des hommes, dans le cadre des maraudes, refusent aussi d'être logés ». C'est totalement tendancieux mais je ne vais pas mettre cela sur le compte du mensonge ou de la démagogie, mais plutôt celui de la méconnaissance. Il confond 3 problématiques car l'écrasante majorité des personnes à la rue demandent qu'une chose, c'est le logement et non pas l'hébergement ! 
 



En effet, il y a une minorité de personnes à la rue qui refusent de sortir de l'errance, ce que l'on appelle « l'errance choisie ». Dans un deuxième temps, il y a ceux qui refusent l'hébergement d'urgence pour de nombreuses raisons citées plus haut, mais également pour la suivante : le logement ! Car l'hébergement d'urgence n'est pas un bon dispositif pour accompagner les personnes en toute sécurité, et pour travailler avec eux la construction de leur avenir, leur autonomie et leur réintégration au mode de vie dominant en collectivité. Il en faut pas confondre ceux qui ne veulent rester dans « l'errance choisie », et ceux qui refusent l'hébergement d'urgence pour ne nombreuses raisons, mais en aucun cas ils refusent le logement. Le premier est précaire et temporaire, le deuxième est stable et durable. 
 
Puis il y a l'écrasante majorité de la population des sans-abris qui elle, ne reçoit pas beaucoup de réponses de la part des politiques publiques. Les appels effectués au 115 démontrent la violence de cette réalité sociale. Par exemple en novembre 2017, seulement 1 appels sur 4 a abouti à un hébergement d'urgence!
 
Propos indécents de Christophe Castaner sur les « SDF »


En 2016, il y a eu une augmentation de 5 % de non-attribution d'hébergement. L'augmentation des réponses négatives d'hébergement concerne pour plus de 59 % des hommes seuls, 51 % des femmes seules, 73 % des couples sans enfant, et 72 % des personnes en famille  ! 
 



En conclusion
 
La promesse de Macron n'a pas été respectée. Osez mettre la responsabilité sur le compte de la minorité des sans-abris qui refusent (en toute légitimité et en tous droits) d'être hébergés est une fumisterie sans nom ! Vous réduisez la problématique des sans-logis à une seule partie de cette population (la minorité qui refusent l'hébergement) afin de masquer l'insuffisance de vos décisions politiques. Alors soyez un peu honnête, vous n'avez pas réussi à tenir votre promesse, intenable d'ailleurs. Car pour pouvoir régler la problématique des personnes à la rue, les réponses se font sur des années de travail. Il faut une grande politique de construction de logement très sociaux, avec un accompagnement pluridisciplinaire afin de diagnostiquer les difficultés de la personne, les analyser et ensuite engager des solutions durables qui ne seront pas sans grandes difficultés. En 2010 à Bruxelles, s'est tenu une conférence sur la problématique des personnes à la rue. Le résultat est sans appel : les actions dirigées vers le logement sont les plus efficaces sur le plan économique et social. Il faut dirigé nos actions vers les logements temporaires et les hébergement d'insertion.
 
Comme je les déjà dit, j'ai moi même était bénévole de plusieurs associations. Ainsi, pendant les maraudes et mes communications avec le 115, j'ai pu constater que la majorité des demandes sont rejetées par faute de place d'hébergement. Comment penser que sur les 150 000 personnes à la rue, la plupart refuserait l'hébergement ? Quel cynisme... La vérité, c'est que la majorité des demandes d'aides sont rejetées !
 
Monsieur Castaner, je vous le dit avec respect, arrêtez de vouloir faire porter l'insuffisance des politiques de votre parti sur les épaules des sans-abris. Ce ne sont pas eux les responsables de vos échecs. Cette technique de retournement de la culpabilité est perverse bien qu'elle soit très présente en politique. Nous en avons deux autre exemples avec En Marche : la culpabilisation et le flicage des chômeurs, qui seraient responsable du chômage de masse, ou encore les pauvres qui auraient trop d'aide sociale (diminution des apl) et qui en conséquence, font augmenter les prix des logements.
 



Par contre les mesures de responsabilisation contre les riches n'existent pas. Pourtant la fraude et l'évasion fiscale font perdre entre 60 et 100 milliards d'Euros à l’État, équivalent à 5 % du PIB français et qui est, équivalent au déficit annuel de l'Etat français.
 
Avec En Marche, l'impuissance et l'insuffisance des politiques publiques mise en place pour le logement n'est pas la faute de l’État, mais des sans-abris refusant l'aide accordée.
 
La politique devient : « Trouvons des coupables au lieu de trouver des solutions ».
 
Pour aller plus loin sur la problématique des sans-abri, afin de pouvoir contrer toutes ces allégations, lire :
 
Personne sans-abri ou la honte d'une société impuissante :https://blogs.mediapart.fr/astier-valentin/blog/010817/personne-sans-abri-ou-la-honte-dune-societe-impuissante
 
Enlever de l'espace public ces sans-abris que je ne saurais voir ! :https://blogs.mediapart.fr/astier-valentin/blog/080817/enlever-de-lespace-public-ces-sans-abris-que-je-ne-saurais-voir
 
En Marche, un programme logement néolibérale?: https://blogs.mediapart.fr/edition/decryptage-de-la-pensee-neo-liberale/article/230817/en-marche-un-programme-logement-neoliberale

Asitier Valentin
 








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