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Vendredi 21 Avril 2017

Non, les immigrés ne voleront pas le travail des français

Par Sabrine Abdeljaouad. The Social Face



Ces derniers mois en France ont été secoués par le sort des centaines de milliers de réfugiés venant trouver asile en Europe. Plusieurs voix à droite, à l’extrême droite mais aussi à gauche, se sont élevées contre l’accueil d’une portion de ces réfugiés.
Non, les immigrés ne voleront pas le travail des français


Dans un pays où le chômage atteint les 10% de la population active et où la croissance ne dépasse guère les 1%, la crainte était qu’un afflux massif vienne plomber les chiffres de l’emploi et des dépenses publiques au détriment des Français.

Cette idée, plus vieille que la crise migratoire, est largement répandue dans l’imaginaire populaire et fait le jeu de l’extrême-droite qui l’a matérialisée dans son programme présidentiel sous le terme de « préférence nationale » en ce qui concerne, pour le moment, l’accès à l’emploi. 
 

Populiste, le Front National relaie en écho aux peurs populaires une idée qui nous le verrons plus loin, n’a aucune consistance légale et réelle, bien au contraire. Cette manœuvre n’a ensuite la crise migratoire et l’état de l’emploi et des finances françaises que comme prétexte à un réflexe xénophobe et nationaliste maintes fois utilisé par le passé. 
 

Sans devoir remonter aux heures sombres de notre Histoire, il faut simplement se rappeler la circulaire Guéant du 31 mai 2011 qui ruina pendant 1 an les chances pour un étranger diplômé en France de travailler. Son autre conséquence, plus grave pour notre économie, fut d’augmenter le nombre d’emplois non pourvus en France. Ce nombre, selon Pôle Emploi, est actuellement de 190 000. Additionné aux 94000 emplois vacants, le nombre de postes ouverts en 2016 en France était aux alentours de 300 000. Il n’y a certes pas de quoi fouetter les chiffres du chômage mais cela reste tout de même un chiffre important qui interroge. Ne peut-on pas trouver parmi les 3 millions de chômeurs Français de quoi le combler ? 
 

La réalité est que ces emplois concernent pour beaucoup des métiers dits sous tension où l’offre dépasse la demande. L’exemple du poste de Dessinateur Projeteur dans les bureaux d’études industriels et informatiques est frappant. Ces techniciens très sollicités et détenteurs au mieux d’un BTS, peuvent prétendre jusqu’à 10 000 euros annuels brut de plus que ce que la moyenne des techniciens touche à expérience égale. Face à la pénurie mais aussi au coût de ce type de main d’œuvre, les entreprises se tournent naturellement vers la main d’œuvre étrangère tout aussi qualifiée. Si l’on reprend les chiffres de la BAMF, la moitié des réfugiés de ces derniers mois est qualifiée voir pour 10% d’entre eux, hautement qualifiés. 
 

Concernant les étudiants étrangers qui représentent la majorité des immigrés en France, il s’agit principalement de personnes poursuivant un deuxième voir un troisième cycle d’études supérieures. Du côté de l’emploi, si l’on met de côté les Grands Groupes du CAC40, davantage dans une logique de départs volontaires que de recrutement en ce moment, les embauches seraient à la hausse (+10% selon l’ACOSS). Prenons l’exemple des ESN. Elles ambitionnent de recruter chacune en moyenne 1800 salariés en 2017 en CDI, pour la plupart des jeunes diplômés Bac+5.  Environ 87 000 ingénieurs seront diplômés cette année (Chiffres cdefi) dont 14% d’étrangers soit 75 000 ingénieurs Français débutants, bien loin des ambitions en tête des quelques centaines d’ESN du marché français sans compter les prévisions en recrutement des autres structures friandes d’ingénieurs. Comment combler ce besoin si ce n’est en se tournant vers une main d’œuvre étrangère qualifiée et formée en France ? 
 

Contrairement à la croyance populaire, soigneusement encouragée par les plus populistes de nos politiques, recruter des étrangers en France constitue pour une entreprise un parcours du combattant qui en décourage beaucoup. En effet, les autorisations de travail sont rarement remises aux étrangers non diplômés en France et attendre que ces derniers le soient pour les recruter, c’est tout d’abord prendre le risque (modérément élevé selon les préfectures) d’arriver après l’expiration de leur titre de séjour (qui coïncide généralement avec la date de l’obtention de leur diplôme) et leur renvoi à la frontière. 
 

Passé ce risque, il s’agit d’être au fait des subtilités de la loi française. Les titres de séjour pour les étudiants étrangers non communautaires les autorise à travailler un total de 964 heures soit 6 mois ce qui empêche bien entendu une embauche en CDI. Quelques exceptions existent : les Algériens qui n’ont tout simplement pas le droit de travailler avec un titre étudiant et certains titres de séjour qui n’autorisent à travailler que 60% de la durée légale. 
 

Après avoir vérifié ces quelques détails, l’entreprise doit se lancer dans une démarche complexe afin, tout d’abord de procéder à un changement de statut du titre de séjour du candidat et également de justifier via l’apport de différents documents (attestation de dépôt d’offres d’emploi, courrier de motivation d’embauche, courrier de justification de candidatures refusées…) de la plus value du profil de ce candidat par rapport au profil de candidats français. Cette justification va jusqu’à nécessiter l’envoi des CV des candidats français refusés. La démarche administrative coûte quant à elle quelques 2000 euros et peut être refusée par la préfecture. Enfin, afin d’éviter l’expulsion du candidat pendant le temps de cette démarche, l’entreprise est obligée de proposer un CDD au candidat. Cela lui permet  d’appuyer son dossier d’obtention de permis de travail mais en cas de refus par la préfecture, fait perdre trois mois d’investissements à la société. La complexité des démarches explique le chiffre en 2012 de 17000 permis de séjour pour motif économique délivrés en France, chiffre faible compte tenu du nombre de chômeurs Français et d’emplois ouverts et en ouverture en France. 
 

Il est enfin à noter que les étudiants boursiers s’engagent en échange de l’octroi de leur bourse à retourner dans leur pays d’origine et que les étudiants chercheurs (3ème cycle supérieur) n’ont pas le droit de travailler. 


Les étrangers, immigrés réfugiés ou étudiants, ne sont donc pas près de plomber le chômage ou les finances publiques françaises. Bien au contraire, ils pourraient apporter à l’ économie française les compétences et les têtes manquantes dans les métiers sous tension aujourd’hui notamment dans les domaines de l’ingénierie et de l’informatique.

Sabrine Abdeljaouad 
The Social Face

 








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