Vendredi 21 Octobre 2016

Loi travail : le capitalisme veut faire payer sa crise aux travailleurs

Par Jérôme Duval.



Revue de presse.
 
Dans toute l'Europe, les mêmes réformes sont à l’œuvre, montre Jérôme Duval du CADTM, qui suggère d'internationaliser les luttes.
Loi travail : le capitalisme veut faire payer sa crise aux travailleurs

 

Une fois de plus des gouvernements serviles aux institutions financières répondent aux logiques capitalistes au profit des grandes entreprises et de leurs actionnaires. La logique n'est pas nouvelle, mais répond à un système dont la violence ne fait que s'accentuer jusqu'à l'insoutenable.
 

La mobilisation populaire qui est en train de se répandre comme une tâche d'huile en France et bien au-delà, a eu comme élément déclencheur la « Loi travail » (ou « loi El Khomri » du nom de l'actuelle ministre du Travail), qu'il serait plus juste de nommer « Loi Capital ». Comme le mentionne le communiqué du 8 avril de « Nuit Debout » à Paris, « cette réforme n'est pas un cas isolé puisqu'elle s'inscrit dans la liste des cures d'austérité subies par nos voisins européens et aura les mêmes effets que le Jobs Act italien ou la Reforma laboral espagnole : plus de licenciements, plus de précarité, plus d'inégalité et le renforcement des intérêts privés. Nous refusons de subir cette stratégie du choc, imposée notamment dans un contexte d'état d'urgence liberticide. » 
 

En effet, en Irlande, en Grèce, au Portugal, à Chypre, en Espagne, en Italie, en Roumanie, en République tchèque, en Slovaquie, en Estonie, en Hongrie, en France ou au Royaume-Uni et très bientôt à nouveau en Belgique, de nouvelles offensives portent atteintes aux droits du travail. Sur injonctions d'institutions, non-élues, au service du capital transnational (Commission européenne, Banque centrale européenne, Fonds monétaire international), se poursuit la mise en place de mesures législatives.
 

Celles-ci facilitent les licenciements sans motif et les rendent moins coûteux pour les employeurs, organisent la baisse des salaires ou le recours au travail précaire, affaiblissent la négociation collective au profit d’accords d’entreprises quand ce n'est pas selon le bon vouloir du patron (« décentralisation du droit du travail vers l'entreprise »). À titre d'exemple, rappelons qu'une des premières mesures de la Troïka en Grèce avec le 1er mémorandum de 2010 consistait à restreindre les conventions collectives aux dépens des travailleurs dans un pays où le salaire minimum a chuté de 751 à 580 euros (3). Le programme économique qui a accompagné l’entrée dans l’UE de la Croatie, en 2013, prévoyait que le pays « simplifie ses procédures de licenciements collectifs, élargisse l’éventail d’activités autorisées aux agences d’emploi intérimaire et abolisse la limite mensuelle d’heures supplémentaires ».
 

En France, dans une « recommandation » officielle datée du 14 juillet 2015, le Conseil de l’Union européenne somme le gouvernement de Manuel Valls de « faciliter, au niveau des entreprises et des branches, les dérogations aux dispositions juridiques générales, notamment en ce qui concerne l’organisation du temps de travail ». Un mois et demi plus tard, est publié le projet de loi Travail qui reprend l’essentiel des exigences du MEDEF et obéit aux injonctions de la Commission européenne. Cette dernière en profite alors pour critiquer, dans un rapport annuel, un marché du travail trop « rigide », et s'empresse d'encourager la réforme à venir. Le Code du travail serait trop protecteur en France, il faudrait le démolir pour assouvir les exigences du patronat. Et c'est bien à une démolition méthodique permettant de déstructurer les liens entre salariés et employeurs régis par les conventions collectives et le Code du travail à laquelle nous assistons. Au lieu de défendre les droits des hommes et des femmes dans l'entreprise, véritable objet du Ministère du Travail à sa création en 1906, on fait exactement l'inverse : on subordonne les droits humains aux droits de l'entreprise et de ses actionnaires. Cette démolition d'un siècle d'histoire du droit du travail construit par les luttes sociales victorieuses est une véritable contre-révolution au service des financiers.
 

Après la logique sécuritaire de l’état d’urgence et la tentative ratée de son projet démagogique et xénophobe de déchéance de nationalité, le gouvernement Hollande s'obstine face à un mouvement populaire grandissant qui refuse sa politique anti-sociale. Partant du point névralgique du capitalisme, le travail et son exploitation, cette rébellion va au-delà pour questionner le système dans son ensemble. Un lien organique s'établit ainsi entre les étudiants et les syndicalistes condamnés de Goodyear, les travailleurs en luttes d'Air France-Roissy, les ouvriers de PSA Poissy, de la RATP, des cheminot.e.s, des Intermittents et Précaires, etc. Il rend possible la convergence des luttes, seule à même d'atteindre le seuil critique capable de tout renverser.


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