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Mardi 24 Octobre 2017

Liberté, égalité, fraternité ?

Par Marcel Nuss.



Que vaut encore notre devise : liberté, égalité, fraternité, dans le contexte politique, économique et social actuel ? La France est-elle bien une République démocratique ? L’est-elle toujours ? L’a-t-elle jamais été ? Comment ne pas s’interroge quand elle s’assied de plus en plus effrontément sur sa devise dont elle est si fière ?


Liberté ? Quelle liberté ? De mourir dans des souffrances inhumaines parce qu’on n’a pas le droit à une mort assistée ? D’être parmi les millions de Français vivant sous le seuil de pauvreté ? D’être privé de droits élémentaires ? De se voir voler le peu qu’on a au profit des riches ? De voir l’AAH évidée de façon pernicieuse et éhontée ? Celle de se taire en baissant la tête ? D’avaler les mensonges grossiers de l’État qui pense les Français « de basse caste » trop stupides pour comprendre les manœuvres discriminantes ? Accueillir à bras ouverts al-Sissi, le dictateur, Trump, l’hystérique, des dictateurs africains ou d’Extrême-Orient et Jinping, le mégalomane, un jour, pour le fric, juste pour le fric, car il n’a pas d’odeur, surtout pas celle de cadavres ; on les met sous le tapis de l’Élysée, le temps de signer les contrats sans états d’âme ?
 



Égalité ? Quelle égalité ? Celle de constater les inégalités sociales, raciales et religieuses se creuser sous une indifférence grandissante ? Celle de nourrir le racisme, la ségrégation, les discriminations sans aucun discernement ni bon sens ? Celle de laisser croupir dans la rue et des appartements insalubres des millions de personnes, dans une misère exponentielle ? Celle de proclamer la main sur le cœur de sa bonne foi et de sa détermination à réduire les inégalités en engonçant copieusement les riches ?

Fraternité ? Quelle fraternité ? D’expulser les réfugiés, les immigrés comme de la vulgaire chair indigne et trop indigeste pour notre société aux plus de 70 multimilliardaires ? Notre pays au racisme galopant ? La France xénophobe, de plus en plus à droite, voire à l’extrême droite qui vomit l’étranger, les différents, car elle a peur de son ombre, bien encouragée par des politiques encore pires et misérablement démagogues ? D’être pauvre et/ou handicapé en crevant en silence par manque de solidarité et d’égalité ?
 



Pour autant, une majorité de Français ne semble pas déranger devant cet état de fait, ce constat déplorable et inquiétant. Ça semble même en rassurer un grand nombre. Tous les autres crient dans le désert ou sont inaudibles, quand ils ne sont pas inexistants, repliés sur eux-mêmes, enfermés dans leur bulle. Pourquoi ? Pourquoi pas davantage de réactions ? Après l’attentat de Charlie hebdo, ils étaient des millions dans la rue. Aujourd’hui, à chaque attaque contre notre devise, les valeurs qu’elle représente et défend, il y a de moins en moins de monde qui manifeste son indignation, son refus. Pourquoi ? Les Français sont-ils majoritairement devenus un peuple résigné, fataliste et soumis, où règne le chacun pour soi et le sauve-qui-peut individualiste ? Où la survie au quotidien pompe toute l’énergie dans un pays qui compte de plus en plus de pauvres, de précaires, de démunis, de « fainéants » en somme ? Pourtant, la résignation, toute résignation, a pour conséquence d’augmenter les injustices, les pressions. En effet, pourquoi se gêner ? Pourquoi les gouvernements successifs de ce XXIe siècle se gêneraient–ils puisque, qui ne dit mot consent. Et ce n’est pas la gauche ni les syndicats qui sauveront quiconque, ils sont en miettes et en plus pourris par les dissensions, les rivalités, leurs aveuglements stupides. Ce ne sont pas les vociférations fanfaronnées par Mélenchon qui vont stimuler qui que ce soit, pas comme ça. Ni les convulsions du PS et du parti communiste, pas davantage que les compromissions avec le pouvoir de FO et de la CFDT. Tant de Français ont besoin de rassemblement et de solidarité, de discours cohérents et consensuels. Au contraire, chacun essaie de tirer la couverture à soi et d’accuser les autres dans l’incapacité. Cacophonie géniale et généralisée ! Sauf chez Macron, droit dans ses bottes et sûr de lui ; il faudrait être de mauvaise foi pour s’en étonner. Le monde se droitise de façon vertigineuse et dangereuse. Le conservateur et les libéraux et ultralibéraux de tous poils se frottent les mains et s’en mettre plein les poches. Au détriment insensé et criminel de l’écologie sociale, environnementale et solidaire.
 
Dans ces conditions, les seules liberté, égalité et fraternité concevables sont désormais nichées à l’échelle individuelle voire dans des petits groupes solidaires, unis et déterminés. C’est-à-dire dans de la guérilla sociale et libertaire. Une forme d’anarchie en quelque sorte, revendiquée et assumée dans un État policier. Au stade où on en est, ça semble être le seul espoir, la seule issue, pour apporter de l’espoir, un peu de lumière.

Marcel Nuss
 







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