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Mercredi 26 Juillet 2017

Lettre ouverte à Claire O'Petit

Par Manon Cousseau.



Suite aux derniers propos de la députée LREM Claire O'Petit concernant les APL, une citoyenne Française étudiante en sociologie a décidé de lui adresser une lettre ouverte. La députée de l'Eure s'était retrouvé dès lundi au coeur d'une polémique après avoir déclaré que les jeunes devaient "arrêter de pleurer" pour les 5€ retirés de leurs prestations à l'aide au logement à la rentrée prochaine.


Chère Madame la députée,

Je tiens aujourd’hui à vous écrire au sujet des propos que vous avez récemment tenus au micro du Huffington Post quant à la baisse programmée des APL. En effet, vous ne semblez pas avoir conscience de ce que sont véritablement les aides au logement dont bénéficient les Français les plus en difficulté, et non seulement les étudiants. Depuis 1977, l’aide personnalisée au logement a pour fonction de favoriser l'accès au logement des plus modestes. Notamment conditionnée par les ressources directes du ménage, elle comprend depuis 2016 une forme de dégressivité puisque les personnes rattachées au foyer fiscal de leurs parents, qui payent l’ISF, n’y sont plus éligibles. Mon propos ne vise pas à vous démontrer que les APL sont aujourd'hui une aide d’importance vitale, chaque euro comptant, pour la totalité de ses bénéficiaires. Mais il demeure que la précarité de la majorité de la population éligible, et notamment de nombre d'étudiants - que vous visez principalement - ne vous donne ni le droit ni la légitimité de clamer que « si à 18, 19 ans, 20 ans, 24 ans, vous commencez à pleurer pour cinq euros, qu’est-ce que vous allez faire de votre vie ? ». Quand l’on a connaissance des inégalités sociales et plus particulièrement des inégalités face à l’apprentissage scolaire ou des inégalités spatiales, il va de soi qu’il faille permettre aux familles modestes de financer le logement de leurs enfants pour leurs études supérieures. C'est ce qu’encourage, entre autres, l’existence de l’APL. Par ailleurs, non, tous les étudiants bénéficiaires de l’APL ne sont pas boursiers. Ce sont des aides distinctes répondant à des besoins distincts.

Le véritable problème que soulève la réforme de l’APL ne réside pas simplement dans les seuls cinq euros par mois qui seront enlevés à tous les bénéficiaires, et par vos propos, vous semblez faire exprès de ne pas comprendre : d’une part en effet, cinq euros constituent pour certains - mêmes s’ils ne constituent pas la totalité des bénéficiaires - une somme considérable, et vous méprisez par l’usage de vos mots ces derniers. Mais aussi et surtout, c’est la dimension symbolique de la mesure qui est à prendre en compte et que manifestement vous n’apercevez pas : soustraire arbitrairement cinq euros à tous les bénéficiaires - mesure faisant fi de l’équité - ne revient pas à réduire le montant des aides de ceux qui en ont le moins besoin - mesure dégressive et donc plus équitable.

Votre discours trahit votre impossibilité à prendre conscience des symboles et des enjeux non seulement politiques mais aussi économiques qui accompagnent les outils de redistribution du système économique français : quand vous dîtes « c’était ça ou on augmente les impôts », ayez la curiosité de vous demander en quoi ces deux mesures différent. L’impôt, selon la forme qu’il revêt, peut être progressif, ce qui n’est pas le cas de la mesure que vous justifiez très maladroitement. Si le gouvernement considère qu’il faille revoir le budget de l’APL, il existe différentes façons de le faire. Vos propos, en plus de témoigner de votre méconnaissance des outils de la politique économique, sont méprisants vis-à-vis de la jeunesse étudiante pour qui vous ne paraissez pas avoir grande considération. Vous êtes une élue et ce statut vous oblige au respect des citoyens puisque votre fonction est de les représenter. Sans eux, vous n’avez aucune légitimité.

Je vous remercie pour l’attention que, je suis sûre, vous saurez me porter.

Respectueusement,

Manon Cousseau
Étudiante en sociologie à l’Ecole Normale Supérieure







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