les répliques intellectuellement engagées
Facebook
Twitter
Instagram
YouTube
Samedi 26 Novembre 2016

Les destructeurs d’État

Par Jean-Luc Gasnier.



Alain Juppé et François Fillon, présentés comme des hommes d'Etat, ont tous les deux pour principale ambition de réduire drastiquement le périmètre des services publics proposés aux français. Ce sont en fait des destructeurs d'Etat.
Palais de l'Elysée
Palais de l'Elysée


La France est endettée, elle serait même selon François Fillon « menacée de faillite ». Pour les représentants de la droite, et notamment pour les finalistes de la primaire, la raison en est claire : le trop d’Etat. Et les coupables sont tout désignés : les fonctionnaires. Le  diagnostic et les remèdes proposés sont simples, facilement compréhensibles, ils s’inscrivent dans le cadre d’un « prêt à penser » relayé depuis des années par les médias dominants. La doxa libérale est dans la tête de leurs électeurs, il convient de servir le discours attendu. 300.000, 500.000 fonctionnaires en moins, qui dit mieux ?
 

Cette « dette abyssale » agglomère pourtant de nombreux éléments et il faut au bouc-émissaire désigné  de très larges épaules pour endosser et supporter un tel fardeau. D’autres causes d’endettement mériteraient d’être pointées du doigt suggérant  des pistes d’économie substantielles pour le budget de l’Etat et des organismes publics. Elles n’ont pas été interrogées par les journalistes chargés d’animer le dernier débat réunissant Alain Juppé et François Fillon, deux médecins de choc avec les mêmes œillères.


S’attaquer à toutes les racines du mal permettrait d’alléger l’infortune du fonctionnaire et du service public et de leur faire entrevoir un avenir plus prometteur.  


Ainsi, par exemple :


La fraude fiscale : c’est un manque à gagner annuel considérable pour le budget de l’Etat, chiffré selon les experts entre  60 et 100 milliards d’euros.


- La filière nucléaire : présentée par ses partisans comme une source d’énergie sûre, propre et économique, elle est au contraire incontestablement dangereuse, productrice de déchets  et se révèle au fil du temps particulièrement onéreuse. La mise aux normes des installations nucléaires existantes et leur entretien représentent au minimum une dépense de 100 milliards d’euros pour les dix prochaines années. Le projet d’Hinkley Point ( plus de 23 milliards d’euros)  qui a provoqué la démission de l’ancien directeur financier d’EDF menace  de faire sombrer l’entreprise tandis que le coût de l’EPR de Flamanville (environ 11 milliards d’euros estimé à ce jour) ne cesse de grimper. Enfin, la centrale de Olkiluoto en Finlande est un véritable fiasco : le client finlandais réclame 2,6 milliards d’euros d’indemnités à AREVA.


- Le TGV et les LGV : là aussi une solution technologique poussée à l’extrême finit par engloutir l’ensemble du ferroviaire ; les  50 milliards d’endettement de la SNCF proviennent en grande partie de la construction des lignes à grande vitesse  et de leur exploitation.


- Les grands projets inutiles : Ils parsèment le territoire national (une centaine environ), détruisent à petits feux  notre environnement et nos terrains agricoles. Imposés à la population, ils pèsent lourdement sur les budgets publics. L’aéroport NDDL représente par exemple un coût de 250 millions à la charge de l’Etat et de la région Pays de la Loire.


- Etc.


Mais de tout cela, il n’en est pas question.  Le discours d’austérité de nos challengers de droite est sélectif et incroyablement partial.


L’argent du contribuable n’a pas toujours la même odeur,  Alain Juppé et François Fillon ne sont rigoureux et austères qu’avec certains deniers publics, ils sont  volontiers plus sévères avec les assistés et la fraude aux allocations qu’avec les grands fraudeurs capitalistes  et l’évasion fiscale, ils sont tous les deux nucléocrates, ils sont favorables aux grands projets inutiles et notamment à la construction de Notre Dame des Landes. Ils se soucient bien peu d’une autre dette, totalement absente du débat, la dette vis-à-vis de la nature, qui s’accentue chaque année et qui, elle, ne peut  être annulée. En fait, ils veulent se concentrer sur l’essentiel, ils veulent faire le job, pousser les feux de l’idéologie libérale au maximum : réduire la voilure du public pour permettre au privé d’agrandir la sienne et  de réaliser ainsi des profits dans des secteurs jusque là inexploités. Ces finalistes de ce « grand moment de démocratie »,  présentés comme des hommes d’Etat, sont en fait des destructeurs d’Etat.


Pour réduire la dette, François Fillon, le favori de cette lutte fratricide, annonce d’un ton très doux et posé, un peu comme s’il récitait un conte, la destruction de notre Code du travail et de notre système de protection sociale dans les trois mois qui suivraient son élection.


Il veut aller vite, frapper fort,  car « si on n’est pas radical maintenant ». . .


Une violence tranquille se cache derrière des sourcils broussailleux ; l’alliance du bonapartisme et du capitalisme financier qui se profile à l’horizon est inquiétante. Selon Alain Juppé,  « il faut réarmer l’Etat »  pour combattre l’islamisme.  Ne doutons pas que cet Etat réarmé servira également à réprimer la contestation sociale.


Cette semaine effectivement, pour paraphraser Fillon, il y a comme une vague libérale qui s’est levée et a envahi  les médias.  Elle nous vient du XIXème siècle mais disposera, si nous ne l’endiguons pas, des moyens de renseignement, de coercition, de répression, du XXI ème siècle.


Il est grand temps pour le peuple de gauche de faire front.

Jean-Luc Gasnier
Enseignant
Président d'ATTAC33







Nouveau commentaire :


DANS LA MÊME RUBRIQUE NOUS VOUS RECOMMANDONS :
< >

Samedi 20 Janvier 2018 - 15:38 Lire Pascal Boniface




Rejoignez-nous sur Facebook



Inscription à la newsletter

Article populaire

SDF : 433 morts en 2018

Publié initialement le 20/12/2018
Mise à jour le 3/01/2019

L'an dernier en France, au moins 403 SDF seraient morts dans la rue selon le collectif "Les morts de la rue" qui dévoilent chaque année une liste de décès de personnes qui ont vécu un moment ou l'autre à la rue.

Selon le collectif toujours, l'année 2018 s'est achevée avec le chiffre terrifiant de 433 SDF décédés dans les rues de France.

Comment ne pas s'émouvoir face à ce terrible constat ? Malgré les promesses d'un président jupitérien en 2017, rien n'a vraiment changé. Au contraire, la situation s'est empirée.
SDF : 433 morts en 2018


Les derniers tweets



Interview populaire

Sabrina Ali Benali : La révolte d'une interne - Interview

Ancienne interne des hôpitaux de Paris, Sabrina Ali Benali est actuellement médecin remplaçante dans une association de permanence de soins 24h/24 : Les urgences médicales de Paris.

Elle est particulièrement engagée sur les questions de santé "pour la défense des conditions de travail des personnels soignants et surtout d'un accueil digne et humain des patients".

Elle publie aux éditions Cherche Midi Editeurs La révolte d'une interne : santé, hôpital, état d'urgence, préfacé par le Docteur Christophe Prudhomme médecin urgentiste.

Sabrina Ali Benali connue du grand public pour sa vidéo virale sur la sitaution d'urgence à l'hôpital public, visionnée 12 millions de fois sur Facebook en janvier 2017, a accepté de répondre à nos questions.
Sabrina Ali Benali : La révolte d'une interne - Interview

Les répliques
03/12/2018