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Dimanche 16 Juillet 2017

Le sionisme et l’antisémitisme pour les nuls

Par Ali Wasti - Etat d'exception.



« Nous ne cèderons rien à l’antisionisme, car il est la forme réinventée de l’antisémitisme » a déclaré ce dimanche 16 juillet 2017 Emmanuel Macron, lors de la cérémonie commémorative de la rafle du Vel d’Hiv, à laquelle était invité le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu.

Dans le texte ci-dessous, Ali Wasti répond de manière simple et efficace à celles et ceux qui souhaitent assimiler à tout prix antisionisme et antisémitisme.


Etre antisioniste, c’est être raciste ?


Le sionisme n’est pas un groupe racial ou ethnique. C’est une idéologie politique. Il y a des Juifs antisionistes et des non-Juifs sionistes. Être antisioniste n’est pas une position raciste.
 
Si la plupart des Allemands étaient nazis à un moment donné, s’opposer au nazisme est-ce une position « anti-allemands » ? S’opposer aux bombardements britanniques de la Syrie ou de l’Irak fait-il de vous un raciste anti-britannique ? S’opposer au régime saoudien fait-il de vous un islamophobe ?
 

Le sionisme n’est-il pas la voix du peuple juif ?


Le sionisme ne représente pas tous les Juifs, pas plus que le républicanisme ne représente tous les Américains, ou le Toryisme [du nom du parti Tory] tous les Britanniques. Et pire encore, contrairement aux républicains et aux conservateurs, personne n’a voté pour les sionistes autoproclamés qui prétendent parler « au nom de tous les Juifs ».
 

Oui, mais tous les juifs ne sont-ils pas sionistes ?


Le sionisme était un petit courant au sein de la diaspora juive avant l’Holocauste. Davantage de Juifs ont soutenu les courants socialistes, comme le Bund. Aujourd’hui, il y a un grand nombre de Juifs désavouant le soutien à Israël et ses politiques : par exemple, Jewish Voice for Peace aux États-Unis connait une croissance rapide, contrairement à l’AIPAC sioniste.


Le sionisme n’est-ce pas juste le mouvement de libération nationale des Juifs ?


Traditionnellement, un mouvement de libération cherche à expulser des occupants étrangers. Le sionisme a été, au contraire, un mouvement qui cherchait à expulser les Palestiniens autochtones et à coloniser la Palestine. Il est davantage comme la colonisation européenne de l’Afrique, de l’Amérique du Nord et de l’Australie, et n’a rien à voir avec la libération. En outre, comme mouvement, il n’a eu aucun intérêt à combattre l’antisémitisme. En fait, les sionistes allemands ont vu la montée du parti nazi comme une opportunité.


Oh, alors maintenant vous dites juste que sionisme = nazisme ?


Non, clairement pas. Cependant, les deux idéologies ont des racines communes : les notions de « race » du 19ème siècle ; la conviction que différentes races ne pouvaient pas vivre ensemble ; le désir d’avoir des Etats et des lois fondées sur l’identité ethnique ; la croyance que la colonisation était acceptable. Dans l’Allemagne nazie, les deux mouvements partageaient un objectif commun : sortir les Juifs d’Europe. Voilà pourquoi il y avait une relation symbiotique entre le mouvement sioniste et les nazis. Goebbels avait même une médaille frappée de la Swastika d’un côté et de l’étoile de David sur l’autre.


Mais le sionisme n’est-il pas juste une réponse à l’antisémitisme ?


Oui, c’est une réponse. Mais une qui oppose la lutte contre l’antisémitisme à la colonisation de la Palestine. C’est une mauvaise réponse. En Occident aujourd’hui, il existe une islamophobie rampante. Est-ce que cela signifie que le fondamentalisme islamique doit être soutenu? Ou peut-être les socialistes devraient-ils encourager les musulmans à renoncer à la lutte contre le racisme et à se réfugier dans les pays musulmans? C’est une réponse à l’islamophobie, après tout. Les Anglais qui ont souffrent pendant des années de l’austérité des conservateurs peuvent réagir de deux façons : rejoindre le parti travailliste ou se joindre à l’English Defense League (EDL), fasciste. Les deux ne sont pas des réponses équivalentes à la privation économique. Le sionisme a été une réponse de droite, réactionnaire, à l’antisémitisme.


N’est-il pas injuste de s’en prendre constamment à Israël ? N’est-ce pas là le reflet de votre antisémitisme latent ? 


Israël reçoit un traitement spécial, mais pas parce qu’il est ciblé par les antisémites.
 
  • Il n’est jamais attaqué pour violation des résolutions de l’ONU (66 au total).
  • Il n’est pas signataire du traité de non-prolifération nucléaire et, selon Wikipedia, il a entre 75 et 400 armes nucléaires, et pourtant cela n’est jamais discuté en privé ou par les politiciens. Comparez cela à la pression exercée sur l’Iran, qui n’a pas même une seule arme nucléaire.
  • Ses dirigeants n’ont jamais été jugés pour crimes de guerre, malgré les guerres sur les civils gazaouis, l’utilisation de boucliers humains, le phosphore blanc ou les massacres qui s’étendent de Dier Yassin à Sabra et Chatila.
  • Il reçoit entre 3 et 4 milliards de dollars en « aides » des États-Unis, malgré le 16ème revenu par habitant au monde. Et il obtient entre 1 et 1,5 milliards de dollars en dons privés déductibles d’impôt, un privilège accordé à aucune autre nation.
  • Il a même été payé pour ne pas prendre part à la guerre contre Saddam Hussein.

Israël n’a-t-il pas le droit d’exister ?


Pas dans sa forme raciste actuelle. L’Etat sud-africain et l’Etat de Rhodésie n’avaient pas non plus le droit d’exister. Les citoyens israéliens actuels, cependant, devraient être libres de vivre dans un Etat non-racial en Palestine, tout comme les Blancs ont continué à vivre dans l’Afrique du Sud post-apartheid et en Rhodésie [actuels Zambie et Zimbabwe].


La légitimité d’Israël ne découle-t-elle pas du mandat de l’ONU qui l’a créé ?


Oui, c’est ce que prétend Israël. La vérité est que la création d’Israël était un acte typique de l’arbitraire impérial. Une fois que le mandat britannique a expiré, la Palestine aurait dû devenir un Etat indépendant. Au lieu de cela, l’ONU a décrété la création de deux Etats, en dépit de nombreux Etats membres à l’époque faisant valoir que l’ONU n’avait pas le pouvoir légal de le faire.

Ce fut la résolution 181. Un an plus tard, la résolution 194 a également été adoptée. Nous n’en entendons pas beaucoup parler, même si elle est réaffirmée chaque année depuis 1949 par l’ONU. Elle prévoit que « les réfugiés qui souhaitent retourner dans leurs foyers et vivre en paix avec leurs voisins devraient être autorisés à le faire le plus tôt possible, et qu’une indemnisation doit être versée pour la propriété de ceux qui choisissent de ne pas revenir et pour la perte ou les dommages faits aux biens qui, en vertu des principes de droit ou de l’équité internationale, doivent être réparés par les gouvernements ou autorités responsables ».

Plusieurs résolutions ultérieures de l’Organisation des nations unies ont réaffirmé le droit au retour, y compris la résolution de l’Assemblée générale 169 (1980) et la résolution du Conseil de sécurité 237 (1967).

Israël a ignoré toutes les résolutions des Nations unies depuis 181, depuis celle dont il prétend tirer son existence légale. Et pourtant, il n’y a jamais de menaces, de guerre, de sanctions. Donc, oui, Israël se distingue par un traitement spécial.


Mais pourquoi qualifiez-vous Israël de raciste? Les Juifs n’ont-ils pas eux aussi droit à une patrie ?


Afin de créer une majorité juive perpétuelle, Israël doit mettre en œuvre des lois racistes, et procéder à l’expulsion des non-Juifs, une demande qui se fait de plus en plus pressente en Israël. Tout Etat fondé sur l’identité ethnique est structurellement raciste. Il doit l’être. Cela était vrai de l’Allemagne nazie, de l’apartheid en Afrique du Sud et ça l’est d’Israël. Les Etats auxquels Israël aime à se comparer, en Europe et aux États-Unis, sont en général des États laïcs démocratiques. La citoyenneté est généralement basée sur la résidence, non sur l’identité ethnique.

Pour dire crument les choses, imaginez que vous preniez les lois sur l’immigration, le logement, l’aide sociale et la citoyenneté d’Israël et changiez Juif et non-Juif par blanc et non-blanc. Imaginez un Etat où toute personne blanche – n’importe où dans le monde – avait un droit automatique à la citoyenneté. Et toute personne qui n’est pas blanche serait privée de ce droit, par la loi, et serait même activement discriminée. Appelleriez-vous cela du racisme ?


Mais ce qui est sûr, c’est que la plupart des Juifs veulent vivre en Israël ?


Les chiffres nous disent que non. Selon certaines estimations, il y a autant de Juifs vivant aux États-Unis qu’en Israël. La majorité des Juifs aujourd’hui votent avec leurs pieds et choisissent de vivre en dehors d’Israël.

Ali Wasti
Etat d'Exception

 








1.Posté par Patdel le 17/07/2017 09:29 (depuis mobile)

Excellent billet comme d'habitude.
J'invite aussi à lire cet excellent article de Bruno Guigue à ce sujet.
https://oumma.com/lantisemitisme-arme-dintimidation-massive/

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