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Mercredi 9 Août 2017

Le bon et le mauvais réfugié

Par Agnès Druel.



Est-il nécessaire de rebondir sur cette nouvelle polémique à propos des migrants lancée par notre ministre de l’intérieur concernant « le tri » entre réfugiés et migrants, quitte à répéter inlassablement la même chose ? Oui, et encore plus aujourd’hui suite à l'annonce de la condamnation de Cédric Herrou à 4 mois de prison avec sursis.




Quelles sont les raisons qui nous poussent à quitter notre pays, notre famille, nos amis et nos habitudes ? Qu’est ce qui pourrait me pousser à tout laisser derrière moi, à m’engager sur les routes d’exil, tout en ayant connaissance des dangers, de la violence et d’une potentielle mort en mer ou sur le chemin me menant vers l’Europe, si ce n’est l’incertitude, l’absence de futur, le manque d’espoir, les persécutions et les guerres ?
 
D'ailleurs, qu’est ce qui pourrait m’autoriser à refuser le droit de croire et d’espérer à des êtres humains, ceux pour qui la loterie de la vie n’a rien épargnée ? Qu’est ce qui pourrait me laisser accepter les horreurs de Monsieur Collomb, qui dans un tweet de 140 caractères vient de franchir le sans-hontisme le plus total en affirmant son souhait d’établir « une reconduite à la frontière pour les migrants éco. » La peine n’est pas prise d’écrire le mot en entier. Une économie d’humanité perceptible jusque dans son tweet.
 
Je ne pense pas que Monsieur Collomb me lira un jour. D’ailleurs, je dois faire partie de ces gens qu’il méprise, ceux à qui l’on demande d’exporter leur savoir-faire ailleurs. Mais, j’ai une foi profonde en l’humanité, contrairement à la politique menée par le ministre de l’Intérieur. Et je ne peux pas me satisfaire, ni m’épanouir pleinement au sein d’une société où l’on en vient à trier les gens.
 



Pour comprendre les migrations économiques, il faut lire « Chroniques de la révolution égyptienne » de l’écrivain Alaa al-Aswany. L’auteur témoigne tout au long de son livre des événements place Tahrir et de l’évolution de la société égyptienne, et demande au lecteur de se poser cette question : A quel moment peut-on demander à un homme de se comporter comme tel quand il est obligé de boire l’eau des égouts pour survivre, parce que son gouvernement est bien trop corrompu pour lui proposer un avenir digne de ce nom.
 
Je me suis posée cette question, j’ai discuté avec des migrants « économiques » égyptiens également, j’ai essayé de comprendre les raisons pour lesquelles ils ont quitté leur pays. Certains sont diplômés, d’autres non, mais tous me donnent la même réponse : Il n’y a aucun avenir pour eux, hormis la pauvreté, ou faire preuve de débrouille continuellement pour espérer s’en sortir. L’un d’entre eux a même passé quelques temps en prison après avoir manifesté contre le régime de Moubarak. Ils en ont marre de survivre, et pour eux, l’Europe représente le dernier espoir de mener une vie un tant soit peu décente.
 
Cette nouvelle politique migratoire viendra s’inscrire dans l’histoire française. Cette politique qui me pousse à avoir honte du pays dans lequel je suis née, de ce pays qui voit l’égalité s’inscrire uniquement sur les devantures de ses institutions. Une politique qui se fiche bien de livrer des discours réducteurs et  populistes sur les migrants économiques, ceux qui n’auraient rien à faire chez nous, en Europe, en France, ce pays aux si belles valeurs que l’on ne cessent de revendiquer fièrement.
 



Quelle société éclairée, qui se perçoit comme telle, pourrait s’engager dans un projet visant à trier les gens et  refuser l’accueil à ces derniers ? Faut-il constamment répéter que la France, ainsi que l’Europe ont ce devoir de protection envers toute personne en détresse?  Au lieu de cela, nos politiciens s’égarent dans des discours nationalistes et réducteurs, justifiant alors le fait qu’il y aurait le bon et le mauvais réfugié.
 
Mais que sommes-nous devenus, ici, en Europe pour laisser de tels discours s’implanter aussi facilement, pour laisser un bateau rempli d’extrémistes prendre la mer pour refouler des migrants, de notre indignation sélective sur le sort réservé à Cédric Herrou quand nous continuons de porter des corrompus au pouvoir, alors oui, que sommes-nous devenus si ce n’est des êtres indifférents à la souffrance d’autrui et recroquevillés sur nos privilèges d’occidentaux gâtés?

Agnès Druel
 







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