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Vendredi 28 Avril 2017

« La parole a été donnée à l’homme pour cacher sa pensée. » Stendhal

Par Jn Brandon.



Et si la parole était un moyen d’éviter de dire ce que l’on pense ? Elle serait alors essentiellement mensonge et donc utile à des fins de manipulation dans diverses situations. Le langage hypocrite des institutions formate notre pensée et le mensonge devient alors collectif dans notre société.


De plus, on assiste depuis plusieurs décennies à une modification et disparition de certains mots et concepts qui nous empêchent d’avoir une vision juste de la réalité. C’est avec les mots que l’on pense et non l’inverse, et les remplacer peut venir fausser notre vision des choses.

 

Notre langage va se retrouver sous l’influence de plusieurs concepts que l’on retrouve dans les médias, dans le monde politique, dans la publicité ou encore à l’école. Je parle de la langue de bois et de la démagogie. Ces utilisations trompeuses du langage viennent corrompre notre esprit critique et notre capacité à comprendre l’environnement dans lequel on vit.

 

La langue de bois est une forme de discours dans laquelle des mots inappropriés, inventés sont utilisés pour paraître compétent et semer la confusion. On nous vole des mots pour les remplacer par d’autres afin de nous forcer à voir la réalité sous un angle que d’autres choisissent pour nous. On nous impose certains mots/concepts tout en en excluant d’autres, qu’on n’ose plus utiliser comme si on les avait oubliés. La langue se rétrécit et s’appauvrit. Sans qu’on s’en aperçoive, on intériorise un nouveau langage.

 

Résister à ce phénomène qu’on appelle la lignification, c’est être capable de dire la même chose autrement et de se réapproprier le véritable sens. De cette façon le réel retrouve sa complexité.

 

Pour construire cette langue de bois on utilise des euphémismes, oxymores, des pléonasmes etc. Ces figurent de style permettent de faire disparaitre un vocabulaire à consonance négatif pour des tournures à consonances positives/neutres pour adoucir certains évènements. Le remplacement voire la disparition d’un vocabulaire négatif, de contradiction amène vers la pensée unique et donc la fin de la démocratie. En voici quelques exemples :

 
  • Les « frappes chirurgicales » et « dommages collatéraux » vont atténuer la connotation meurtrière du mot « guerre » et de ses conséquences. Pour les victimes civiles, on préfère parler « d’erreurs regrettables » que de « crimes de guerres ».

 

  • On parlera de développement durable pour éviter de dire « polluons moins mais plus longtemps ». On fait passer les cotisations patronales pour « des charges sociales ». On parle « d’égalité des chances » alors qu’elle est la définition même d’inégalité. La clochardisation, par sa connotation trop péjorative est transformée en « SDF ».

 

  • En période de crise économique, on parle de « croissance négative » pour éviter le terme « récession ». On utilise des mots comme « réforme », « plan social », « sauvegarde de l’emploi », « délocalisation » qui ont un aspect plutôt positif mais cachent une toute autre réalité. C’est-à-dire une régression sociale, des licenciements collectifs entrainant chômage, destruction de familles et suicides. Les français seraient alors « pris en otage » lorsque des mouvements de contestations et de grèves font leur apparition. 

 

  • Mais qu’est-ce que « la crise économique » dans un pays comme la France qui est la 6ième puissance mondiale ? On nous demande d’être « flexible » (ou soumis), de faire des heures supplémentaires pour augmenter la croissance économique alors que la France a vu son PIB augmenter de 1000 Milliards d’euros en 30 ans et c’est le pays d’Europe versant le plus de dividendes. Quand cette crise existe depuis des décennies il ne s’agit plus d’une crise, mais la caractéristique même du fonctionnement du système capitaliste.

 

Cette utilisation abusive de la langue de bois va être associée à d’autres techniques linguistiques comme la démagogie. C’est-à-dire un discours sortant du champ du rationnel pour s'adresser aux pulsions, aux frustrations du peuple et à ses craintes. Il doit être simple afin de pouvoir être compris et repris par le public. C’est la caractéristique même de la paresse intellectuelle et cette démagogie est la pierre angulaire des discours de la majorité des politiciens et des « journalistes/experts ».
 

De plus, ces derniers sont adeptes du sophisme, c’est-à-dire un raisonnement cherchant à paraître rigoureux mais qui n'est en réalité pas valide au sens de la logique. En effet, Arthur Schopenhauer dans « L’Art d’avoir toujours raison » démontre que l’on cherche toujours à avoir raison par tous les moyens. Nous ne cherchons plus à véhiculer la vérité, car celle-ci s’efface devant notre vanité et notre volonté de paraitre compétent aux yeux de tous. « Le vrai doit paraitre faux et le faux vrai », ainsi, l'éloquence est l'art de la persuasion. L’Homme n’est pas honnête car dans ce cas, tout débat ou prise de parole partirait du simple principe qu’il faut rechercher la vérité sans se soucier de son égo et de l’opinion des autres. Il est donc courant d’avoir objectivement raison tout en ayant tort aux yeux de son auditoire.
 

Selon Pierre Bourdieu dans « Langage et pouvoir symbolique » : « Les discours ne sont pas seulement des signes destinés à être compris, déchiffrés, ce sont aussi des signes de richesse destinés à être évalués, appréciés et des signes d'autorité destinés à être crus et obéis. ». En outre , il écrit qu’un langage trop soutenu, que la complexification volontaire de la parole et le fait d’user de sa position hiérarchique vont intimider et faire perdre les moyens de locutions et de compréhension d’un grand nombre. C’est une manière de nous faire comprendre que nous ne sommes pas à la hauteur des enjeux se présentant à nous. La démagogie et la langue de bois forment la langue du pouvoir et de la domination.
 

Bourdieu va analyser cette domination en prenant exemple sur le système éducatif de plus en plus privatisé. L’école apparaissant comme le principal moyen d’accès au marché du travail, elle doit se conformer aux attentes des employeurs, des entreprises. Les populations parlant des dialectes locaux sont amenées selon les termes de Bourdieu « à collaborer à la destruction de leurs instruments d’expression ». Il considère l’argot comme une transgression de la légitimité culturelle et constitue une affirmation d’une identité sociale et culturelle. Cependant, les élèves doivent se conformer à la langue des dominants. Ainsi le système scolaire n'est nullement un appareil neutre au service de la culture et de la République. Les enseignants contribuent (inconsciemment) à transmettre les normes et valeurs de la classe dominante.
 

Aujourd’hui, le discours politique en démocratie repose sur de la persuasion collective puisqu’il s’agit de convaincre la masse en exploitant les procédés rhétoriques que l’on vient de voir et de l’inciter à préserver les intérêts du locuteur via leur consentement.
 

À l’ère des nouvelles formes de communication et de l’utilisation des nouvelles technologies, on observe que les hommes politiques s’emploient à construire une image contemporaine et intime (twitter, facebook). Ils profitent des avantages qu’offrent ces nouveaux supports qui modifient profondément le rapport au récepteur. Pour reprendre Bourdieu, le langage avance masqué et il est involontairement alimenté par l’adhésion passive du récepteur, « fabriquant son consentement » à son insu.
 

“Quand les hommes ne peuvent changer les choses, ils changent les mots.” Jean Jaures.


https://www.youtube.com/watch?v=F31j_ImWSFM

Jn Brandon

 









1.Posté par Thibault Garcin le 01/05/2017 08:34 (depuis mobile)

À lire pour creuser : "la démocratie des crédules"

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