les répliques intellectuellement engagées
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Mercredi 26 Avril 2017

La colère d'un peuple

Par Simon Thuault.



Ce 23 avril, l’élection présidentielle à offert un vainqueur à la France : la colère. 21% ont exprimé une colère entretenue par les accents populistes de ceux qui prétendent sauver la France en brandissant un drapeau orné d’une flamme. 19% ont exprimé la colère de ceux qui se sentent oppressés et soumis depuis trop longtemps par une caste privilégiée. D’autres ont oscillé entre une colère contre les média, contre les promesses impossibles à tenir et pourtant sans cesse répétées, contre des politiques mille fois menées et mille fois décriées, contre tout ce qui fait depuis trop longtemps descendre les Français dans la rue, en vain. Les derniers, enfin, ne se sont pas déplacés, dénonçant par ce geste une mascarade électorale dont le fruit n’est jamais aussi sucré que veulent le faire croire ceux qui en font la publicité. Certains diront que c’est bafouer l’histoire, que c’est de la fainéantise intellectuelle, ou encore que c’est fouler aux pieds un droit dont nombre de peuples sont privés. Mais cette élection a aussi donné un perdant, celui que l’on aimerait voir en tête à chaque fois, et qui continue à tutoyer les profondeurs abyssales d’un oubli sans cesse renouvelé : l’espoir.


Désormais, une question brûle les lèvres et les méninges de ceux dont le candidat doit reprendre une vie plus ou moins sereine, loin d’une campagne dont l’hystérisation est en voie d’accélération : que faire ? Le choix n’a, pour beaucoup, rien de simple. Peut-on choisir entre une politique annoncée de mépris des plus pauvres et une autre, tout autant annoncée, de haine de l’Autre ? Sommes-nous vraiment obligés de le faire ? D’autres, en revanche, n’hésitent pas une seconde et emplissent leur enveloppe comme d’autres prendraient les armes, pour faire barrage à une politique dont la détestation reste importante, malgré les efforts de ses tenants pour en amoindrir le rejet. Les arguments ne manquent pas d’un coté comme de l’autre. Pourquoi aller voter, alors que l’un perpétuera les programmes passés dont on mesure aujourd’hui l’échec cuisant, et que l’autre prépare de sombres lendemains au fiasco prévisible ?
 
De toute évidence, ce qui avait fait descendre des dizaines de milliers de Français dans la rue quinze ans auparavant n’a plus l’impact d’alors. Les raisons qui poussèrent tant d’électeurs à se déplacer contre le père apparaissent désormais, contre la fille, comme d’agaçantes leçons de morale. « Je n’ai pas à culpabiliser de mon choix quand d’autres ont voté en âme et conscience pour le racisme et le repli » ; « je ne serai pas responsable de l’approfondissement d’un fossé presque sépulcral entre les nantis et ceux à qui on ne laisse que des miettes » ; « s’il faut un choc pour que la France prenne conscience de sa chute, qu’il advienne ! » ; etc. Certains hurlent à l’inconscience, d’autres brandissent la comparaison historique, d’autres encore tentent la politique-fiction sur la base d’un programme décrit par beaucoup comme un désastre annoncé.
 
Personne ne peut prédire ce qu’il adviendra, mais nombre de citoyens ont déjà trouvé les fautifs, quel que soit le résultat. Dans le pire des cas, ils pointeront du doigt ceux qui auront eu la « bêtise » de rester chez eux, oubliant ceux qui ont cautionné la promesse d’entre-soi aux relents totalitaires. Dans l’autre cas, que d’aucuns qualifieraient de « moins pire » plutôt que de « meilleur », les coupables seront ceux qui n’ont pas eu la présence d’esprit, dès le premier tour, de prendre conscience du candidat qu’il fallait alors. Plutôt que de sombrer dans la réflexion binaire, quasi manichéenne, tentons de comprendre les raisons de la colère, ou plutôt des colères, tant les facettes en sont aujourd’hui plurielles. C’est le manque d’écoute qui nous a menés où nous sommes. C’est l’étiquetage trop rapide de ceux qui ne pensent pas comme nous qui a porté au second tour de cette élection deux candidats dont plusieurs millions de Français ne veulent pas.
 
Leurs profils sont en tous points opposés, à tel point qu’il semble fou que tant de concitoyens prévoient d’ores et déjà de ne pas voter. Si celui qui sortit vainqueur du premier tour leur déplaît tant que ça, comment l’autre peut-il ne pas emporter leur adhésion, et inversement ? Ne serait-ce pas la preuve qu’il existe, chez l’une, certains points que beaucoup partagent sans oser l’avouer ? N’est-ce pas, de la même manière, la démonstration que son adversaire, malgré tout ce que l’on peut entendre, n’incarne pas l’espoir et le renouveau tant attendus ?
           
Les réactions épidermiques n’ont jamais résolu de problème. A court terme, certains exemples peuvent peut-être être trouvés. Mais la politique n’est pas affaire de brefs délais. Il faut du recul, des analyses poussées, des prévisions multiples. On compare souvent la politique à une partie d’échecs. Distinctes en de nombreux points, ce rapprochement n’est pourtant pas tout à fait idiot. Un joueur d’échecs qui joue sans anticiper ses prochains coups comme ceux de son adversaire n’a aucune chance. Celui qui ne sait pas reculer et attendre le bon moment pour mieux avancer sera vite défait. Celui qui, trop confiant, promet une victoire facile prend le risque de connaître une chute plus rude encore.
 
Un simple citoyen ne peut prétendre détenir la clé du prochain scrutin, et il n’est pas de son devoir d’exiger de ses semblables qu’ils suivent son avis aveuglément, comme s’il leur délivrait une pseudo-vérité aux accents prophétiques. Mais à défaut de solution, il peut hasarder quelques conseils.
           
La vie politique française a trop longtemps été dominée par l’émotion et la passion, trop rarement par les idées. Depuis trop d’années nous votons contre à défaut de pouvoir voter pour. A quand remonte la dernière fois où la raison fut le fil directeur d’une élection ?
           
Quelle que soit notre opinion sur le scrutin qui approche inéluctablement, ne cédons pas une fois de plus aux charmes de la colère, qui a déjà remporté bien assez de batailles pour cette fois. Sachons écouter, après avoir entendu, et opposons aux idées mortifères d’une France qui aspire à un prétendu retour à la Nation souveraine les idées d’une France qui accueille et protège, et qui doit apprendre à revenir à ses fondamentaux humanistes. Et même si celui qui entend représenter cette France moderne et ouverte est loin d’être parfait, ce n’est certainement pas en criant plus fort que l’adversaire qu’il se fera entendre.
 
Restons dignes face à ceux qui ont choisi la radicalité par dépit, sinon par conviction, et offrons-leur la possibilité de croire en une France qui saura les respecter et les comprendre, même si pour cela il faut attendre encore cinq ans. Détournons-les des chimères de ceux qui promettent un renversement qui n’aura pour conséquence que la ruine et le retour en arrière.
           
Ne répondons pas à la colère par la colère. Nous valons mieux que ça.

Simon Thuault

 








1.Posté par MELOT Quentin le 27/04/2017 14:36

D'après ton raisonnement un bon 40% donc des électeurs (Marine et Mélenchon) auraient votés par colère principalement, quand les 23% de Macron, les 19% de Fillon et les autres auraient eux votés par conviction, ne serait-ce pas un peu simpliste. L'électorat populiste serait donc composés de moutons en colère, à qui il faudrait juste faire de la pédagogie pour les remettre dans le droit chemin, un poil élitiste comme raisonnement non ?

"Populisme" "Totalitaire" etc sont des mots et expressions employés à tort et à travers de nos jours, je pensais que toi, fan d'histoire, tu ne tomberait pas dans ce piège. J'aimerai qu'on m'explique moi en quoi Marine ou Mélenchon sont plus populistes que les partis traditionnels. Ils font des promesses qu'ils ne tiendront pas c'est vrai, pas les autres ? Populistes parce qu'ils parlent plus aux sans-dents qu'à l'élite à mon avis.
Et j'aimerai qu'on m'explique en quoi la France va basculer dans le totalitarisme ? J'aimerai qu'on me dise en quoi Marine le Pen est raciste ? Bref qu'on arrête la vieille rengaine moralisatrice et qu'on parle du fond.

Au final, ton texte n'explique en rien la colère d'un peuple. Son but est de convaincre les gens de voter Macron plutôt que le Pen, ce qui est respectable puisque chacun à droit à son avis et à droit d'essayer de convaincre ses semblables. Ce qui est moins respectable par contre c'est que ce but n'est pas clairement annoncé.

Personnellement je voterai Le Pen. Autant je peux comprendre qu'on vote Mélenchon, Fillon etc même si ce ne sont pas mes valeurs, autant Macron est le plus pur produit du système (même sans entrer dans le complotisme) et j'avoue ne pas voir l'espoir dont tu parles avec un tel candidat. Personne n'est capable de citer ses mesures. Il suffit de voir son parcours pour comprendre que de renouveau il n'y aura pas, bien au contraire.
Au final, chacun vote pour le moins pire.

Les responsables de la montée du FN, c'est la pensée unique médiatique et politique qui essaye depuis des années de faire culpabilisé l'électorat du Front etc pour ne se faire élire que par le vote utile. Malheureusement tu apportes ta pierre à l'édifice aujourd'hui, sans essayer de comprendre les vrais raisons qui font que toujours plus d'électeurs basculent vers le coté obscur.

Rassure toi, Macron même sans programme sera élu Président, juste via le vote utile. Les électeurs ont déjà tous oubliés qu'ils étaient dans la rue pour protester contre la loi Macron. J'aimerai bien qu'on m'explique en quoi le vote utile à fait avancer la France de Chirac à Sarko en passant par Hollande et bientôt avec Macron...

PS : Hollande et Sarko sont moches et se tapent des bombes, ça c'est quelque chose que je comprends. Macron qui pourrait avoir des putains de nanas, se tape le retour de la momie 4, et bah moi un mec comme ça je ne le comprends pas, il me fait peur...enfin sa femme me fait peur... enfin les deux....

2.Posté par Simon T le 27/04/2017 18:23

Je pense que tu surinterprètes beaucoup ce texte. Je n'appelle absolument pas à voter Macron, je ne pas moi-même si je voterai pour lui dimanche 7. De plus, je ne place l'espoir ni chez Mélenchon, je n'ai pas voté pour lui au 1er tour et je ne suis pas d'accord avec beaucoup de ses positions, ni chez Macron, qui représente beaucoup de ce que je combats depuis plusieurs années. L'espoir dont je parle est celui que beaucoup d'entre nous (j'entends ceux qui vivent en France et a fortiori un peu partout en Europe et dans le monde) entretiennent mais imaginent parfois hors du champ politique traditionnel. A mon avis une réforme profonde de ce champ est nécessaire et finira par advenir. Là est l'espoir, pas dans un quelconque candidat.

Le vote utile est pour moi une aberration et si ce qui transparaît dans ce texte est que je le prône, c'est que le message est mal passé, parce que c'est justement une des positions que j'ai essayé de transmettre : qu'importe le choix de chacun, le tout est d'enfin parvenir à s'écouter sans tomber dans l'hystérie immédiate et trop facile.

Concernant ton premier § je comprends ton point de vue, j'ai peut-être fait, effectivement, un raccourci. Mais tu peux difficilement contredire la colère qui gronde dans cet électorat puisque tu le dis toi-même : la montée du FN provient avant tout d'un certain mépris auquel on répond par le vote. A mon sens, c'est bien une colère, ce qui ne signifie pas qu'elle n'est pas raisonnée. La colère n'est pas nécessairement bête et irréfléchie, au contraire. La rage l'est, en revanche.

Peut-être que mon emploi de "populisme" et "totalitaire" répond à de mauvais habitudes (journalistiques notamment), mais si je l'applique à M. Le Pen plutôt qu'à E. Macron (puisque je ne veux parler que d'eux ici, les autres n'étant plus en course) c'est parce qu'elle se place sans cesse comme "candidate du peuple", sans dire que ce peuple, c'est celui d'une France claire de peau, français depuis plusieurs générations, qui n'a pas le droit de provenir de pays en guerre sans être taxé de "profiteur/terroriste/danger public". Oui, M. Le Pen est raciste et à la tête d'un parti raciste : en témoignent les propos sur les Roms, les Africains, réfugiés et autres populations étrangères à la France proférés par nombre de leurs militants et élus. C'est se voiler la face que de le nier.

Bref, je pense que tu es passé à côté du message de cet article parce que tu es persuadé que je suis pro-Macron simplement parce que je suis anti-Le Pen (ça, je ne le nie pas). Mais je suis également anti-Macron et j'ai manifesté à de nombreuses reprises sous ce quinquennat contre ses lois et autres absurdités. Je souhaite simplement qu'on puisse parler de politique en-dehors des critiques traditionnelles et stériles, que tu as cru lire ici mais que tu as surtout réemployé à ton compte par la suite. Balle au centre si je puis dire ! Si pour une fois on pouvait comprendre chaque point de vue sans hurler au scandale, ça ne ferait pas de mal.

3.Posté par MELOT Quentin le 28/04/2017 12:25

Je ne vois pas bien l'espoir hors du champ politique traditionnel. La 6ème république ou la 7ème sera comme les précédentes évolutions, un nouveau système avec les mêmes têtes, un changement de forme mais pas de fond, bref de l'enfumage.

Non M. Le Pen n'est pas raciste et le FN n'est pas raciste. Le FN a été raciste par le passé, et certains de ses membres le sont ça c'est vrai, mais aujourd'hui ce n'est plus le cas. Il suffit de suivre l'évolution des discours depuis la "Dédiabolisation" engagée par la fille. Dire que la fille ressemble au père, c'est ne rien comprendre à l'histoire politique française.

Ton exposé sur la France claire de peau etc c'est la vieille rengaine médiatique qui essaye de culpabilisé 30% d'électeurs (dernières européennes), et encore, une partie des gens adhèrent aux idées sans passer le cap de voter FN (dont moi). Tu ne te rends même pas compte que c'est cette morale répétée qui fait que toujours plus de gens votent FN, je connais un paquet de Français qui ne sont pas de souches comme tu dit et qui votent FN (et je parle pas de portugais ou d'espagnols hein), soit ils sont suicidaires, soit c'est que tu es à coté de la plaque.

Les propos sur les Roms, sur les Africains, sur les "Réfugiés" etc je suis à 95% d'accord avec eux. Ça s'appelle avoir les yeux en face des trous et ça n'a rien à voir avec du racisme. Le racisme c'est jugé une individualité par son origine, sa couleur etc. Ces propos sont des dénonciations de communautarismes et de vérités connues par tout le monde, mais censurées par le système.
Le jour ou les partis traditionnels prendront acte des réalités du terrain et arrêteront les discours purement idéologiques, c'est à ce moment la que le FN perdra des voix, mais ça n'est pas près d'arriver, et tu apportes ta contribution à ce système.

Au passage, faut pas trop regarder la TV. Les "réfugiés" ne proviennent pas de pays en guerre, en tout cas pas en France. BFM te vend la famille syrienne avec Papa ingénieur, maman architecte et deux petites filles, famille attachée à la laicité bien sur.. J'ai passé pas mal de temps à Calais, nos migrants sont des réfugiés économiques, des hommes entre 15 et 30 ans, provenant de pays de merde c'est vrai mais pas en guerre, et la plupart, pas tous, sont des enculés qui profitent du système. Ce que j'ai vu est bien différent de ce qu'on nous vend.

La bulle FN éclatera le jour ou au lieu de taxer 30% des gens de racistes idiots, ont les considéreras comme des citoyens égaux aux autres, mais c'est pas pour tout de suite.... Et malheureusement à cause de ça, au lieu d'avoir un président PS ou LR un peu plus proche des aspirations du peuple, on va se taper E. Macron. On en reparlera dans 5 ans.

4.Posté par Julien D le 25/05/2017 14:56

C'est exact. L'Outre Mer, en tête la Réunion, on voté MLP fortement. Moi même des Antilles vote FN depuis de nombreuse années dû à l'immigration délirante des territoires de la République. C'est certes moins visible (puisque de même couleur de peau souvent) mais je peux vous assurer qu'ils foutent un bazar monstre.

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