Mercredi 7 Juin 2017

L'odieuse «blague» de Macron

Par Agnès Druel.



Rigoler d’un drame humain, tout en étant incapable d’apporter une réponse humaine et durable aux réfugiés se présentant à nos frontières est indigne d’un président de la République. C’est notre humanité entière qui se noie à nos portes, et avec cette médiocre « plaisanterie », nous avons sombré un peu plus.


Au second tour de l’élection présidentielle, j’ai voté contre le FN. Parce qu’après de nombreuses discussions, après des heures de débats, j’ai compris que je ne pouvais pas laisser les discours de haine du parti d’extrême-droite l’emporter, et qu’à travers mon vote, je donnais ma voix pour les réfugiés, pour ne pas que les frontières deviennent plus infranchissables qu’elles ne le sont déjà.
 

J’ai finalement compris que cela n’avait servi à rien. Nous sommes vite retournés dans les débats identitaires habituels, dans le mépris de l’autre, dans l’accusation perpétuelle, et non des actions concrètes, des réponses adaptées, celles qui pourraient venir soulager les demandeurs d’asiles pendant leur exil en Europe.
 

D’ailleurs, Paris fut nettoyée des indésirables lors de la visite du Comité Olympique. On les a envoyés quelque part.  Ils n’ont toujours pas le droit d’exister. Mais pourtant, ici, en Europe, nous n’avons pas manqué de féliciter la création d’une équipe de réfugiés lors des JO de Rio l’année passée. Cela nous a permis, l’espace d’un instant, de croire que nous étions un peu moins aveugles à la souffrance des migrants.
 

Et Macron a fait une « blague », une « plaisanterie » sur les Comoriens. Ceux qui meurent en mer. Ceux pour qui la France représente l’espoir. J’ai  repensé à l’histoire d’Ahmed, un Irakien de 28 ans. Je l’ai rencontré l’année dernière à Grande-Synthe.
 

Ahmed est arrivé en France en novembre 2015. Après 2 jours passés dans la jungle, il réalise qu’il ne peut pas rester vivre dans ces conditions. Il décide alors, avec l’un de ses amis, qui est lui amputé d’une jambe, de rejoindre un ferry à la nage en pleine nuit. Tout en portant son ami, il commence à nager dans les eaux glaciales de la Manche. Le projet échouera.
 

Quelques semaines plus tard, après avoir contacté un réseau de passeurs pour passer en Angleterre, Ahmed et son ami se rendent au rendez-vous fixé par ceux que les réfugiés appellent « la mafia ». Ce soir-là, les passeurs ont agressés les 2 camarades, ont utilisés la prothèse du jeune homme handicapé pour le frapper avec et iront jusqu'à lui uriner dessus.
 

Ahmed finira par partir du camp de Grande-Synthe en novembre 2016 pour rejoindre l’Angleterre après plus d’une vingtaine de tentatives de passage. Pour cela, il a dû quitter la France, se rendre dans un port européen où la vigilance des douaniers est moins accrue, et passer plus de cinquante heures caché dans un containeur pour finalement fouler le sol anglais.
 

Des histoires comme celles d’Ahmed, il y en a plein. Elles sont souvent similaires. Il revient constamment dans leurs récits, l’humiliation subie, l’absence de compassion en Europe, les peurs, les traumatismes et les années qui seront nécessaires pour une éventuelle guérison. Eventuelle, car ces  années passées sur les routes de l’exil sont destructrices pour ceux qui les vivent.
 

Rigoler d’un drame humain, tout en étant incapable d’apporter une réponse humaine et durable aux réfugiés se présentant à nos frontières  est indigne d’un président de la République. C’est notre humanité entière qui se noie à nos portes, et avec cette médiocre « plaisanterie », nous avons sombré un peu plus.
 

L’histoire d’Ahmed ne m’a pas fait rire. Au contraire, je me questionne sérieusement sur cette société, celle que nous sommes en train de construire, celle où l’on laisse impunément des CRS et une maire interdire à des êtres humains de se restaurer car réfugiés, une société, qui en 2017, laisse des gens se noyer en mer, une société où la xénophobie a pris une telle place que la peine n’est même plus prise par nos dirigeants de la combattre quotidiennement.
 

Nous devrions avoir honte ce que nous sommes devenus, il faut nous voir actuellement, recroquevillés sur nous-même, laissant la haine, le racisme et l’entre soi s’installer de façon durable dans notre quotidien.
 

Incapable de comprendre la souffrance d’un homme qui doit quitter son pays, sa famille, sa maison dans l’unique espoir de pouvoir survivre. Incapable de nous révolter contre l’indifférence et la répression, car la peur vient dicter nos actions.  
 

Qu’il est facile, lorsque l’on habite le palais de l’Elysée de se moquer de ceux qui meurent en mer, n’ayant rien d’autre que l’espoir d’un avenir plus certain et de faire ensuite appel à « une plaisanterie de mauvais goût », engoncé dans de tels privilèges que l’on en vient à oublier la retenue et l’humanité. Ressort juste cet odieux mépris.
 

J’ai eu beau chercher, mais je n’ai trouvé rien de marrant dans cette crise sans précèdent, dans ces morts quotidiennes et notre absence de compassion. Il  reste juste cette photo qui me hante depuis sa publication.

Agnes Druel








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