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Vendredi 26 Mai 2017

L'encadrement de l'humour; une lutte efficace contre les discriminations?

Par Sélima - The Social Face



Peut-on encore rire de tout ? De Dieudonné à Cyril Hanouna, la question n’a cesse de revenir sur la scène sociale et humoristique.


Le raisonnement est le suivant: à la façon d’un comportement classique en société, les quolibets visant une minorité ou stigmatisant un groupe sont fortement condamnés. Comprenez; si vous dîtes à votre cousine Louise qu’elle ferait mieux de s’occuper de ses casseroles, cela équivaut à faire un sketch sur les femmes et le shopping. Il existerait donc, par opposition, un humour “passe-partout”: l’humour qui ne vexe pas, qui fait rire tout le monde.
 



La sensibilité face à ce type d’humour prend racine dans la lutte contre les inégalités; une minorité qui est en bonne voie d’accession à l’application réelle et entière de ses droits sera moins facilement moquée.
En effet, rire des asiatiques ou des arabes est par exemple accepté en France; rire des homosexuels ou des juifs le sera moins, car ces derniers ont défendu plus ardemment leurs droits.

Ainsi, ce qui est considéré aujourd’hui comme misogyne, xénophobe, homophobe etc. ne le fut pas toujours. Ce sketch des Inconnus ne reçut à l’époque aucune condamnation des populations israélites:
 



La satire devient réservée au groupe visé par les plaisanteries: la Vérité si je mens, Gad Elmaleh ou encore Elie Semoun détiendront par exemple un monopole de “la caricature du juif”. De cette manière, on éviterait en théorie la propagation d’idées racistes qui pourraient mener à la stigmatisation d’une minorité.

Mais est-ce réellement le cas? En effet, l’époque contemporaine est, plus que jamais, le théâtre de théories sur un soit-disant complot juif mondial, et l’antisémitisme reste une réalité profondément ancrée. Je me rappelle d’une anecdote rapportée par une amie qui, lors de l’annonce de son entrée à Science Po, avait reçu comme commentaire: “Oui, c’est normal, tu es juive”.

Ainsi, en évitant de vexer un groupe, on ne combattrait pas mieux les stéréotypes et autres discriminations. On peut aussi opposer à cette vision de l’humour que faire taire des propos, en flirtant avec les limites de la loi, comme le fit Manuel Valls, peut poser en victime l’humoriste, voire en faire un symbole de la liberté d’expression perdue. En bref, pour certains, Dieudonné en devient un martyr plaisantin, un rebelle contre le système. Il semble alors légitime de se demander si par l’Éducation, des campagnes de sensibilisation, ou par les réponses d’autres humoristes, la lutte contre l’antisémitisme ne serait pas plus efficace. Quelle meilleure illustration que l’hilarant Desproges?
 



D’une certaine manière, l’humour sert aussi à se remettre en question. Un questionnement strictement interne n’est pas toujours des plus productifs, car s’il est vrai qu’il favorise un développement unique et différent, il ne permet pas de systématiquement identifier des éléments critiques, et ce, par manque d’objectivité.
 
Quelle est alors la limite entre l’humour discriminatoire et l’humour caricatural? Les acteurs? Les mots choisis? La dose de politiquement correct? La sensibilité d’autrui? Comment rire de tout sans encourager la normalisation de propos haineux?
 
Les arguments, nombreux, variés, existent des deux côtés, mais il reste néanmoins certain qu’il ne faut en aucun cas mettre en danger autrui à la faveur quelques rires.

Sélima
The Social Face






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