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Dimanche 13 Novembre 2016

Kroes et Barroso vous font aimer l’Europe !

Par Emmanuel Maurel. Politis.



Revue de presse.
 
Les conflits d’intérêts impliquant ces deux ex-commissaires sapent les fondements des institutions européennes.
Kroes et Barroso vous font aimer l’Europe !


Deux semaines seulement après le vote des Britanniques en faveur du Brexit, l’Europe apprend que l’ancien président de la Commission européenne conseillera désormais la banque d’affaires américaine Goldman Sachs.


Le départ de José Manuel Barroso témoigne non seulement d’une collusion entre les intérêts des grandes institutions financières et les autorités publiques qui ne surprend plus personne, mais également d’une insoutenable légèreté vis-à-vis de la mission que les Européens lui avaient confiée. En effet, comment croire désormais un instant que M. Barroso a pu investir son rôle de « gardien » de l’Union européenne, quand on le découvre prêt à devenir un employé d’une banque qui a organisé méthodiquement la déstabilisation de la Grèce et de la zone euro ?


Last but nos least, Barroso officiera chez Goldman Sachs… comme « conseiller sur le Brexit ». En somme, alors que l’Union européenne, de son côté, fera tous les efforts possibles pour obtenir les conditions d’un Brexit les moins pénalisantes pour l’Europe, mais les plus strictes pour Londres et sa place financière, lui, l’ancien président de la Commission européenne, usera de ses contacts, de ses documents, bref de tout ce que l’Union européenne lui a apporté, pour satisfaire la City.


L’été à peine passé, le jeudi 22 septembre, le Consortium international des journalistes d’investigation révèle que Neelie Kroes, ancienne vice-présidente de la Commission Barroso, était dirigeante d’une société offshore pendant son mandat de commissaire européenne.


Pour bien prendre la mesure de cette information, il faut rappeler qu’en tant que commissaire à la Concurrence Mme Kroes était supposée, comme le fait aujourd’hui Margrethe Vestager, lutter contre les montages fiscaux illicites. Le dumping fiscal dans l’Union européenne, où des États acceptent des montages impliquant des sociétés offshore, est le premier obstacle à une concurrence équitable, dont Neelie Kroes était censée être la gardienne.


Pourtant, malgré l’urgence de réduire des fractures qui pénalisent la création de richesses et la redistribution dans l’Union européenne, Mme Kroes participait aux pratiques qu’elle aurait dû traquer.


Comme pour ajouter à l’indignité de la situation et au mépris de sa fonction, elle opérait non seulement dans un paradis fiscal, mais encore dans le secteur de l’énergie. La société dont elle était codirigeante avait tenté une opération de rachat de 6 milliards de dollars du géant américain Enron. C’est ici que la double casquette de Mme Kroes jette un soupçon légitime sur ses intentions : c’est elle, en tant que commissaire à la Concurrence, qui a diligenté la libéralisation au forceps – et leur lot de privatisations – des marchés énergétiques en Europe. C’est donc elle qui s’est assurée que chaque pays de l’Union démantelait bien ses opérateurs publics, pendant qu’elle était partie prenante de sa société offshore dans le secteur…


Naturellement, ce paysage d’impunité et d’inefficacité au plus haut niveau ternit les efforts modestes de quelques initiatives, comme cette commission d’enquête, dotée de moyens spéciaux, que nous avons enfin mise en place au Parlement européen pour tirer les conséquences des Panama Papers.


Tout ce qui pourrait être légalement retiré à M. Barroso et à Mme Kroes...

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