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Mardi 21 Mars 2017

Jusqu'ici, tout va bien

Par Agnès Druel.



Dimanche 5 mars dernier, des militants sont allés défendre Fillon et sa drôle conception de l'indépendance de la justice. Jusqu'ici, tout va bien. Mais l'important n’est pas la chute, c’est l’atterrissage.


A cet instant-là, après avoir été sortis du bus par l'armée éthiopienne, alignés en file indienne sur le bas-côté d'une route entre Awasa et Addis-Abeba, fouillés par des militaires portant fièrement leurs kalachnikovs autour de l'épaule, ne comprenant rien à l’amharique et par conséquent aux paroles qui se veulent, j'en suis certaine, rassurantes de mon voisin de bus, à cet instant précis, la notion de « fragilité de nos acquis » prend toute sa signification.
 

La même opération de fouille sera répétée 5 fois tout le long du trajet. Plusieurs jours d'incompréhension ont précédés ce retour vers la capitale éthiopienne, ne pas comprendre ce qu'il se passe, un gouvernement qui assassine son peuple, qui prive les journalistes d'exercer librement, des arrestations arbitraires, des opposants au régime envoyés en prison sans jugement, internet coupé, la liberté étouffée.
 

Personne ou presque ne parle de ce peuple Éthiopien qui est en train de se battre, se sacrifier, pour gagner la liberté tant espérée. Des ces personnes dont la détermination pour un futur plus lumineux est devenue maintenant synonyme de danger, ou de mort. Mais ils continuent de descendre dans la rue, de défier un gouvernement qui place son intérêt personnel avant celui du peuple.
 

Les Éthiopiens refusent d'abandonner leur pays à l'ignoble, à l'abject. Ils se soulèvent, défient le capitalisme. Revendiquent le droit d’exploiter leurs terres. Ces terres que le gouvernement d'Haile Mariam Dessalegn a spoliées pour les revendre à des multinationales. Ces compagnies qui sont en train de transformer la majestueuse vallée du Rift en une vaste usine de production de fleurs.
 

Les Éthiopiens se soulèvent pour une alternance politique, pour un partage équitable des richesses. Ils se soulèvent seuls, oubliés par une communauté internationale, bien trop angoissé à l'idée de perdre un allié majeur dans cette partie du globe. Une communauté internationale dont les intérêts économiques priment sur celles des vies humaines.
 

Ils ne sont pas seuls pourtant dans cette quête de liberté. Tout au long de ces dernières années, j'ai entendu beaucoup d'histoire de vies brisées par cet espoir de liberté. Des histoires de personnes qui, parce que la volonté d'un seul homme, l'aveuglement de certains, en a décidé ainsi, se sont vus partir sur les routes de l'exil.
 

En République Démocratique du Congo, il y une organisation, la LUCHA, qui lutte de façon acharnéepour que Kabila quitte la pouvoir. Cette organisation, qui se veut non-violente, voit régulièrement nombre de ses partisans arrêtés sommairement. Malgré les intimidations, les militants continuent le combat, et ont comme mot d'ordre: « Le changement ne viendra pas de l'extérieur, mais des Congolais eux-mêmes, à condition d’en avoir conscience et d’y œuvrer avec courage et détermination. »
 

En France, de "courageux militants" se sont retrouvés au Trocadéro pour dénoncer l'état de droit suite à un appel lancé par François Fillon. Ils se sont retrouvé pour dénoncer l'acharnement judiciaire auquel doit faire face le candidat investi des Républicains. Dénoncer l'indépendance des journalistes, dénoncer le complot, défendre coûte que coûte le désir profond d'être dirigé par un corrompu.
 

Je repense aux histoires entendues, celles d'opposants à des régimes politiques, qui se sont retrouvés en prison pour avoir simplement manifestés un désaccord, à ceux dont la parole est étouffée, ceux pour qui la quête de liberté exige le sacrifice.
 

Oui, le 5 mars dernier en France, des personnes ont manifestés contre la justice, contre l'existence d'un état de droit. Battre le pavé pour soutenir la corruption. Battre le pavé pour espérer porter au pouvoir un voleur. Mettre toute sa force, son énergie, pour défendre celui qui, animé par le seul désir du pouvoir et de l'argent, a volé le peuple français.
 

Ce dimanche, nos libertés ont été attaquées, bousculées une nouvelle fois. Nos libertés, l'état de droit ,l'indépendance des journalistes et de la justice, ont été contestées pour assouvir et justifier la quête du pouvoir d'un seul homme.
 

Je repense à ce moment, sur cette route, en Éthiopie. Aux morts. A ceux qui fuient. A ceux emprisonnés. Ceux qui ont disparus. Ceux qui se sont fait torturer. Ceux qui chaque jour ont décidés de faire de la liberté leur combat.
 

Et je pense à ceux, qui ce dimanche 5 mars, sont allés défendre Fillon au Trocadéro.
 

Rien n'est jamais acquis.

Agnès Druel







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