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Mardi 11 Avril 2017

Jusqu'au bout de l'indifférence

Par Agnès Druel.



Hier soir, le camp de Grande-Synthe a disparu sous les flammes. Une rixe entre afghans et kurdes serait à l'origine de cet enchaînement de violence qui a eu lieu dans la soirée du 10 Avril.
AFP
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Ce mardi 11 avril aurait pu être d'une triste banalité  au camp de réfugié de Grande-Synthe. Les mêmes allées et venues auraient pu être observées. Des quantités astronomiques de thés bien trop sucrés auraient été bues, des milliers de cigarettes fumées, il y aurait eu des discussions animées. Peut-être même que certains auraient envisagé une tentative de passage vers le Royaume-Uni dans la soirée.
 

Mais hier soir une rixe entre afghans et kurdes a explosée. La tension de trop. Pas de places, plus de places. Entassés les uns sur les autres, à dormir la où certains d'autres nous n'oseraient pas s’asseoir. Vivre entre une autoroute et une ligne de chemin de fer. Survivre.
 

Devoir être toujours plus fort parce qu'en face il y a les passeurs, parce qu'il y a aussi des milliers d'autres réfugiés prêt à tout pour traverser la Manche. Être plus forte aussi, parce qu''il en faut du courage lorsque l'on est femme et réfugiée.
 

Grande-Synthe, c'est la dernière étape avant le Royaume-Uni. La plus longue, la plus dure à tenir. Parce que l'absence d'espoir ravage tout. Parce que cette violence, ces rapports humains qui n'existent qu'en raison de la misère d'autrui ne devraient être le quotidien de personne.

 

Grande-Synthe n'est pas une cause nationale. Le camp sert parfois pour les politiciens qui souhaitent s'engouffrer dans la brèche du minable, de la xénophobie et de l'entre soi. D'autres fois pour de misérables trolls pullulant sur internet et qui se félicitent de cet incendie. D'ailleurs,il peuvent bien crever ces réfugiés, on ne les veut pas chez nous.
 

Grande-Synthe, c'était aussi des enfants réfugiés qui pouvaient aller à l'école de la ville. Des bénévoles et des réfugiés qui cuisinaient ensemble. Un centre pour femmes. Des bénévoles d'un peu partout qui refusaient de laisser ce drame se jouer sous leurs yeux.Des histoires d'amitié. Quelque chose de bancale, certes, mais qui avait le mérite de se placer en travers de la route du désengagement citoyen.
 

Grande-Synthe aurait pu être un début de réponse à l'hostilité et au repli sur soi grandissant observés ces derniers temps en Europe. Ce camp aurait pu être un modèle de réussite, un exemple pour tout ceux qui ont peur de l'inconnu. Un endroit de refuge pour des personnes épuisées par des mois d'errances. Un premier pas vers la reconstruction.
 

Il faut alors repenser à la une de Libé, il y a quelques jours, montrant des cadavres d'enfants. A la photo du petit Aylan sur la plage. De l'enfant syrien dans le camion d'ambulance. Il fallait émouvoir le lecteur européen avec cette « une nécessaire », avec ces photos chocs. Ce même lecteur qui passera à autre chose le jour suivant. Comme d'habitude.
 

Parce que si vraiment nous en avions quelque chose à foutre des réfugiés, de ceux qui sont sur les routes de l'exil, il n'y aurait jamais eu d'incendie hier à Grande-Synthe. Il n'y aurait pas eu pas eu cette escalade de violence dans ce camp de réfugiés. Il n'y aurait pas eu tous ces morts sur les autoroutes du Nord. Des enfants de 13 ans parfois.
 

Non, les réfugiés ne sont pas des sauvages qui s'amusent à détruire un des rares lieux qui garantit le minimum de dignité auquel un être humain puisse prétendre, c'est à dire des chiottes et à manger tous les jours.
 

Mais dans certains cerveaux étriqués, dans les paroles de haine des politiciens, il faut semer la confusion, entretenir le doute et la peur. Continuer de sombrer lentement vers ce que l'humanité fait de pire.
 

Les images, les vidéos, les témoignages recueillis hier sont glaçants. Mais demain, ils seront oubliés. Les réfugiés auront été logés quelques nuits en gymnase, d'autres iront rejoindre des petites jungles essaimées un peu partout dans le nord de la France. Le travail des associations pour identifier les différentes jungles recommencera, comme toujours, comme d'habitude.
 

Mais peut-être que cette fois il faudra faire l'effort de garder en mémoire que l'origine de l'incendie n'est pas la rixe entre afghans et kurdes. C'est le résultat d'années de mépris, de haine, de guerres et de bombes, d'accaparement sauvages de terres, de dictatures sanguinaires qui mènent indéniablement au désespoir. Et de notre dangereuse indifférence face aux drames qui se jouent à nos portes.

Agnès Druel

 








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