Mercredi 6 Décembre 2017

Jérusalem. Mais qui conseille Trump ?

Par Eric Heriot.



Trump a décidé de transférer l’ambassade des Etats-Unis à Jérusalem. Une décision qui fait fuir même les plus grands alliés, sans parler de la vague de réactions qu’elle pourrait engendrer dans les pays musulmans et arabes. Comment le président américain a-t-il eu cette idée malgré la tendance générale de l’opinion publique américaine et internationale.


En interne, un sondage mené par l’Université du Maryland et dévoilé par la Brookings institution, vendredi dernier, montre que 63% des Américains dont 44% de Républicains sont opposés au transfert de l’Ambassade américaine à Jérusalem (Al Qods pour les musulmans).
 
A l’international, l’Union européenne a mis en garde hier contre les « graves répercussions » d’une telle décision américaine. Et sa haute représentante pour les Affaires étrangères, Federica Mogherini , a souligné qu’« il faut rester concentré sur les efforts pour faire redémarrer le processus de paix et éviter toute action qui saperait ces efforts ». Pour le ministre allemand des Affaires étrangères, Sigmar Gabriel,  « une solution à la problématique de Jérusalem ne peut être trouvée que dans le cadre de négociations directes entre les deux parties (Israël et Palestine ». Lundi dernier, Emmanuel Macron s’est dit préoccupé par « la possibilité que les Etats-Unis reconnaissent unilatéralement al Qods comme capitale d’Israël ».
 
Du côté des pays arabes et musulmans, la réaction la plus directe est venue du Roi du Maroc. Mohammed VI, en sa qualité de Président du Comité Al Qods, a adressé une lettre au président américain où il a exprimé sa « profonde préoccupation personnelle ainsi que la grande inquiétude ressentie par les Etats et les peuples arabes ».
 



Pour le souverain marocain, cette décision est susceptible « d’impacter négativement les perspectives d’une solution juste et globale au conflit palestino-israélien, sachant que les Etats-Unis d’Amérique sont l’un des principaux parrains du processus de paix et jouissent de la confiance de toutes les parties ».
 
Le danger est effectivement présent, d’où la nécessité « d’éviter tout ce qui est de nature à exacerber les sentiments de frustration et de déception qui font le lit de l’extrémisme et du terrorisme ».
 
La décision du président américain ne saurait mal tomber à un moment où la question de la normalisation avec Israël commence à se débarrasser de sa charge émotionnelle, dans les pays arabes. Les plus grands alliés des USA, l’Egypte, l’Arabie saoudite, la Jordanie pourront-ils aller à l’encontre des sentiments de leurs populations, en majorité acquises à la cause palestinienne, considérée comme faisant partie de leur foi ?
 



S’il est vrai que Donald Trump a promis lors de sa campagne électorale de reconnaître Jérusalem comme capitale d’Israël, il n’en demeure pas moins que cette décision pourrait aller à l’encontre des intérêts aussi bien des Etats-Unis que d’Israël, lui-même.
 
Trump a-t-il été mal conseillé sur la question ? Selon Shibley Telhami, du Centre pour la politique du Moyen Orien (Center for Middle East Policy), les conseillers du président Trump « vivent dans leurs bulles, renforcées par une inexpérience sans précédent ». Auteur d’une analyse sur le site de la Brookings, l’auteur précise que 81% des Américains dont 71% de Républicains veulent que Trump se fasse conseiller par de véritables experts pour sa politique au Moyen Orient et non pas par des membres de la famille inexpérimentés ».
 







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