Lundi 8 Août 2016

François Hollande enterre la diplomatie des droits de l'homme

Par Jean-Marie Fardeau



Source photo : BBC
Source photo : BBC


Revue de presse.

Lorsque, le 6 août, j’ai vu François Hollande, invité d’honneur, assis près du président égyptien Sissi pour l’inauguration de l’élargissement du canal de Suez, les images de ses prédécesseurs au côté de l’ex-président Moubarak ont resurgi de ma mémoire. Moubarak et son système répressif ont longtemps été considérés comme le meilleur rempart contre l’intégrisme musulman et pour le maintien de l’unité de l'Egypte. Pendant des années, ce système a eu les faveurs de Paris, mais aussi de Londres et de Washington. Puis le vent de la démocratie s’est levé, en janvier 2011, et ces mêmes capitales ont salué le courage du peuple égyptien pour renverser un régime aussi corrompu qu’autoritaire.
 

Trois ans plus tard, après une élection démocratique, un coup d’Etat militaire de facto à la suite des manifestations massives dénonçant l’incurie du gouvernement Morsi, une répression sauvage en août 2013 contre les partisans de l’ex-président Morsi commandée par le futur président Sissi, des centaines de condamnations à mort prononcées après des parodies de procès, la France s’accommode donc de nouveau d’un gouvernement autoritaire en Egypte. Comme si la parenthèse démocratique avait été une erreur de parcours du peuple égyptien. Qui peut décemment imaginer que ce peuple n’aurait soudain plus d’aspiration au respect des droits humains ? Plutôt que de parader avec le président Sissi en regardant des Rafale voler, M. Hollande devrait agir pour que les démocrates égyptiens ne soient pas réprimés, pour que le gouvernement actuel comprenne que la voie de la répression n’est pas celle qui prépare un avenir stable, ni en Egypte ni dans la région.

Ce dernier épisode de realpolitik s’ajoute à bien d’autres depuis l’élection du président Hollande en mai 2012 : relations « amicales » avec l'Arabie Saoudite, où exécutions capitales et répression des voix dissidentes sont désormais « complétées » par des bombardements aveugles sur des civils au Yémen. Silence coupable sur la répression qui, depuis février 2011, étouffe la contestation à Bahreïn. Relations étroites avec le gouvernement algérien, qui fait mater presque toute manifestation et répond aux revendications des syndicats indépendants en poursuivant leurs militants sur la base de charges douteuses. Partenariats fructueux avec les Emirats arabes unis sans s’inquiéter de la répression des opposants et des mauvais traitements des travailleurs migrants sur le chantier du Louvre Abu-Dabi. Enfin, rétablissement de relations fortes avec le Maroc au prix d’un accroc à la compétence universelle en matière de torture, surtout si l’accusé pourrait s’avérer être l’ancien patron du renseignement marocain...

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Source : LeMonde.fr







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