Des leaders donnant des leçons en permanence ("Smic trop élevé pour la compétitivité des entreprises", "RSA abusivement attribués à des assistés qui se complaisent dans l'assistanat") ont une telle idée d'eux-mêmes qu'ils estiment que leurs revenus officiels sont insuffisants pour assurer leur train de vie. Ils sont torturés à l'idée qu'un footeux gagne tellement plus qu'eux et, le pire, les quelques journalistes qui tiennent le haut du pavé, leur font parfois la morale à propos de leurs petites magouilles, poussant parfois à l'hallali, sans vergogne, quand ils perçoivent eux-mêmes deux ou trois fois ce que gagne l'homme politique. Ils enragent.


Mais le scandale ne réside pas que dans les emplois fictifs des assistants parlementaires. On ne peut passer sous silence les salaires bidon ou semi-bidons alloués, dans les ministères ou dans des collectivités territoriales, à des conseillers de toute sorte, des petits marquis qui se la pètent, dont quelques fois l'incompétence est notoire ou l'inactivité manifeste. Ils sont justement sur des rémunérations proches de celle mise en exergue par l'affaire du Fillongate : 7000 euros. Sans parler des voitures ou logements de fonction, ainsi que des frais divers qu'ils empochent facilement, puisqu'en gros ils en décident, au grand dam de fonctionnaires de base, honnêtes, écœurés par ces pratiques auxquelles ils assistent impuissants. Et si, contrairement à Mme Fillon, il leur arrive de produire un travail, le niveau de leurs indemnisations est trop souvent indécent.


Les rémunérations des fonctionnaires, y compris gradés, répondent à des grilles indiciaires connues, sur lesquelles il n'est guère possible de tricher. D'ailleurs, un agent d'une collectivité qui percevrait un euro de trop, le contrôle de légalité (la Préfecture) y mettrait aussitôt le holà. Mais les emplois pour les petits copains, ne pouvant être recrutés comme fonctionnaires, recrutés donc comme contractuels, ne sont pas rares, et à des niveaux de salaires dignes de Pénélope. Sans que cela ne soit en aucune façon justifié. Il n'est pas rare que des fonctionnaires des Préfectures s'épanchent en privé, sur ces abus auxquels il est difficile d'y mettre fin sans engager des tensions politiques que les autorités de l'État préfèrent éviter.