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Jeudi 3 Janvier 2019

Entretien avec Anasse Kazib cheminot et grande gueule



Anasse Kazib, 32 ans marié deux enfants est cheminot à la SNCF depuis 2012. Il est également syndiqué Sud Rail depuis janvier 2014. 

Mais il est surtout connu du grand public comme Grande Gueule dans l'émission d'Alain Marshal et Oliver Truchot sur RMC où il officie depuis la rentrée.

Qui est-il vraiment ? Quel est son parcours ? Anasse Kazib a bien voulu répondre à nos questions.
Anasse Kazib - Crédit photo Stéphane Burlot
Anasse Kazib - Crédit photo Stéphane Burlot


- Bonjour Anasse Kazib, l’actualité en ce début d’année est secouée par la colère des gilets jaunes. Quel est votre sentiment sur ce mouvement populaire ?

Personnellement, je suis heureux de vivre un moment comme celui-là car je pense que nous traversons une situation pré-révolutionnaire. Mais au départ comme beaucoup de gens, je n’avais pas spécialement de sympathie pour ce mouvement à l’origine « contre la hausse du carburant ». Surtout parce que Dupont Aignan ou Marine Le Pen défilaient sur les plateaux télé comme porte-paroles politiques s’accaparant cette colère. Mais rapidement, j’ai compris que le mouvement tel qu’il apparaissait sur les réseaux sociaux, n’avait rien à voir avec ce qu’il était réellement. À savoir un mouvement de masse où l’on retrouve à la fois la classe ouvrière, les travailleurs indépendants et les petits patrons. D’ailleurs on s’est rapidement aperçu que les gilets jaunes ne dénonçaient plus uniquement la hausse des carburants mais plus généralement les principaux problèmes des français : vie chère, pouvoir d’achat, chômage etc. 

Ce mouvement est aussi clairement devenu un mouvement de lutte des classes. Dénoncer les élites, la bourgeoisie, ceux qui exploitent et ne payent que très peu d’impôts, alors que des travailleurs précaires, des mères isolées travaillent à temps partiel comme à Carrefour et doivent se débrouiller pour faire vivre une famille avec 800€ par mois.

D’ailleurs la lutte est loin d’être terminée. Elle montre aux ouvriers la nécessité de s’auto-organiser, de lutter sans attendre les directives et les traditionnelles manifestations République-Bastille. Donc il y aura certainement un passage de témoin entre les gilets jaunes de la société civile et les futurs gilets jaunes du mouvement ouvrier, qui transformeront l’occupation des ronds-points par l’occupation des usines et des entreprises.


- Selon vous la réponse du président Macron a-t-elle été à la hauteur lors de sa précédente intervention télévisée ?

Cette réponse si elle avait été donnée dès le début, à savoir la suppression des hausses de taxes, csg, prime d’activité etc, le mouvement n’aurait pas pris cette ampleur. Mais il a trop tardé. 

Par ailleurs, il démontre, en refusant le rétablissement de l’ISF et le refus d’augmenter les salaires, qu’il reste le président des riches, celui qui refuse de les taxer pour partager les richesses. Et les Français ne sont pas dupes. Ils voient très clairement les records de dividendes, l’évasion fiscale ou le CICE qui n’a servi à rien d’autre qu’enrichir les grands patrons. Mais pour les précaires : pas 1 euro de cadeau. Prenons juste l’exemple de la décision du gel des frais bancaires : c’est 90 cts d’euro d’économie par an ! À coté il donne 40 milliards de CICE et 5 milliards aux riches sur l’ISF.


- Quelles seraient selon vous les principales mesures qui apaiseraient cette colère ?

Plusieurs mesures apaiseraient la colère : l’augmentation des salaires, des pensions, la suppression des reformes El Khomri, SNCF etc… Cependant la question pour moi n’est pas, quelles mesures, mais plutôt peut-il adopter des mesures de justices sociales pouvant apaiser cette colère ? Et selon moi c’est impossible ! Sa base électorale étant la petite et la grande bourgeoisie. 


- Vous êtes cheminot et militant Sud Rail. Depuis quand cet engagement vous est-il parvenu et pourquoi ?

Je me suis syndiqué chez Sud Rail en Janvier 2014, car j’avais subi un acharnement de la part de ma direction en début de carrière. Ils avaient tout fait pour que je démissionne avec menaces de mutation. Une période très douloureuse où je prenais beaucoup de médicaments car je devenais insomniaque, stressé et angoissé. J’étais sur le point de démissionner. Mais un soir avant que j’officialise cette décision par courrier, un collègue syndiqué Sud Rail, m’a dit que ce qu’ils faisaient était illégal en m’expliquant qu’il s’agissait de pressions classiques et ont déposé une demande d’entretien. Comme par magie tout était réglé. J’étais devenu un « formidable » élément. Bref, j’ai compris que le syndicalisme faisait peur aux plus puissants. J’ai donc finalement décidé de militer pour combattre ces patrons qui s’acharnent sur les salariés.


- Vous êtes également chroniqueur au sein des GG RMC depuis la rentrée. Comment l’êtes-vous devenu ? (Qui vous a contacté, pourquoi, comment ?)

En fait, les GG c’est un peu une longue histoire. J’ai toujours écouté RMC depuis mon époque de coursier avant d'être cheminot. De temps en temps, j’appelais Bourdin ou Luis Fernandez pour les matchs du PSG. Quand je suis entré à la SNCF, j’ai continué à intervenir chez Bourdin. Puis, ils ont conservé mon numéro comme auditeur cheminot. Eric Brunet et Bourdin me contactaient souvent quand il y avait des sujets qui se rapprochaient de mon métier. Et c’est au printemps 2018, que les Grandes Gueules ont fait une semaine « spécial service public », avec chaque jour, une institutrice, un policier, une infirmière et un cheminot. Et puis voilà, ils m’ont invité à faire cette émission. À l’issue, la productrice m’a dit qu'ils avaient rarement vu quelqu’un d’aussi « à l’aise » en plateau. Un jour elle me rappelait pour me dire qu‘Alain Marshall et Olivier Truchot souhaitaient faire un essai avec moi. J’ai accepté. L’essai a été concluant et me voilà officiellement GG depuis octobre dernier où j’interviens deux à trois fois par semaine en moyenne.


- Vous balancez de sacrées punchlines sur le plateau du talk show. C’est votre tempérament au quotidien ? 

Une aptitude acquise depuis tout jeune au collège et au lycée ! Le fait d’avoir étudier en ZEP forge le mental afin d’être à l’aise en public. C’est une bonne formation pour devenir GG ou animer une assemblée générale devant 400 cheminots en grève. Donc oui je suis comme ça et je l’ai toujours été dans la vie au quotidien. Mes frères et sœurs aussi sont des grandes gueules. Je suis le dernier d’une fratrie de 5 enfants. Donc vous imaginez bien qu’il fallait faire sa place pour exister.

J’ai aussi toujours été passionné de politique et d’émissions talk show. Au collège, j’enregistrais Tout le monde en parle avec Thierry Ardisson et ONPP avec Marc Olivier Fogiel.

Il y a aussi ce lien avec la période Rap des années 90 beaucoup plus militante et engagée qu’aujourd’hui : Lunatic, Assassins, NTM, IAM, 11’30 contre les lois racistes. Un peu l’inverse des rappeurs d’aujourd’hui.

L’humour aussi m’a beaucoup influencé. Les Inconnus, les Nuls, Smain ou Coluche; un humoriste emblématique pour ma génération même si on ne l’a pas vraiment connu de son vivant. Encore aujourd’hui, j’adore regarder ces sketchs en boucle.


- Devenir chroniqueur était-ce révélateur pour vous ?

Honnêtement, je ne me considère pas spécialement comme chroniqueur, car je ne prépare aucune chronique. Je me considère plutôt comme une simple grande gueule. J’apporte une vision, une analyse, avec mon vécu et mon expérience de cheminot. Dans les GG, certains sont très à gauche comme Etienne Liebig. Moi je suis fier, d’avoir une lecture de classe, de me considérer comme Marxiste. J’adore lire Gramsci, Trotsky, Cannon, Engels, Kant etc. Vous imaginez qu’avec la période actuelle des Gilets Jaunes, ça donne encore plus de sens.

Je suis quelqu’un d’entier, je parle avec mes tripes, je vis pleinement tout ce que je raconte et je n’ai pas peur de le dire. Je me bats contre les inégalités, le sexisme, le racisme etc. Je souhaite pour nos enfants un plus bel avenir. Pas celui du chômage, de la précarité et de la haine des autres. Et pour finir, passer à la radio ne change rien à ma vie au quotidien. Je vais toujours travailler, j’ai toujours les mêmes amis et je continue à manifester. Je tiens à le préciser.

Merci Anasse Kazib.

Propos recueillis par Les Répliques 

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