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Mardi 16 Janvier 2018

Emmanuel Besnier, premier de cordée de l’agro-industrie

Par Jean-Luc Gasnier.



Un premier de cordée de l'agro-industrie et aux qualités remarquables. Emmanuel Besnier, le PDG du groupe Lactalis empêtré dans le scandale du lait infantile contaminé par des salmonelles, fait partie de ces milliardaires, premiers de cordée, que notre Président érige volontiers en modèle, un premier de cordée avec des qualités particulières.


C’est un premier de cordée qui grimpe vite : en 2013, la fortune personnelle d’Emmanuel Besnier était estimée à  4,3 milliards d’euros ; en 2017, quatre ans plus tard, elle était de plus de 11 milliards, selon le classement du magazine Forbes, faisant du PDG de Lactalis la 8ème fortune de France( lire ici). Et cette progression impressionnante s’est faite sur fond de crise, dans un secteur marqué par des prix  extrêmement bas où les fournisseurs de Lactalis, les producteurs de lait, mendient auprès du    « plus mauvais payeur de France » des augmentations dérisoires pour leur permettre de survivre.  Le prix moyen du lait a certes connu une augmentation depuis les mouvements de revendication  de 2016, mais ce prix reste globalement faible, actuellement tout juste supérieur au coût de production,  et risque même de baisser à nouveau en 2018.
 
C’est un premier de cordée qui atteint des sommets mais qui tire tous les autres vers le bas, tous les éleveurs  qui ont le malheur d’être liés au groupe Lactalis par contrat.

C’est un premier de cordée avec une corde qui étrangle et qui tue !

Lactalis est un gros glouton, biberonné au lait d’un éleveur sur cinq, représentatif de cette agro-industrie qui dévore nos campagnes, détruit la biodiversité, et pervertit notre alimentation,  mais dont la France s’enorgueillit.
 



Lactalis et la famille Besnier illustrent  toute l’imposture de la théorie du ruissellement et d’un libéralisme qui pourrait être bienveillant et redistributeur.

Lactalis est un monstre atteint de la maladie congénitale du capitalisme financier, une voracité insatiable qui engraisse scandaleusement les comptes en banque des actionnaires  et qui n’est plus endiguée, régulée par l’Etat.

Face à une telle puissance industrielle et financière et dans un secteur dont les dérives et les défaillances ont des conséquences importantes en termes de santé publique, il faudrait opposer un état particulièrement soucieux de l’intérêt général et disposant de moyens de contrôle importants, bien organisés,  et efficaces. Mais, sous Emmanuel Macron,  les contrôles concernent bien sûr avant tout les chômeurs et les migrants. . .   D’après  Emmanuel Paillusson, secrétaire général de Solidaires à la DGCCRF, l’administration chargée notamment de veiller à la sécurité des consommateurs - et qui intervient , d’après son portail internet, sur tous les produits, alimentaires et industriels et à tous les niveaux (production, importation, distribution) ainsi que sur les services  (lire ici)  -  s’étiole : "Niveau effectif, on est passé de 3.800 agents en 2002 à 2.800 aujourd'hui".
 



Avec de tels acteurs publics et privés, comment dès lors tenir les objectifs de la politique agricole et alimentaire rappelés par Stéphane Travert, le ministre de l'Agriculture, en clôture des États Généraux de l'Alimentation au mois de décembre dernier :

« La politique alimentaire se doit d’offrir à chacun la possibilité de faire des choix bénéfiques. Cette obligation morale doit nous conduire à agir dans cinq directions complémentaires :
 
  • Adopter une approche de l’alimentation conjuguant équilibre nutritionnel et plaisir ;
  • Assurer un haut niveau de sécurité sanitaire ;
  • Elaborer une stratégie européenne et nationale sur les risques émergents ou chroniques pour la santé et l’environnement ;
  • Soutenir les modes de production respectueux de l’environnement ;
  • Veiller au respect du bien-être animal. »
 
En régime capitaliste et libéral, les paysans disparaissent pour laisser la place  à des fournisseurs de matières premières, intégrés dans une filière industrielle. L’agriculture est asservie au capital, cela ne peut produire que malbouffe, insécurité sanitaire, destruction de l’environnement.

En opposition à ce modèle, des résistants tentent de sortir le monde agricole des griffes de l’agro-industrie, ils  veulent respecter la nature et lui permettre de se montrer généreuse et partageuse.  Les zadistes de NDDL en font partie.  Le gouvernement osera-t-il  les déloger lorsque la décision finale concernant l’aéroport aura été prise ?

Jean-Luc Gasnier
Président d'ATTAC33







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