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Mercredi 28 Mars 2018

Darwinisme 2.0 ou nouveau contrat social ?

Par Sabrina Sebaihi.



Le grand remplacement existe: le remplacement du travail humain. Une récente étude conduite par Katja Grace, du Future of humanity Institute (Oxford) nous donne déjà la date de décès du travail. 45 ans, pour être précis.
Darwinisme 2.0 ou nouveau contrat social ?


Pour certaines professions, le couperet tombera dans quelques années : vendeurs (2030), conducteurs de camion (2027), traducteurs (2024). Pour compléter cette oraison funèbre, le cabinet Mc Kinsey prédit à terme la suppression des 43% emplois en France, par la généralisation des processus d’automatisation des tâches. Il ne s’agit pas d’un phénomène nouveau, puisque les années 80-90 ont vu les industries « trop gourmandes » en main d’œuvre profondément transformées par l’avènement du robot (automobile, textile). En revanche, il tend à s’accélérer, avec des conséquences d’une ampleur inédite.

Il y a toujours eu un seuil incompressible de chômage, variant selon les époques et les pays. En France, nous nous débattons avec un chômage de 10% depuis près de trois décennies. Combien de chômeurs demain, quand la victoire du robot et de l’algorithme sera complète ?

Refonder un nouveau contrat social revêt dès lors une urgence absolue. Après le temps du constat, il faut désormais ne pas se tromper dans les solutions. Ce mouvement historique créera certainement de l’emploi mais pas pour celles ou ceux qui auront perdu le leur. Quant à la requalification, elle ne touchera qu’un nombre limité de personnes, mobiles et souvent hautement diplômées (et encore, pour un répit bien court de quelques années). Et tant pis pour les cohortes de travailleurs pauvres, d’intérimaires, de mi-temps peu rémunérés, etc. Ceux la n’ont qu’à s’en remettre à la certitude affichée par nos dirigeants que la nouvelle économie leur gardera une place…
 



Est-il alors si utopique d’envisager une société où l’homme est libéré du fardeau  d’avoir à gagner sa subsistance ? La réalité d’aujourd’hui est que pour une majorité de français-e-s, le travail est synonyme de pénibilité, de faible rémunération, de non-reconnaissance voire de souffrance.

Bref, le travail ne fait plus lien social.

Assurer à chacun les moyens d’une existence digne peut se passer du travail. N’en déplaise aux contempteurs des vertus liées au Travail (conception récente au regard de l’Histoire, puisque dans la société antique seul l’esclave travaillait), la mise en place d’un revenu « universel » permettrais à tout-es de conquérir la véritable liberté, celle de ne plus avoir à se soucier de sa subsistance. La dignité de l’homme ne peut être réduite à son statut de travailleur.
 



La technique le rend possible. Reste la volonté politique.

Cela implique une révolution des mentalités en ne considérant plus le travail comme l’horizon indépassable de l’épanouissement personnel et collectif. L’individu peut se réaliser dans des activités non marchandes : engagement associatif, création artistique, production intellectuelle…

Soyons fous un instant en affirmant comme Paul Lafargue dans son Eloge de la Paresse, que l’oisiveté est un droit…

Par ailleurs, il est toujours particulièrement savoureux d’entendre des « spécialistes »  et autres « éditorialistes » ayant leur rond de table sur tous les plateaux télé vanter le travail, chose qu’ils ne connaisse, dans bien des cas, que par ouï-dire. Rappelons tout de même l’étymologie du mot travail, du latin tripalium, instrument de torture utilisé par les Romains pour les esclaves rebelles… 

Le travail c’est les 3-8, c’est l’inhalation de produits dangereux sur les chantiers, c’est le ravalement de la chaussée par des températures extrêmes ou encore la caissière en temps partiel en dessous du seuil de pauvreté, qui est d’ailleurs graduellement remplacée par des bornes automatiques. CQFD !

Cette idée n’a rien d’une lubie : elle est défendue par des penseurs et des dirigeants de droite comme de gauche, et même par des PDG de multinationales comme Elon Musk ou Mark Zuckerberg.

Il nous revient de faire de ce revenu « universel » un projet progressiste d’émancipation des individus pour un bien-être commun. Plusieurs questions, et non des moindres restent en suspens: quel(s) montant(s) ? Quel(s) financement(s) ? Ce revenu sera-t-il français ? Européen ? Mondial ?

Ce défi est à la mesure des changements auxquelles nous serons rapidement confrontés ; notre capacité à le relever dépendra en grande partie des profondes transformations que nous aurons réussies à mettre en œuvre en tant que société.

Keynes parlait de l’or comme d’une relique barbare. Nos enfants parleront peut-être du travail dans les mêmes termes. Nous travaillerons pour…

Sabrina Sebaihi
 








1.Posté par Nat le 31/03/2018 10:22 (depuis mobile)

YES! EXCELLENTE ANALYSE

2.Posté par frederic rault le 18/05/2018 14:23

Foutaises Hamonistes peintes en vert mais orientées par le besoin de sursaut du capitalisme.
Confusion entretenue entre emploi et travail, l'emploi étant un achat de force de travail sur un marché pour valoriser un capital. Le travail est l'ensemble des activités de l'homme en confrontation ou en association avec la nature pour la transformer.
Mélange des catégories : emploi en économie et travail en anthropologie.
Manque un diplôme d'histoire à l'auteure. Au cours de l'histoire des métiers disparaissent, d'autres apparaissent. Ce qui n'est pas considéré comme du travail à un moment le sera à d'autres, le critère étant : est-ce que cela valorise un capital ?
Exemple : avant 1945 peu de travailleurs de la santé. La majorité du contingent ce sont les bonnes soeurs, et on ne considère pas ce qu'elles font comme du travail, puisque leur force de travail n'est pas achetée pour valoriser un capital (elles sont bénévoles). Après 1945 un masse important d'infirmières, formées, dispensent des soins à l'hôpital public. Pas pour valoriser un capital, car elles sont fonctionnaires, mais qui démentira qu'elles travaillent ? Elles produisent de la santé.
Par conséquent les évolutions du travail suivront celles du capitalisme, voire celles des modes de production qui le dépasseront, mais le travail ne disparaîtra jamais.

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