Quel soulagement de voir enfin de la presse faire sa une sur les drames subis pas Adama et Théo en plein marasme démocratique et électoral. Pense-t-on vraiment que ces drames auraient été à ce point considérés dans les débats publics sans la vague d’incidents qui les ont suivis. Ce qui s’est passé ces derniers jours dans les quartiers en Ile de France mais aussi en province a fait resurgir une menace d’embrasement national « comme en 2005 ». Que n’a-t-on pas entendu une fois encore sur ces « violences inadmissibles » ?  Il faut raison garder. Il me semble que ce que raconte Mohammed K, l’ami de Théo interpellé quelques jours auparavant par le même policier, est beaucoup plus grave que la destruction d'un abribus.Et on peut craindre que depuis 2005 (pour prendre un repère simple), il y ait eu plus de violences de ce type au quotidien que d’abribus détruits.

La mort qui rode 
 
Nous n’entamerons pas une polémique sur le nombre de jeunes hommes morts dans des circonstances impliquant les forces de police durant les deux derniers quinquennats. Ils se comptent pas dizaine. Ne retenons que ceux qui ont suscité une forte émotion collective et celles de ces morts violentes qui ont provoqué des émeutes. Parlons de  Mushin et Larami, 16 et 15 ans, tués dans une collision avec une voiture de police, le 25 novembre 2007 à Villiers le Bel. Parlons de Mohammed Benmouna  mort à 21 ans au cours d’une garde à vue à Firminy le 7 juillet 2009. Parlons de Hakim Djelassi, mort à 31 ans d’un malaise cardiaque dans un fourgon de police à Lille le 26 septembre 2009, de Wissam El Yammi  mort à 30 ans le 2 janvier 2012 après son arrestation à Clermont-Ferrant, de Lahoucine Ait Omghar  mort à 26 ans lors de son interpellation le 28 mars 2013 à Montigny en Gohelle. Parlons d’Adama Traoré mort le 19 juillet 2016 à 24 ans.
 
Zyed et Bouna en 2005 sont mort d’avoir fui la police, d’avoir fui un scenario de maltraitance qu’ils connaissaient par cœur, qui fait partie de la vie de cette jeunesse. Comme, avant eux, Mourad Belmokthar  mort dans sa fuite à 17 ans, le 2 mars 2004 à Saint-Jean du Gard, de l’une des 17 balles qui ont été tirées dans sa direction par les gendarmes. Ils ne sont pas les seuls, d’autres ont payé de leur vie cette panique devant le contrôle  d’identité aux conséquences parfois incontrôlables : 
 
  • Iliess,  16 ans, tué le 28 septembre 2008 à Romans sur Isère dans un accident de voiture alors qu’il était poursuivi par la police.
  • Jason, 18 ans, mort le 10 juillet 2009 dans un accident de moto lors d’un barrage de police àLouviers.
  • Yakou Sénogo, 18 ans, tué le 9 août 2009 : dans un accident de moto alors qu’il était poursuivi par la police à Bagnolet.
  • Mohamed el-Matari, 21 ans mort le 25 Octobre 2009, alors qu’il tentait d’échapper à un contrôle en moto à Fréjus
  • Malek Saouchi, 19 ans mort le 20 Janvier 2010 à Woippy dans une course en scooter poursuite avec les forces de l’ordre.
  • Jimmy, 17 ans, de Sevran, mort électrocuté le 4 Mai 2010 en fuyant la police Gare du Nord.
  • Luigi, 22 ans, père d’une fillette de deux ans, tué le 16 Juillet 2010 à Saint-Aignan lors d’une course-poursuite après un contrôle de gendarmerie.
  • Deux enfants tchétchènes  mort à l’arrière d’une voiture conduite par des mineurs dans un accident après une poursuite avec la police en octobre 2014 à Haguenau
  • Elyes, 14 ans mort le 15 Février 2015 à Romans sur Isère en fuyant la police en voiture.
  • Pierre Elliot  19 ans mort le 1 juin 2016 en tentant de fuir un contrôle de police à Tourcoing.