Mercredi 22 Mars 2017

Trump ou la négation du « melting-pot »

Par Jean-Louis Legalery.



Les récentes gesticulations de Donald Trump donnent à penser qu'il ne connaît ni la constitution ni l'histoire de son pays, à moins que certains de ses idéologues préférés ne lui inculquent une vision très spécifique de l'histoire...


Dire que Donald Trump ne connaît pas la constitution de son propre pays semble une évidence tellement énorme qu’il n’est même plus besoin d’y faire référence. Mais puisque ce dernier a déclaré sans rire à ABC News, hier, I love to read, vraisemblablement la phrase la plus désopilante de cette fin de semaine, on ne peut que lui conseiller d’ajouter à sa liste de lectures The Declaration of Independence, The Constitution of the United States, et plus particulièrement l’article premier dont le sens semble lui avoir totalement échappé, Section One (p-9), All legislative powers herein granted shall be vested in a Congress of the United States, which shall consist of a Senate and House of Representatives.  Mais il y a plus grave, Trump méconnaît ou ignore délibérément l’histoire des Etats-Unis, bien que l’on soit tenté de pencher pour la première hypothèse.
 

En effet, pour évoquer l’histoire de ce pays on a souvent recours à une métaphore bien connue désormais, the melting-pot, le creuset, dans lequel, littéralement, un métal est fondu, ce qui symbolise un processus d’assimilation pour construire une seule et même nation. L’expression est apparue à la fin du dix-neuvième siècle et fait référence aux vagues successives d’immigration qui ont construit les Etats-Unis. Les premiers à partir vers le Nouveau Monde furent, bien sûr, Anglais, puis Hollandais. Ensuite l’immigration fut constante et, entre 1820 et 1979, les Etats-Unis accueillirent quelques 49 millions d’immigrants venus d’Europe (d’Irlande, de France, de Russie, d’Allemagne, entre autres) d’Amérique latine, d’Asie, d’Afrique, d’Australie et du Canada. On sait, bien évidemment, d’une part que les Africains ne sont pas venus de leur plein gré, puisqu’il furent expédiés par la force comme esclaves, d’autre part que les véritables Américains, les Indiens, ont été dépossédés de leur pays, chassés comme du vulgaire bétail et exterminés par quelques fous furieux, tels que Buffalo Bill, longtemps présenté comme un héros dans des livres d’histoire aux relents immensément colonialistes. Les Indiens sont environ un million cinq cent mille, répartis dans ce qui reste des trois cents tribus. Les Hispaniques constituent désormais le groupe majoritaire, et dans un état comme Hawaï, un tiers de la population est d’origine japonaise, un autre tiers d’ascendance européenne et le reste de la population vient de Polynésie, de Chine, de Corée ou des Philippines.
 

Donc les Etats-Unis sont bien un creuset et c’est ce qui constitue leur existence et leur richesse. De fait les gesticulations nationalistes et protectionnistes de Trump sont singulièrement la négation pure et simple de l’histoire du pays. Trump, lui-même, a des origines écossaises et allemandes. Ses choix sont aussi grotesques et aussi convaincants que si la famille Le Pen se battait contre la captation d’héritage…Cependant, il y a sans doute un mélange d’inculture et de choix. En effet à l’ignorance crasse du 45ème président s’ajoute peut-être un choix idéologique soufflé par ses conseillers les plus dangereux. En vérité, il existe un malentendu indéniable, comme le rappelle l’excellent ouvrage de David Mauk et John Oakland, aux éditions Routledge, 1995, fifth edition, An Introduction to American Civilization (p-64). La métaphore du melting-pot vient du titre d’une pièce (The Melting-Pot, 1909) d’un dramaturge britannique, émigré russe d’origine juive, extrêmement controversé, Israël Zangwill, pièce dans laquelle il développait l’idée selon laquelle la fusion des différentes ethnies issues de l’immigration devait intervenir pour mieux se soumettre à la culture anglo-américaine dominante. Cette négation du pluralisme culturel engendra de violentes réactions et, si la pièce n’est pas passée à la postérité, la métaphore est restée dans le langage de façon ambiguë, d’autant qu’il y avait dans la jeune société américaine une tendance non négligeable à perpétuer l’éphémère Naturalization Act de 1790 qui autorisaient les immigrants à devenir citoyens américains…mais seulement s’ils étaient blancs.

 

Trump est inculte, c’est une évidence, mais ceux qui tiennent son stylo et lui parlent à l’oreille ont conceptualisé une Amérique for whites only…

Jean-Louis Legalery







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