Dimanche dernier, j’étais à la distribution du petit-déjeuner organisée quotidiennement par le collectif «Solidarités Wilson Migrants ». En plus de donner à manger et d’échanger quelques banalités avec les réfugiés, nous sommes allés distribuer des sacs poubelles et aider les réfugiés à nettoyer cet endroit qui semble simplement irréel dans une des villes les plus riches du monde.
 
Il faut savoir que cela faisait plusieurs jours que les déchets s’accumulaient ici, des tas de sacs de poubelles aux cotés des migrants. A cela, il faut ajouter l’odeur d’urine, qui inexorablement s’accentue avec la chaleur. Mais surement que le personnel de la mairie était bien trop occupé à s’extasier devant notre président jouant au tennis en chaise roulante, plutôt que de penser à des solutions sanitaires pérennes pour la centaine de réfugiés porte de la Chapelle.  
 
Au vue des efforts déployés par Anne Hidalgo pour que la candidature de Paris aux Jeux-Olympiques 2024 soit retenue, et la fierté affichée par cette dernière la semaine passée lorsque Tegla Loroupe , ancienne capitaine de l’équipe des réfugiés aux JO de Rio , fut reçue à la mairie à l’occasion de la journée mondiale des réfugiés, je me dis que nous avons atteint des sommets d’hypocrisie.
 
En effet, lorsque l’on se targue d’être une ville hospitalière, la moindre des choses serait d’organiser un ramassage des déchets quotidien pour chacun des citoyens, réfugiés inclus. Parce qu’on ne peut  se vanter d’accueillir une personne telle que Tegla Loroupe tout en valorisant une ville qui serait solidaire et hospitalière, et laisser à quelques kilomètres de l’hôtel de ville des personnes dormir dans la crasse la plus indigne.
 
Chacun d’entre nous peut alors se poser la question suivante : qu’est-ce que cela peut bien coûter à la mairie de Paris d’installer des bennes  suffisamment grandes pour y mettre les ordures, quelques poubelles supplémentaires aux alentours du camp, et voir dans un moment d’égarement, une dizaine de toilettes mobiles ainsi que des douches ?
 
 Je me doute bien que la tentation doit être forte de s’engouffrer dans le boulevard de l’indifférence, voir du tout sécuritaire prônée par notre nouveau ministre de l’intérieur concernant la question des réfugiés. Je me doute également que le refus de Natacha Bouchart, maire de Calais d’appliquer les mesures locales d’aide aux réfugiés demandées par le tribunal administratif de Lille, viendra conforter les positions xénophobes de tous ceux qui ont perdus leur humanité en chemin.
 
Cependant, on ne crée pas d’appel d’air en installant des douches, des toilettes et un ramassage quotidien des ordures pour une centaine de personnes dormant à la rue, et dont l'unique tort est de fuir un pays en guerre, ou un manque évident d’avenir.
 
Il faut lire aussi les rapports des ONG et de militants en Ethiopie, en Somalie, au Soudan, en Erythrée sur les conditions de vies de l’autre côté de l’Europe. Les réfugiés ne viennent pas pour profiter d’un bout de trottoir parisien, ils viennent pour survivre, ils viennent parce que la guerre, les répressions, les ont obligés à quitter leurs maisons.
 
Il y a quelques mois, le pape François a envoyé une lettre à la maire de Paris dans laquelle il lui fait part de son admiration et de sa gratitude pour son action en faveur des réfugiés. Mais alors, à quelles actions le pape François fait référence lorsque l’on sait que la gale est présente sur le camp en raison des conditions d’hygiènes déplorables.
 
Il y aurait là une occasion pour Madame Hidalgo de se démarquer de tous ceux qui ont cédés aux sirènes du populisme, de ceux qui ont préférés séduire une frange d’électeurs frontistes, de ceux qui refusent la dignité à des êtres humains car réfugiés, plutôt que de combattre l’ignorance et la peur de l’autre.
 
Nous sommes en 2017, et le défenseur des droits vient de rendre un rapport édifiant sur les conditions de vies des personnes en exil, celles que l’on traquent aux frontières, que l’on renvoient dans des pays en guerre, celles que l’on refusent d’aider, celles que l’on empêchent de boire et de manger pour ne pas qu’un appel d’air soit créé, pour que l’on puisse continuer de vivre, ici, chez nous, en toute tranquillité.
 
Misère d’une société, qui après tant avoir accumulée, tant dépensée et gaspillée, refuse d’en assumer les conséquences,  refuse de combattre efficacement la pauvreté  et de faire face à la détresse de milliers personnes, perdues, violentées, maltraitées sur les routes de l’exil.
 
Le samedi 1er juillet, le collectif « Solidarités migrants Wilson » organise un rassemblement porte de la Chapelle. A nous de venir nombreux, à nous de demander un changement de politique sur la question migratoire, mais surtout pour chacun puisse vivre dignement, ici, en France.

Agnès Druel