Mercredi 10 Mai 2017

Sur 154 minutes de débat… Décryptage

Par Frédérique-Anne Ray.



Mettons que vous ayez un problème, une fuite d’eau dans votre baignoire par exemple. Vous pouvez aborder ce problème de différentes manières :

(i) la première consiste à être orienté-solution, c’est-à-dire centré sur l’élaboration de stratégies qui pourraient permettre une amélioration de la situation. En gros, cela revient à appeler un plombier ou à réfléchir aux différents moyens de réparer la fuite pour peu que vous ayez quelques compétences dans ce domaine.

(ii) Vous pouvez également chercher à comprendre. C’est-à-dire être focalisé sur la description, la compréhension et l’explication du problème. Il s’agirait ainsi de comprendre pourquoi votre baignoire est en train de fuir, qu’est-ce qui a altéré le joint d’étanchéité, etc.
(iii) La troisième manière de réagir consiste en la simple reconnaissance du problème, sans proposition concrète de solution. Ce qui revient à déclarer « oui, il faudra que je m’occupe de cette fuite », sans indiquer la manière dont vous comptez vous y prendre.

(iv) Enfin, il est toujours possible de ne pas chercher à régler le problème mais d’accuser la personne qui se trouve en face de vous à ce moment-là, mettons votre conjoint(e), pour démontrer qu’il/elle non plus ne saurait pas gérer le problème, voir qu’il/elle l’aggraverait, voir même qu’il/elle en est la cause.
 
Ainsi, face à une situation problématique, il est possible d’adopter 4 types de discours : (i) « proposition concrète de solution », (ii) « explication », (iii) « déclaration d’intention » ou (iv) « attaque/accusation ».

Il ne surprendra personne que, si une logique de compréhension peut avoir ses vertus, la seule attitude réellement efficace face à l’occurrence d’une problématique est la première, orientée-solution.
 
Nous nous sommes interrogés sur la manière dont notre classe politique se positionne face aux fuites d’eau, nous voulions étudier le type de discours qu’elle adopte face aux problématiques existantes.

Le débat télévisuel du second tour de la présidentielle a été choisi comme objet d’étude. Nous avons classé chaque propos du débat selon 6 catégories distinctes : 


Ce système de catégorisation ayant pour but de répondre à la question suivante : qu’avons-nous écouté, de fait, durant ces 154 minutes de débat ?


Il est frappant d’observer à quel point la part consacrée aux « propositions concrètes » est largement minoritaire : seulement 14 % du temps du débat, soit 22 minutes sur 154, a été utilisé par les candidats pour proposer des solutions, expliquer les mesures qu’ils mettraient en place s’ils étaient élus. Le discours des deux finalistes à la fonction suprême aura été, ce soir-là au moins, composé par une extrême minorité de propositions concrètes.
 
A ce premier constat, il convient d’apposer le fait que les candidats ont passé autant de temps à faire des « déclarations d’intention » (14% également) que des propositions de solutions concrètes. Dans la catégorie des meilleures déclarations d’intentions (autrement appelée catégorie « y’a-qu’à-faut-qu’on ») sont nominées : « je veux une Europe qui protège », « je veux une France forte », « il faut lutter contre le terrorisme » et « je veux un esprit de conquête avec des vrais réformes et des changements ».
 
La majorité du débat a, de fait, été composée (i) d’ « attaques et d’accusations » (23 %) – il est vrai, plus de la part de Marine Le Pen (15,7%) que de celle d’Emmanuel Macron (7,7%) -  et (ii) d’ « interpellations réciproques » (35%), soit 58% du temps du débat si l’on additionne ces deux catégories. Ce qui signifie que nous avons écouté, sur 154 minutes d’un débat de second tour de présidentielle, 90 minutes d’invectives.
 
Donc, si vous vous comportiez dans la vraie vie comme à ce débat à la présidentielle, voici comment vous auriez réagi face à cette fameuse fuite d’eau sur 154 minutes : après l’avoir découverte, vous auriez passé 30 minutes à accuser votre conjoint(e), puis vous auriez fini par sérieusement vous disputer avec lui/elle pendant près d’une heure ; de surcroit, vous auriez passé 16 minutes à essayer de comprendre pourquoi la baignoire c’était mise à fuir et encore 22 minutes à déclarer que « oui il faudra réparer la baignoire, j’en ferai une priorité de la semaine prochaine ». Finalement, suites à ces deux longues heures, vous vous seriez (enfin) mis à la recherche du numéro d’un plombier, ce qui aurez pris 22 minutes.
 
Si la métaphore entre les problématiques économiques et sociétales qui traversent actuellement le pays et une fuite d’eau dans une salle de bain présente évidemment de criantes limites, il n’en reste pas moins très surprenant qu’aussi peu de temps soit passé à débattre des propositions concrètes de solutions. Le bon sens voudrait qu’une large majorité du temps de parole ait été utilisé à cette fin.

Postulons que cette opposition au bon sens est l’une des causes du désamour entre ceux qu’on nomme « les français » - par un abus de langage donnant à penser l’homogénéité de cette catégorie - et leur classe politique.
 
Les résultats complets sont disponibles ici : 


Etude réalisée le 5 mai 2017 sur le débat télévisuel du second tour de l’élection présidentielle de 2017 par Frédérique-Anne Ray, psychologue, doctorante en épistémologie et Michael Pichat, Maître de conférences des Universités. Tous deux membres de l’Institut Chrysippe (www.chrysippe.org).








1.Posté par Bendimered le 11/05/2017 18:16

Y a pas de fuite dans la baignoire, c'est juste l'eau qui déborde

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