Vendredi 24 Février 2017

Présidentielle française ou le triomphe de la médiocrité

Par Max Angel.



En l'état actuel de la situation politique de la France, quel que soit le vainqueur de la présidentielle, nous serons dans une situation pouvant aller de l'agitation au gros temps.
Bureau présidentielle - Palais de l'Élysée
Bureau présidentielle - Palais de l'Élysée

 

Les sondages ont pour seul intérêt d'enrichir les instituts qui les mettent en place. Ils sont manipulateurs et manipulés. Qui y croit se trompe, qui n'en tient pas compte risque de se tromper.
 

Or, chaque jour nous prouve que la classe politique a atteint un niveau de déliquescence qui ne peut qu'augmenter les rangs déjà fournis des abstentionnistes. Et cela, dès le premier tour hélas ! Pourvu que je me trompe, même si je sais bien que la révolution par les urnes relève de la rêverie.

 

Qui peut vraiment croire que la France serait prise au sérieux, in the world, par un Fillon le Grillé, "menacé de justice", tricheur, menteur et qui plus est, donneur de leçons ? Dans aucune autre démocratie, il n'aurait le droit de se présenter.


On me rétorquera: "Et Trump ?". Soit ! C'est, lui aussi, un tricheur qui a jadis embauché de nombreux travailleurs clandestins sur ses chantiers, ses vignes, ses palaces, son golf, c'est un affabulateur qui invente des attentats là où il n'y en a pas. C'est aussi le nec plus ultra du système capitaliste financiarisé dans la mesure où, jusqu'à présent, les forces de l'argent avaient leurs fondés de pouvoir dans la politique et, où, aujourd'hui, ils ont eux-mêmes pris les commandes. Ce n'est pas nouveau. On a connu cela avec Berlusconi qui avait eu l'intelligence de mettre la main sur une partie des médias italiens afin de mieux hypnotiser ses compatriotes.

 

Ce sera plus ou moins le cas avec M. Macron, adoubé par tout ce qui sent bon cet argent sans odeur, poutouné par Mme Lagarde du FMI et ministre des tribunaux d'exception, chéri par BFMTV qui lui a déjà accordé autant de temps d'antenne que les autres candidats réunis, béni par M. Bayrou qui le fustigea jadis. Ce jeune homme, propret, aimable, pince sans rire, le regard clair, sachant manipuler les médias, est le représentant direct de ceux qui le financent et constitue l'assurance que la politique menée depuis trois quinquennats sera poursuivie dans l'intérêt de la ploutocratie. Ni de gauche, ni de droite, en équilibre sur un fil, il tisse un programme soft, capable de subjuguer les rentiers, les actionnaires, les gens sans passion, les mous, les hésitants, les mi-figues, mi-raisins, les hypocrites et autres faux-culs. Les "àquoibonistes" de toutes confessions. Les peureux, les conservateurs qui se croient éclairants et éclairés alors qu'ils ne sont que des suivistes. Le jeune homme est dans l'air du temps, sauf que cet air est empuanti des miasmes d'un marigot ultra-libéral dans lequel il se bauge avec volupté. Quel danger pour M. Fillon, élu des Les Ripoux et habituel serviteur de la finance !

 

Le "Frondeur" Hamon, en dépit de ses qualités de petit marquis de la jeunesse, de boudeur professionnel, d'empêcheur de voter en rond, et d'abstentionniste compulsif, n'en est pas moins le représentant d'un parti en train d'imploser. Pas d'accord hier, avec la politique menée par le couple Hollande-Valls, mais resté fidèle au poste, il est aliéné par ceux qu'il critiquait et a déjà béni les investitures de ces "perdants" pour les législatives. Peu de chance qu'il soit au deuxième tour. Sa Fronde était bien trop mal ajustée pour faire mal, et le fait qu'il ne rompe pas d'avec ceux qu'il critiquait à juste titre, en fait un Janus de couloir de l'Assemblée, un faire-valoir de la gogoche à bobos, mais sans poids devant les puissances étrangères, les institutions internationales.

 

M. Mélenchon, auto-proclamé seul représentant de la gauche populaire, présente un programme keynésien ambitieux, celui-là même qui a permis à l'Europe de sortir de ses ruines après la Seconde Guerre Mondiale, s'est engagé à mettre en place une Assemblée Constituante, à renégocier les traités, à redonner sa place à une France, qui, dans son ensemble, n'est point un si petit pays que cela, mais qui, face aux USA, à la Chine, l'Inde ou la Russie ne saurait avoir de poids que si elle réussissait à donner une certaine consistance à l'actuelle UE qui n'est qu'un marché commun au bord de l'explosion, dirigé d'une main ferme par Mme Merkel qui a la main sur l'euro-DM depuis des années. Il fait le grand écart entre les républiques sud-américaines qui ont tenté de tenir tête à l'Empire US, au FMI, et la manière dont les pays du nord de l'Europe considèrent les pays du sud. Grand débateur, tribun comme on n'en fait plus, on lui reproche un ego surdimentionné, mais qui, au regard du comportement de ses concurrents n'est guère plus excessif. On ne prétend pas au trône sans avoir quelque ambition. Il parle pour dire, il dit ce qu'il pense, et il en appelle à la raison de son auditoire et non à leurs tripes. Il y a du Robespierre, du Jaurès et du Lénine, tous grands hommes catalogués "nuisibles" par la bourgeoisie brenneuse devant ce pourfendeur de leurs privilèges, de leurs économies, et de leurs ignominies fiscales planquées dans les paradis des Caïmans les bien nommés, des îles anglo-normandes, du Luxembourg, de la City et j'en passe.

 

Quant à Mme Le Pen, héritière de l'entreprise Le Pen & Filles, elle est l'habituel "parti-repoussoir" du système mis sur orbite par M. Mitterrand qui a débouché sur l'attrape-couillons génial du "votutile". Son poujadiste de père a commencé sa carrière sous la Quatrième République et elle ose prétendre être contre le "système" alors qu'elle en est l'un des éléments clés de la balance entre "droite républicaine" et "gauche de gouvernement". Elle illusionne et fascine les pétochards de tous bords, que ce soient les petits riches, les fondamentalistes catho, les petits artisans et commerçants, les agriculteurs, les employés, les fonctionnaires de police, les militaires, tous gens menacés par les excès de la finance, le mépris des sachants, la mondialisation, les turpitudes politiciennes. Elle rallie à elle, les racistes anti-sémites au sens large, réunissant les deux religions du Livre, judaïsme et islam. Elle préside, sans que ses ouailles lui en veuillent, le parti possédant le plus de casseroles en instance.


C'est que pour adhérer à cette idéologie conservatrice, garantie grand teint, il ne faut pas observer les faits, analyser les idées, réfléchir sur le programme mais croire. Un mélange de Jeanne d'Arc voulant bouter les maures hors d'une France tout droite sortie des livres de M. Lavisse, et une Madone des Pétochards pour ceux qui ont peur de leur ombre et considèrent tout autre comme un danger potentiel. Un mélange de fondamentalistes fascisants, d'opportunistes qui vont grimper plus vite qu'ailleurs dans la politosphère et le reste, des braves gens déboussolés, fatigués, dégoûtés par le scandale des inégalités, par les crises économiques qui se succèdent parce qu'elles sont le système dominant, par les scandales politiques et économiques, par une justice, une santé, une éducation à deux vitesses et qui veulent que ça pète.
 

La "bonne presse" la catalogue "populiste". Ce qui clôt tout débat, et évite de révéler qu'en réalité, elle symbolise magistralement l'éternelle rouerie des possédants auxquels elle est agrégée et elle fait croire qu'elle adore le peuple, mais hors les murs de son château, qu'elle est simple et tellement proche des gens alors qu'elle n'en a rien à cirer puisqu'elle pille sans vergogne les subventions et dotations de l'état et des institutions abondés avec nos impôts. On dit qu'elle a toutes ses chances, pour nous faire peur. D'arriver au premier tour ? Peut-être. Mais à l'arrivée... le ban et l'arrière ban des classes moyennes et une partie des supérieures, plus les habituels braves gens l'élimineront en choisissant un des énergumènes énumérés avant.

 

Quant aux autres candidats, en dépit de leurs analyses pas toujours sottes, ils sont condamnés à faire de la figuration et faire accroire que nous vivons dans une démocratie du "monde dit libre" où tout le monde peut devenir président à condition de réunir un nombre défini de signatures d'élus. Candidats de division, les partis les plus grands leur donnent parfois un coup de main pour éliminer l'adversaire. Cuisine électorale habituelle.

 

Comment en sommes-nous arrivés là ? Comment résister, transformer un système aussi inique ? Comment mettre à merci les grandes sociétés financières et industrielles qui ont des moyens financiers supérieurs au PIB de certains pays riches ? Comment faire la loi aux banquiers ? Comment construire un avenir plus sûr pour les générations futures ? Comment sauver notre satellite du pillage de ses ressources pour le seul profit d'une minorité prédatrice toute puissante dont la raison d'être est d'accumuler toujours plus d'argent, dans cet art stupide du profit pour le profit ? Comment demeurer dans un système électoral où les dés sont pipés, et où les candidats sont, à une exception près et encore, tous indignes de leur fonction ?
 

Telle est la situation à laquelle nous sommes confrontés et l'on peut s'attendre à de sacrés coups de tabac, à quelques tempêtes, et puis, par la magie des médias et des institutions, la course inexorable vers une fin prématurée de l'humanité reprendra. On peut leur faire confiance. Trump, nouvel empereur, est un modèle du genre. Les portes de la médiocrité égoïste et ploutocratique sont grandes ouvertes.

 

Triste anniversaire de la Révolution d'Octobre 1917  qui, comme chacun devrait le savoir, a commencé en février et dont les espoirs ont été bien vite enfouis par les forces réactionnaires internes et externes, avec la mise n place d'un gouvernement bolchevik condamné à la tyrannie. Bis repetita placent. Robespierre, après avoir plaidé pour la suppression de la peine de mort, fut condamné à en usiter pour appliquer une politique de liberté, de fraternité et d'égalité que les aristocrates et les bourgeois exécraient. A la terreur rouge, succéda la terreur blanche. Tellement moins bien connue.


Quant à M. Thiers qui fit 20 000 morts au cours de la "semaine sanglante", il a eu droit à des avenues, des rues, des places dans toutes les villes de France. Rien à voir avec l'Incorruptible, voyons ! Un si brave homme ! Or, nos candidats sont aussi, pour la plupart, les héritiers de ce monstre de la bourgeoisie. Ne l'oublions pas.

 
Max Angel







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