Lundi 19 Juin 2017

Pourquoi Manuel Valls doit disparaître de la vie politique

Par Rachid Zerrouki.



Le 27 août 1789, l'Assemblée Nationale Constituante organise un vote pour savoir si le roi doit avoir un contrôle sur le pouvoir législatif. Spontanément, les députés se répartissent de part et d'autre du président Bailly: à droite, aux places d'honneur s'installent les partisans du veto absolu, permettant au roi de rejeter définitivement toute loi. Tandis qu'à gauche se placent les opposants qui préfèrent un simple droit de regard suspensif. Pasquale Pasquino dans "Sieyes et l'invention de la constitution en France" (1998) explique que c'est de là que va naître le clivage entre une droite conservatrice, adepte de la hiérarchie inamovible des trois ordres préétablis, et une gauche révolutionnaire ou réformiste.


Qu'est-ce que ce veto royal si ce n'est l'ancêtre direct de notre 49-3 constitutionnel? Ce dernier permet d'adopter une loi sans consulter les représentants du peuple, le premier permet de rejeter une loi au détriment de la consultation des représentants du peuple. Et parmi les députés qui s'installent à gauche ce 17 août, on trouve un certain Robespierre. Il affirme à ce sujet: "Celui qui dit qu'un homme a le droit de s'opposer à la Loi, dit que la volonté d'un seul est au-dessus de la volonté de tous." Manuel Valls n'est pas de gauche car on ne peut l'imaginer s'asseoir aux côtés d'un tel homme et applaudir de tels propos, lui qui a dégainé ses 49-3 à de multiples reprises et pour des lois cruciales sans la moindre vergogne.
 
Parce qu'il marche à contresens des conquêtes sociales
 
Cette gauche originelle, bien aidée par un peuple combatif qui lui a souvent forcé la main, signe les plus belles conquêtes sociales de l'histoire du pays. On pense au gouvernement provisoire de 1848 qui instaure, entre autres, les premiers éléments d'un droit du travail. Ce même droit auquel s'attaque aujourd'hui ouvertement Manuel Valls au nom de la compétitivité et de la flexibilité.
 
"Un de mes meilleurs souvenirs, ça a été mes quinze premiers jours de congés payés. Parce que jusque-là, on n'avait rien."
 
On pense au Front Populaire et aux "étés inoubliables" de 1936, c'est la première fois que les ouvriers ont pu partir en vacances et l'un d'entre eux, un sidérurgiste lorrain, confie à Serge Bonnet: "un de mes meilleurs souvenirs, ça a été mes quinze premiers jours de congés payés. Parce que jusque-là, on n'avait rien." Ces quinze jours ont été arrachés par des grèves et des manifestations. Et on a vu l'été dernier à quel point Manuel Valls méprise cette forme d'exercice de la démocratie: quand il n'interdit pas des manifestations au nom de l'état d'urgence, il les réprime à coups de matraques et de flashball jusqu'à ce que des militants pacifistes soient éborgnés, comme l'étudiant Jean-François Martin, ou même tués, comme Rémi Fraisse.
 
On pense aussi à un homme en particulier, Ambroise Croizat, surnommé "le ministre des travailleurs". Il travaille en usine dès l'âge de treize ans et une fois au pouvoir, il fonde la sécurité sociale et le régime des retraites pour "mettre définitivement l'homme à l'abri du besoin pour en finir avec la souffrance et les angoisses du lendemain." Manuel Valls se montre tellement préoccupé par ces angoisses qu'il a voulu couper 11 milliards au budget de la sécurité sociale.

Et on pense à l'Union de la gauche entre 1981 et 1983 qui a régularisé 130.000 immigrés et amélioré les conditions de travail quand Manuel Valls les a durcies et appliqué une politique migratoire basée sur la répression dont Calais se souviendra. Plus tard, rien des mineurs isolés brutalement renvoyés à la frontière ou des couvertures qu'on a confisquées aux migrants ne sera pardonné à la France.

Parce que sa laïcité est falsifiée

Enfin, on peut aussi penser au bloc des Gauches et à sa "loi de 1905" garantissant le libre exercice des cultes que Manuel Valls a honteusement falsifiée pour en faire une arme contre les musulmans. Parmi les images les plus marquantes qu'on associe au sinistre gouvernement dont il était à la tête, on retiendra ces clichés atroces qui ont fait le tour du monde et qui montrent quatre gendarmes sur une plage niçoise, entourant une dame trop habillée à leur goût et la sommant de se dévêtir. Plus tard, on verra une mère de famille de 34 ans être humiliée devant ses enfants par des représentants de l'Etat, parce qu'elle porte un legging, une tunique et un voile. Et puis on lira d'innombrables témoignages de femmes à qui on a refusé le droit d'aller à l'école, de se soigner, d'apprendre à conduire ou même de voter sous prétexte qu'elles portent un foulard. Et toujours avec la laïcité comme étendard.
 
"A la manière du FN contre lequel il prétend faire barrage, Valls fait un usage guerrier et dévoyé de la laïcité qui dissimule pitoyablement l'ignorance, la peur et la haine à l'égard des musulmans."

Toutes ces démarches, Manuel Valls les a encouragées et applaudies parce que selon lui "Marianne, le symbole de la République, elle a le sein nu parce qu'elle nourrit le peuple, elle n'est pas voilée parce qu'elle est libre." Un contresens qu'il hurle avant de se faire reprendre par l'historienne Mathilde Larrère.
 
Manuel Valls ne doit plus exister en politique parce que le principe de laïcité est bien trop important pour être incarné par quelqu'un qui le manipule à ses propres fins. A la manière du Front national contre lequel il prétend faire barrage, l'ancien premier ministre fait un usage guerrier et dévoyé de la laïcité qui dissimule pitoyablement l'ignorance, la peur et la haine à l'égard des musulmans.
 
Parce que l'espoir passe par son silence
 
Bien sûr, le candidat de l'Essonne  n'est pas le seul dans son camp à s'anoblir de valeurs qui ne sont pas les siennes en les trahissant au prétexte de les moderniser. Mais durant son mandat de premier ministre, Manuel Valls a incarné cette ligne de conduite avec tant de fermeté qu'il en est devenu l'ambassadeur. Il est l'homme de gauche qui incarne la droite, ou le contraire, on ne sait plus.
 
Les résultats du premier tour des élections législatives  représentent une nouvelle claque tonitruante adressée à toutes les gauches dont parle Michel Winock: la socialiste, la révolutionnaire, la prolétarienne, la communiste et même la droite qui s'habille en gauche. Les Jours Heureux dont parlait le Conseil National de la Résistance sont loin, comme la réduction du temps de travail, l'augmentation des bas salaires ou le digne traitement des migrants qui débarquent sur les côtes françaises. Il y a matière à baisser les bras, mais les plus optimistes parmi les gauchistes se répéteront ces petits mots de Simone de Beauvoir: "dans toutes les larmes s'attarde un espoir."
 
Cet espoir réside dans la réémergence d'une gauche débarrassée de ses traîtres qui doit se retrouver elle-même avant de chercher à séduire. Au Royaume-Uni, elle prend le nom du "Labour Party" représenté par Jeremy Corbyn et aux Etats-Unis, elle s'observe dans l'enthousiasme autour de Bernie Sanders. En France, il se murmure qu'elle attend son heure et pour patienter, ses électeurs se taisent ou s'éparpillent bêtement entre des partis et autres mouvements qui ne savent pas les rassembler.
 
Dans la première circonscription de l'Essonne, le rejet suscité par Manuel Valls ne serait pas suffisant pour garder espoir si en face de lui ne se trouvait pas une candidate courageuse qui réussit la prouesse du rassemblement à son échelle. Farida Amrani est soutenue par les communistes comme par Benoît Hamon. Puisse le Palais Bourbon lui ouvrir ses portes pour que l'espoir se découvre une nouvelle raison d'être permis.

Rachid Zerrouki
Professeur des écoles à Marseille






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