Hier, Marine Le Pen a refusé de porter le voile lors de sa rencontre avec le mufti de la république libanaise. Signe de résistance apparemment. Voilà que l’on s’emballe sur Twitter et dans les médias. J’ai envie de me déconnecter. Partir loin de ces débats stériles, fuir cette médiocrité qui nous transforme en bête sauvage, en ennemi, qui nous ôte toute lucidité.
 

On parle beaucoup de cette personne qu’est Marine Le Pen, fille de Jean-Marie Le Pen. Le gêne de la haine ne s’est pas égaré en route, l'héritage a bien été transmis entre le père et la fille. On perçoit le même mépris chez eux, la même façon de diviser la société, de s’exprimer grossièrement, de bomber le torse, de pointer l’étranger comme responsable, ce même mépris de l'Europe. Ce mépris de tout, d'ailleurs.


Cependant, malgré cette suffisance bien assumée, elle continue sa montée dans les sondages, de s’imposer comme étant la solution pour guérir notre société malade. Son discours est audible, sa xénophobie est maintenant acceptable, son incohérence politique devient l’issue la plus raisonnable pour nombre d'entre nous. On commence à nous habituer à l'impensable. Voilà que la France pourrait bientôt rejoindre l'Amérique de Trump sur la voie du misérabilisme.


Marine doit admirer son œuvre. Un pays qui se divise, un pays qui se décompose, un pays qui se prépare au pire et qui semble s'en moquer. Notre abandon, notre honte. Les murs semblent maintenant infranchissables. Chacun pour soi, incapable de ressentir la douleur des autres, incapable de comprendre la colère et la frustration qui anime des générations entières, incapable de se confronter à nos erreurs passées, pour justement ne plus les répéter.


Des torrents de haine. Des torrents d'argumentations. Des torrents où l'on se doit de justifier une quelconque appartenance. Devenir malade d'une identité fantasmée. S'attarder sur de tristes et vaines polémiques. Se séparer, s'éloigner un peu plus, se tourner le dos, devenir des étrangers. Parce que des évidences ont été niées, parce que des souffrances ont été ignorées, et que des colères légitimes sont maintenant pointées du doigt pour empêcher toutes luttes et revendications.


Cette haine de l'autre, son rejet constant m'est incompréhensible. Mais pourtant, chaque jour, une autre odieuse histoire vient me rappeler que le cancer qu’est l’ignorance n'est pas prêt de se résorber, à voir l'hystérie collective s'emparer des réseaux sociaux pour chaque nouvelle polémique.


Je regarde mon pays couler, sombrer dans le ridicule. Je vois des gens qui détournent l'argent public, se penser au-dessus des lois, des médiocres politiciens, et de lamentables êtres humains. J'entends que l'on me parle de valeurs chrétiennes quand le choix de pointer la différence comme étant la cause de l’échec de notre démocratie est fait. Entendre certain dire que Bachar Al-Assad serait la meilleure des solutions pour la Syrie. Entendre d’autres parler d’accès restreint à l’éducation selon les origines.


Mais nous continuons de voter pour eux, ces malades, ces gens indignes de notre confiance, qui n’ont cesse de nous mépriser. Ces politiciens qui utilisent la division pour agiter les débats publics, rendre les gens méfiants, pour ensuite pointer du doigt ceux pour qui les mots ne sont plus suffisants pour se faire entendre.


Elle est belle la France qui s’apprête à voter Le Pen ou Fillon. Cette France qui se recroqueville sur des valeurs biaisées, par simple refus de partager, par refus d’admettre que l’on puisse être différent d'une norme imposée, d'une vision étriquée du monde.


Mais le message a finalement été passé. Ces politiciens aux idées nauséabondes se font applaudir à tout rompre dès lors qu’ils évoquent l’identité française, la dangerosité de l’Islam et l’incapacité des personnes habitant en banlieue à s’intégrer et respecter l’ordre public. Cette France-là me dégoûte, je n’y vois qu’un repli sur soi.


Je me pose cette question de savoir si j’irai voter au second tour, voir au premier tour. Voter pour quoi et qui d’ailleurs ? Des personnes à mille lieux de nos réalités, qui n’ont rien d’autre que des discours à nous proposer ? Voter contre Le Pen en glissant dans l’urne le nom de Fillon ? Jamais.


Je ne sais pas depuis combien de temps nous sommes devenus passifs au point de tout accepter. Au point de laisser nos frères mourir en mer tels des chiens galeux, de laisser mourir des gens à nos frontières parce qu’étrangers, de criminaliser la solidarité, de laisser les discours de haine se propager et de les approuver.


Nous devrions être dans la rue, les autres, les 50% , ceux qui ne votent pas pour le pire, pour demander autre chose, pour être un peu plus fier de notre société, porter une cause un peu plus noble que celle que l’on nous impose depuis des années.


C’est à nous d’exiger et de montrer à nos gouvernements la société que nous voulons, c’est à nous de nous révolter, c’est à nous de dire stop à ces incessants enfumages, à ces discours minables, portés par de misérables politiciens, nourris uniquement par le mépris qu’ils ressentent à l’encontre des pauvres et des étrangers.


C’est à nous de ne plus courber le dos et de ne plus avoir honte de qui nous sommes, mais bien à ceux qui se pensent légitimes de gouverner la France, car il n’en est rien. Ils nous volent, nous mentent, nous méprisent, se pensent au-dessus des lois. Ce sont eux, avec leurs politiques odieuses, leurs discours puants et nauséabonds, qui ont contribués à l’instauration de ce drôle de climat en France.


Tandis que l’on s’apprête à porter au pouvoir un minable politicien pour sauver nos valeurs françaises et notre culture judéo-chrétienne, Amnesty International vient de publier un rapport à propos de la France, dans lequel l’ONG s’inquiète de voir nos droits reculer. Il y est dénoncé la place et le rôle actif de notre démocratie française concernant la vente d’arme dans le monde, mais aussi notre droit à manifester, qui depuis l’instauration de l’état d’urgence, rencontre de nombreux obstacles.

 

Alors, quelle société voulons-nous construire ensemble? Celle qui va privilégier l’exclusion au détriment de l’ouverture, celle qui porte au pouvoir des corrompus, des attiseurs de haine ou bien une société qui a conscience de la fragilité de ses acquis mais qui refuse de se soumettre à la facilité et à la médiocrité ? Nous nous devons de réagir et de combattre ces discours de haine, et de ne plus nous laisser ankyloser par des peurs infondées