Mardi 4 Juillet 2017

La très actuelle responsabilité de la France dans le génocide des Tutsis du Rwanda

Par François Serrano.



Le génocide des Tutsis du Rwanda, vingt-trois ans plus tard, est revenu en force sur le devant des scènes médiatiques et judiciaires la semaine dernière.
 
Pour déranger de nouveau la conscience collective amnésique de toute la classe politique d'un pays, la France, qui refuse toujours d’évaluer le degré et les mécanismes précis de sa responsabilité dans cette tragédie. Et qui dans l’ensemble persiste dans le déni du réel le plus complet, avec comme seule ligne de défense véritable l’invocation émue et outragée de l'honneur de la patrie.


Pour exiger, aussi et surtout, un travail absolument essentiel de vérité qui reste encore très largement à faire et que nous devons toujours non seulement aux victimes rwandaises mais à l'humanité toute entière, pour sa sécurité future et présente : car au-delà des questions judiciaires légitimes ou des considérations bassement politiciennes franco-françaises, la compréhension de la mécanique génocidaire rwandaise est d’une importance scientifique capitale à valeur universelle.
 
« C'est arrivé, cela peut donc arriver de nouveau : tel est le noyau de ce que nous avons à dire. Cela peut se passer, et partout. » En dépit de l'avertissement retentissant de Primo Lévi aux générations futures, en dépit aussi du dogme du « plus jamais ça » qui semblait définitivement protéger l'humanité des horreurs génocidaires de la Shoah, « cela » s'est pourtant bel et bien produit devant nos yeux impuissants, pour ne pas dire indifférents : entre avril et juillet 1994, au Rwanda, près d'un million de personnes, hommes, femmes et enfants – principalement des Tutsis mais aussi des Hutus modérés – furent assassinées lors d'un génocide méthodiquement planifié et exécuté : un génocide à la productivité criminelle très largement comparable à la machine exterminatrice nazie.
 
Mais ce génocide, et c'est peut-être le plus troublant pour nos bonnes consciences au pays supposé des droits de l’homme, n'a pas seulement eu pour décor les milles collines ensanglantées d'un lointain petit pays d'Afrique : il a été largement rendu possible par les aveuglements géostratégiques et les décisions catastrophiques prises dans les allées feutrées, et néanmoins dysfonctionnelles, du pouvoir républicain français. Pouvoir de cohabitation, rappelons-le, entre un François Mitterrand président et chef des armées, et un gouvernement Edouard Balladur avec pour ministre des affaires étrangères Alain Juppé : autrement dit un pouvoir républicain français représentant la fine fleur des deux grands partis de gouvernement de l'époque.
 
Par une lettre ouverte au président de la République intitulée « La responsabilité écrasante de la France », Jean-Hervé Bradol de Médecins Sans Frontières de retour du Rwanda écrivait dès mai 1994 : « Les gens qui massacrent aujourd'hui mettent en œuvre une politique systématique d'extermination. Ils sont financés, entraînés et armés par la France. » Depuis, le dossier de cette responsabilité écrasante n'a fait que s'épaissir et on ne peut que constater qu’il existe aujourd'hui un très large consensus entre scientifiques, journalistes d'investigation et associatifs – consensus fortement étayé par un faisceau concordant de documents écrits et de témoignages de première main – pour dire : oui, le gouvernement français a bel et bien apporté au régime génocidaire rwandais – oops pardon, « légitime et allié » en novlangue mitterrandienne – un soutien massif et inconditionnel au plan technique, militaire, diplomatique et médiatique, avec pour conséquences directes l'entraînement, le financement et l'armement des troupes génocidaires, aussi bien avant, que pendant et même après le génocide, jusqu'à une protection des responsables directs du génocide qui furent exfiltrés par l'armée française. Inutile d’avoir fait Saint-Cyr pour se demander comment dans ces conditions le gouvernement français pourrait sérieusement s’exonérer de toute responsabilité dans ce génocide. Evidemment il ne s’agit pas de dire, comme certains se plaisent à caricaturer, que des Français auraient participé aux massacres machette ou Famas à la main : mais que le gouvernement de l'époque – François Mitterrand en tête avec un club très fermé autour d’apprentis sorciers de la realpolitik – a manifestement rendu possible la pleine réalisation de ce génocide par une lecture purement conceptuelle et obstinée des évènements, complètement déconnectée de la réalité génocidaire criante du terrain.
 
Les documents compilés par la Commission d'Enquête Citoyenne (http://cec.rwanda.free.fr) et l'association Survie (http://survie.org/genocide/genocide-et-complicite/20-documents-pour-comprendre-le/ )  montrent bien que les intentions génocidaires du régime rwandais étaient clairement identifiées et communiquées en haut lieu, notamment par l'ambassade et la DGSE, et parfaitement prévisibles dès 1990 : et que malgré tout, dans le plus grand secret et sans contrôle parlementaire, l'exécutif français aura jusqu'au bout soutenu dans les faits des génocidaires – au motif qu’il s’agissait d’un gouvernement prétendument « légitime et allié » – dans une cécité géostratégique totale, alliant au cynisme postcolonial de la Françafrique une inhumanité et une incompétence hors-sol toutes technocratiques.
 
Ce dossier s'est épaissi de nouveau la semaine dernière avec des témoignages et des actions judiciaires majeures qui redonnent à ce génocide, vingt-trois ans plus tard, une actualité brûlante et toujours passionnée venant perturber l'omerta et le déni collectif de responsabilité de la classe politique française.
 
Ainsi, dans le dernier numéro de la revue XXI du 28 juin, Patrick de Saint-Exupéry expose que les troupes françaises de la pseudo mission humanitaire Turquoise de juin 1994 (mission qui venait en réalité soutenir le pouvoir génocidaire en débâcle et permettre la fuite des responsables du génocide vers le Zaïre) auraient reçu l'ordre tout à fait stupéfiant de réarmer les génocidaires : ordre qui, selon le témoignage d'un haut fonctionnaire ayant eu selon Patrick de Saint-Exupéry accès aux archives, aurait été confirmé de la main même d'Hubert Védrine, alors secrétaire général de l'Elysée (1991-1995) et cheville ouvrière de l'action mitterrandienne désastreuse sur le Rwanda.
 
Allant dans ce sens le lendemain le témoignage de Guillaume Ancel, ancien officier de l'armée de terre, qui affirme quant à lui sur France Info que ses supérieurs, sur la base d'ordres donnés en haut lieu, ont clairement demandé de livrer des armes aux génocidaires dans les camps de réfugiés... alors même que l’opération française est sous mandat humanitaire de l'ONU... (http://www.francetvinfo.fr/monde/afrique/rwanda/rwanda-on-nous-a-demande-de-livrer-des-armes-aux-genocidaires-dans-les-camps-de-refugies-affirme-un-ancien-officier-de-l-armee-de-terre_2260857.html)
 
A ces témoignages se sont ajoutées de manière concomitante deux importantes actions en justice. Tout d'abord la plainte de l'association Sherpa, du Collectif des parties civiles pour le Rwanda et de l'association Ibuka, avec constitution de partie civile, contre BNP Paribas pour « complicité de génocide, de crimes contre l'humanité et de crimes de guerre » : une banque qui aurait contribué selon ce collectif associatif au financement d'un achat illégal d'armes (80 tonnes d'AK47...) en plein génocide connu de tous et en plein embargo (décrété par l'ONU en mai 1994) que la banque pouvait difficilement ignorer. Egalement celle de l'association Survie, à savoir une plainte contre X avec constitution de partie civile pour « complicité de génocide et complicité de crime contre l'humanité » visant les responsables politiques et militaires français.
 
Quelles sont les chances réelles de succès de ces nouvelles actions judiciaires ? Il convient en démocratie, selon l'expression consacrée, de faire confiance à la justice. Mais hélas il convient de demeurer plus que prudent, dans une République accoutumée aux grandes noyades de poissons institutionnels, tels que le sang contaminé ou aujourd'hui encore le scandale de l'amiante en voie d'être classé sans suites (malgré 100.000 morts jusqu'en 2050, 3000 par an soit quatre fois plus que le nombre d'homicides) en organisant de manière structurelle l’impunité de la criminalité en col blanc des hauts responsables publics et privés.
 
La mission d'information parlementaire sur le Rwanda de 1998, créée sous la forte pression d'intellectuels et d'associatifs, fut certainement un de ces grands moments de poissons noyés par l'entre-soi politique. Conduite par des représentants éminents de la Mitterrandie, son indépendance et sa soif de vérité sur ce dossier pouvaient déjà laisser sceptique. Les conclusions, somme toute fort prévisibles, de cette mission furent de pointer par euphémismes convenus des « erreurs d'appréciation » ou de pudiques « dysfonctionnement institutionnels » mais en aucun cas des responsabilités, pourtant largement identifiables, au sein de l'exécutif dans cette tragédie.
 
Sur un point essentiel, cette mission d'information a rendu des conclusions manifestement erronées, à savoir la prétendue absence de livraisons d'armes par la France aux génocidaires pendant et après le génocide. La réalité de ces livraisons, après le déclenchement d'un processus d'extermination parfaitement connu, a été confirmée par le désormais président de l'Institut François Mitterrand, Hubert Védrine lui-même, le 16 avril 2014 devant une commission de la défense de l'Assemblée nationale. En visionnant la courte vidéo de ses déclarations (https://www.youtube.com/watch?v=XvnLgecmhOQ) on reste absolument sans voix devant la désinvolture toute bureaucratique avec laquelle Hubert Védrine, aujourd'hui le grand gardien de l'hagiographie mitterrandienne, explique que ces livraisons d'armes étaient tout à fait « normales » et « n'avaient rien à voir avec le génocide » – alors que les forces armées rwandaises ont été des acteurs du génocide avec des armes de guerre aux côtés de miliciens à la machette – et continue à légitimer vingt-trois ans plus tard, sans le moindre regret, remord ou début d’analyse autocritique, une politique qui s'est avérée plus que désastreuse.
 
Il ne s'agissait pas non plus de « génocides » au pluriel suggérant des atrocités d’égale importance des deux côtés, de « troubles inter-ethniques » ou de « guerres tribales » produits d'une supposée fureur populaire spontanée, comme les principaux responsables français banalisèrent alors le drame pour légitimer leurs actions avec un racisme plus ou moins inconscient. Mais bien d'un processus d'extermination systématique savamment organisé et expérimenté à partir de 1990, et auquel la France aura été aux premières loges pour le suivre et l'accompagner dès le début jusqu'à son accomplissement ultime dans le meurtre de masse à partir du 7 avril 1994.
 
Documents à l'appui, nous savons que dès l'opération Amaryllis du 8 avril 1994 (ayant pour mission d'exfiltrer les ressortissants français et étrangers ainsi que les familles des hauts dignitaires génocidaires, abandonnant au passage le personnel local de l'ambassade à son triste sort) Paris : est parfaitement au courant des massacres de masse qui viennent d'être déclenchés par le fameux « gouvernement légitime et allié », ne fait strictement rien pour l'arrêter, et va même maintenir tout son soutien politique et militaire à ceux qui le commettent jusqu'au bout et même après le génocide.
 
Pierre Brana, l'un des deux rapporteurs de la mission d'information de 1998 alors député socialiste, dira publiquement en 2014, vingt ans après le génocide « Jusqu’où peut-on aller dans la reconnaissance de la responsabilité de la France ? Pour moi, un grand pays a toujours intérêt à reconnaître ses fautes. » Avant lui Nicolas Sarkozy, de passage à Kigali en 2010, avait dit « La France doit réfléchir à ses erreurs car des erreurs d'appréciation, des erreurs politiques ont été commises ici et ont eu des conséquences absolument dramatiques » sans pour autant que cela soit suivi d’actes concrets.
 
Au-delà de ces déclarations officielles et de leurs euphémismes de circonstance qui sont un bien modeste début de reconnaissance de responsabilité, un communiqué relativement confidentiel de l’Elysée avait créé quelques espoirs en annonçant le 7 avril 2015 l'ouverture et la déclassification des archives de l’Elysée sur le Rwanda. Espoirs largement déçus un an plus tard et à ce jour puisque seuls 80 documents, pour une bonne part déjà connus grâce à diverses fuites, ont été déclassifiés, la majeure partie restant toujours, sans aucune raison valable énoncée, classés secret défense. Un secret bien gardé qui en dit long sur ce que ces archives doivent contenir de gravement compromettant... Selon Patrick de Saint-Exupéry, toujours dans son article de la revue XXI, deux hauts fonctionnaires avaient été chargés d'examiner les boites d'archives de l’Elysée suite à l'opération de com... et, qu'au vu de ce qu'elles contenaient de lourdement embarrassant, il avait été jugé plus prudent de ne pas ouvrir la boite de Pandore de ce qui est fort probablement l'un des plus grands scandales de l'histoire française contemporaine.
 
Comme le montre le combat actuel de l'association Survie, la déclassification complète de ces archives est d'une importance capitale si l'on souhaite donner à la justice les moyens de véritablement faire son travail, même si beaucoup de documents accablants sont déjà disponibles.
 
Mais cette déclassification, outre le fait essentiel de permettre de rendre justice au million de victimes du génocide, revêt également une importance capitale pour l'humanité toute entière et sa sécurité future et présente. Car dans ces boites tenues secrètes se trouvent les pièces du sinistre puzzle qui peuvent permettre de retracer avec précision l'enchainement décisionnel de la responsabilité française dans cette tragédie. Il est fort peu probable que les dirigeants politiques et militaires français aient été animés d’une quelconque haine raciste et d’intentions génocidaires positives à l’égard des Tutsis, et plus que probable par ailleurs qu’ils aient eu une vision géostratégique qui, sur le papier du moins, devait avoir sa rationalité au plan conceptuel. Le problème est qu’on ne peut pas juger de l’action française sur cette seule vision conceptuelle a priori – comme se bornent à le faire les membres du camp du déni et du roman national mitterrandien – mais sur les résultats concrets a posteriori des décisions concrètes de l’exécutif de l’époque en flagrante myopie stratégique. 
 
Le procès retentissant d'Eichmann à Jérusalem en 1961 – ainsi que les célèbres expériences électriques de Milgram sur la soumission à l'autorité qui furent inspirées par la chronique judiciaire controversée d'Hannah Arendt de ce procès – nous ont laissé comme grille de lecture dominante celle du tueur-bureaucrate : dépourvu de réflexion propre, obéissant mécaniquement aux ordres venus d'en haut dans une méga-machine dont il n'est qu'un rouage, pris dans ce cas qu'Hannah Arendt a appelé avec esprit, à défaut de rigueur scientifique, la « banalité du mal. »
 
Néanmoins des travaux biographiques plus récents, comme ceux sur Eichmann par David Cesarani, ou historiographiques, comme la monumentale étude « Des hommes ordinaires » de Christopher Browning, ont très largement remis en question cette thèse de la banalité du mal d’un tueur-bureaucrate dépourvu de pensée et aseptisé.  A l'évidence, le continuum génocidaire du Rwanda – entre les couloirs monarchiques et hors-sol de l'Elysée et les millions de citoyens ordinaires rwandais bourreaux volontaires de leurs concitoyens et voisins – apporte un nouveau et cruel démenti à la théorie réductrice arendtienne et suscite de nouveaux questionnements pour l'instant dangereusement sans réponse.
 
Comment ces hommes, pas plus d’une vingtaine au sommet de l’Etat, ont-ils pu rationaliser et légitimer à leurs propres yeux des décisions allant à l’encontre de la réalité de faits génocidaires ? Quels éléments de langage et quelles représentations idéologiques du monde ont rendus possibles ces décalages et l’incapacité de reconnaître la nature manifestement génocidaire des actions de ce gouvernement dit « légitime et allié » ? Par quels cheminements intellectuels le contexte de guerre a permis de légitimer, ou de ne pas percevoir, des actions génocidaires de masse face à des civils estampillés et déshumanisés comme « ennemis » qui ne représentaient pourtant aucune menace militaire ? Comment peut-on expliquer, comme c’est d’ailleurs souvent le cas dans les grandes catastrophes, que les signalements sans ambigüité des risques génocidaires dès 1990 (de la DGSE, de l’ambassade, des associatifs) aient pu être à ce point ignorés ? Quel rôle la personnalité de François Mitterrand – un homme qui devait avoir le plus grand mal à reconnaître ses erreurs et à tolérer les contradictions – a joué dans ce désastreux dysfonctionnement institutionnel ? Comment l’absence de contrôles et de contre-pouvoirs ont contribué au désastre ? Des militaires français ont-ils exercé leur droit de retrait pour désobéir à des ordres déshonorants pour l’armée, et si oui quelles en furent les conséquences pour eux ? En quoi, enfin, le soutien officiel inconditionnel d’un pays prestigieux comme la France a-t-il pu renforcer la légitimité des discours exterminateurs localement ?
 
Si, pour reprendre les termes de Christopher Browning, il est peu probable que ces archives secrètes puissent un jour servir comme il se doit la justice, il demeure capital pour la sécurité présente et future de l'humanité qu'elles servent au plus vite le travail des chercheurs. Car tant que nous serons dans l'incompréhension des mécanismes et du degré de responsabilité de la France dans le génocide des Tutsis, c'est l'humanité toute entière qui restera sous l'épée de Damoclès d'un avertissement à peine paraphrasé de Primo Lévi : « C'est arrivé au Rwanda mais aussi en France, cela peut donc arriver de nouveau : tel est le noyau de ce que nous avons à dire. Cela peut se passer, et partout. Qui sera le prochain ? Ou plutôt : qui est peut-être déjà le prochain ? »
 
Les négationnistes font, dans tout génocide, immanquablement partie du paysage. Et le génocide des Tutsis du Rwanda ne fait pas exception, d’autant que ce génocide est moins bien institutionnalisé et juridiquement protégé que la Shoah. En conséquence de quoi il permet la libre et créative expression des plus grands imaginaires complotistes, avec vous pour obsession récurrente le tout puissant Paul Kagame, actuel président du Rwanda, qui tirerait à des fins personnelles les ficelles d’un complot mondial qui se cacherait derrière cette exigence de vérité : diversion négationniste à la rhétorique scabreuse puisque la question qui nous occupe n’est pas de porter un jugement, bon ou mauvais, sur Paul Kagame et son régime (c’est totalement hors-sujet) mais de comprendre les tenants et les aboutissants d’une responsabilité française qu’on ne peut pas nier – on peut seulement discuter de son degré, mais en aucun cas de son existence – dans un génocide qu’on ne peut pas non plus nier. De manière certainement moins malveillante les défenseurs du roman national français, roman par construction nécessairement impeccable, avancent quant à eux des thèses ou des contre-arguments peut-être plus recevables pour minimiser, voire complètement dédouaner, la France de ses responsabilités : il est toutefois à noter que ces discours sont pour l’essentiel des redites des discours conceptuels de légitimation a priori de l’action mitterrandienne mais qui font curieusement abstraction de la réalité a posteriori du génocide perpétré par ce gouvernement rwandais prétendument « légitime et allié. » 
 
Mais on pourra tout autant se demander si le terme même de « complicité » employé, à tort ou à raison, par les associatifs ne s’avère pas finalement contre-productif. « Responsabilité » – dont le degré et les mécanismes restent à préciser – c’est une chose qui ne fait plus aucun doute ; en revanche parler de « complicité » en est une toute autre qui suggère une intention génocidaire positive à l’Elysée ce qui reste très largement encore à établir. Evidemment ces considérations sémantiques feront peut-être une belle jambe au million de victimes et à leurs proches, car « responsabilité » ou « complicité » le résultat final fut le même. Il faut néanmoins, en dépit de ce que atrocités ont d’absolument révoltantes, se garder de diabolisations hâtives qui pourraient non seulement fausser et bloquer le débat démocratique mais aussi perturber le travail minutieux et dépassionné qui doit être celui des juges et des chercheurs. Peu avant sa mise à mort par les nazis, l’historien français Marc Bloch écrivait : « un mot, pour tout dire, domine et illumine nos études : « comprendre » » : c’est exactement avec cette exigence intellectuelle que ce drame doit être résolument pensé, et repensé au regard du rôle exact qui fut celui du gouvernement français, loin des controverses stériles et des passions tristes des idéologues tant de la repentance que du roman national d’Epinal.
 
Indépendamment des sensibilités et des présupposés idéologiques inévitables de chacun, il est au moins un point sur lequel tous les hommes et toutes les femmes de bonne volonté, attachés aux principes de justice et de vérité historique, peuvent se retrouver : seule la déclassification pleine et entière des archives sur le Rwanda permettra de faire toute la lumière sur le rôle de la France dans cette tragédie et de permettre à toutes les parties intéressées de bien faire leur métier. Un travail qui, vu l’importance sécuritaire du sujet pour l’humanité toute entière en ces temps lourds de menaces, peut difficilement attendre les 60 ans réglementaires. Et c’est précisément dans ce courage de la transparence que réside le véritable honneur républicain, et qui constitue en définitive aujourd’hui la très actuelle responsabilité française dans le génocide des Tutsis du Rwanda.
 
François Serrano
 
https://www.facebook.com/francois.serrano.1516
 
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