Vendredi 7 Avril 2017

La musique engagée : un outil pour comprendre l'histoire française

Par Yosra Aribi. The Social Face.



Un des atouts de l’artiste est sa capacité à percevoir les problèmes et les préoccupations de son époque et de les transposer dans son art. Lorsqu’il est engagé, il est capable de communiquer ses idéaux, ses déceptions et son avis sur la société.


Rousseau, dès le XVIIème siècle nous disait : « Toutes les passions rapprochent les hommes que la nécessité de chercher à vivre force à se fuir. Ce n’est ni la faim, ni la soif, mais l’amour, la haine, la pitié, la colère qui leur ont arraché les premières voix. Les fruits ne se dérobent point à nos mains, on peut s’en nourrir sans parler, on poursuit en silence une proie dont on veut se repaître ; mais pour émouvoir un jeune cœur, pour repousser un agresseur injuste la nature dicte des accents, des cris et des plaintes : voilà les plus anciens mots inventés, et voilà pourquoi les premières langues furent chantantes »
 

Et en effet, peu importe la civilisation le chant, la musique sont centrales de toutes les activités humaines. Ils répondent à divers besoins des Hommes, notamment lorsqu’ils constituent un moyen de véhiculer ses idées et partager ses émotions. Il n’y a rien de plus universel que la musique, rien qui ne touche autant l’âme humaine.


Et si nous pouvions changer le monde avec la musique ? Retracer notre histoire, comprendre nos combats, revivre nos passions et celles qui ont fait vibrer nos ancêtres. Car oui, comprendre le monde par la musique, c’est possible. Pour se faire, nous allons reprendre dans cet article de manière chronologique et thématique ces chansons engagées qui ont changé l’histoire.


Du XVIIè siècle à nos jours : petite histoire de la musique engagée  


XVIIè siècle et la période de la Fronde: 


Remontons ici aux temps des mazarinades, à l’époque où ces chants et vers satiriques constituaient des critique et moqueries envers le ministre Mazarin. Adressés à la classe populaire elles revêtaient  un rôle dénonciateur et divertissant pour réagir notamment à la période de la Fronde une période grave pour le Royaumes de France qui était alors en guerre avec l’Espagne. Cette période se définit par une violente réaction face à la fermeté de l’autorité monarchique, une des formes de révoltes s’illustra par ces divers pamphlets appelés mazarinades.


1789 et la Révolution française : 


La révolution française n’inspira pas que les grands théoriciens politique ou philosophique. Elle produit également de nombreux chants révolutionnaires pour célébrer la victoire du peuple face à la monarchie. Une célébration qui encore une fois s’exprima par le chant, des chants qui unissent et qui rassurent. La Marseillaise, ou Ah ca ira furent quelques unes de ces chansons qui ont marqué cette période de l’histoire.


1871 et la Commune de Paris : 


La commune de Paris est une période insurrectionnelle où le peuple se soulève contre le gouvernement. Elle fut illustré notamment par la Semaine senglante du 21 au 28 mai 1871 qui fit 20 000 à 30 000 morts et qui se conlu par la défaite de la Commune. Cette période laissa derrière elle de nombreuses chansons illustrant la révolte du peuple comme La semaine sanglante de Jean-Baptiste Clément ou encore L’Internationalede Eugène Potier qui finira par être l’hymne du mouvement communiste après 1917. Ces chansons ont une particularité, elles n’ont pas fait qu’illustrer la Commune elles ont fait perdurer cette période et ont prolongé le militantisme et le combat.


1939 à 1945 et la seconde guerre mondiale : 


Cette période est marquée par des chants de  Résistance face aux horreurs de la guerre. Un refus de mourir, un refus de la mort et d’un combat qui semble vain. Une des plus belles d’entre elle reste Le Déserteur de  Boris Vian, il s’agit d’une lettre ouverte au Président expliquant un refus d’aller à la guerre tuer des innocents et y laisser sa vie. Ou encore Le chant des partisans écrit en 1943 par Maurice Druon et Joseph Kessel deux grands résistants membres de l’Académie française. Ces chants de résistances émergent dans toute l’Europe et marquent cette période sanglante de l’histoire.


Mai 68 : 


Mai 68 marqua définitivement l’histoire de la France, enclenché par la jeunesse étudiante puis gagnant le monde ouvrier cette période se définit comme un des plus grands mouvement social de France. La parole se libère dans les universités, dans la rue mais également par la musique. La musique devient l’hymne des manifestants, un moyen de résister et faire perdurer les idées de cette période. Les agitations de 68 inspirent les artistes qui décident de s’engager pour la cause et faire vibrer les manifestants. Ce sont par exemple, L’été 68 de Léo Ferré, Au printemps de quoi rêvais tu? de Jean Ferrat,  ou encore Mai 68 de Jean Michel Caradec qui marquèrent cette période clef de notre histoire.


Années 80 :


C’est dans les années 80 que s’opère une réelle révolution pour la musique engagée. La radio permet une plus grande liberté d’expression mais également une plus grande portée des chansons qui finissent par être de plus en plus accessible. Le rôle de l’artiste engagé fini par être plus concret, plus écouté et entendu. Le rap commence à faire son entrée dans la musique française engagée avec un langage parfois cru mais toujours teinté de sincérité pour dénoncer les inégalités économiques et sociales, le racisme, et la montée de l’extrême droite. On se permet une plus grande liberté pour critiquer les défauts de la société et du gouvernement illustré notamment par Noir désir ou Renaud. On constate également que les chansons sont de plus en plus tournés vers l’humanitarisme et la tolérance comme avec Maxime le Forestier et sa chanson Né quelque part.


Années 90 : 


Les années 90 marque une période plus calme, la musique est de moins en moins engagée. Notamment celle qui dénonçait la politique marquant ainsi une opposition avec les années 60 à 80. On peut expliquer ce changement par deux phénomènes qui ont marqué l’histoire de ces années là : la chute de l’URSS et l’arrivée au pouvoir de la gauche avec François Mitterrand. En effet, il n’était plus question de promouvoir le communisme vu le désastre qu’il a provoqué, ni de dénoncer un gouvernement ultra capitaliste puisque le Parti socialiste était au pouvoir. Les artistes ont quand même gardé une forme d’engagement plus tournée cette fois vers l’écologie. Cela a en particulier été motivé par la prise de conscience des problèmes environnementaux. On peut garder comme exemple de cet engagement la chanson Signaux de fumée de Zazie qui dénonçait la dégradation par l’homme sur l’environnement.


Un thème, une chanson

  • Les guerres: Manhattan-Kaboul, de Renaud et Axelle Red,


  « Les dieux, les religions
Les guerres de civilisation
Les armes, les drapeaux, les patries, les nations
F’ront toujours de nous de la chair à canon »
 
  • Le racisme : En noir et blanc, de Sefyu


« Le noir et le blanc sont complémentaires, kif-kif
 
Bleu-Blanc-Rouge, Vert-Jaune-Rouge, Black-Blanc-Beur
 
Noir-Blanc-Jaune, nuit et jour confrontez vos cultures

Amen c’est amine, même sans nostalgie, j’vois en noir et blanc..»
 
  • L’écologie : 

 
« Le coeur dans cette histoire, c’est qu’on est des esclaves
Quelque part assasin, ici bien incapable
De regarder les arbres sans se sentir coupable
A moitié défoqué 100% misérable
Alors voila petit l’histoire de l’être humain
C’est pas jolie, jolie et je ne connais pas la faim
T’es pas né dans un chou mais plutot dans un trou
Qu’on remplis tout les jours comme une fosse a burin »
 
-L’hymne de nos campagnes, de Tryo


« Assieds-toi près d’un vieux chêne
Et compare le à la race humaine
L’oxygène et l’ombre qu’il t’amène
Mérite-t-il les coups de hache qui le saignent ? »
 
  • L’immigration :
  – Le bruit et l’odeur, de Zebda

 
(Le titre est une reprise directe des propos de Jacques Chirac qui en 1991 avança des clichés sur la famille immigré qui serait polygame et gourmande de prestations sociales et dont le bruit et l’odeur serait insupportable aux travailleurs français.)
 
« Le bruit et l’odeur
Le bruit et l’odeur
Le bruit du marteau-piqueur
Qui a construit cette route?
Qui a bâti cette ville?
Et qui l’habite pas?
A ceux qui se plaignent du bruit
A ceux qui condamnent l’odeur
Je me présente
Je m’appelle Larbi, Mamadou Juan et faites place
Guido, Henri, Chino Ali je ne suis pas de glace »
 
– Clandestino, de Manu Chao

 
« Pa una ciudad del norte
Yo me fui a trabajar
Mi vida la deje
Entre Ceuta y Gibraltar
Soy una raya en el mar
Fantasma en la ciudad
Mi vida va prohibida
Dice la autoridad »

“Dans une ville du nord
J’étais parti travailler
Ma vie je l’ai laissée
Entre Ceuta et Gibraltar
Je suis un trait sur la mer
Fantôme dans la ville
Ma vie est interdite
Disent les autorités”
 
  • L'armée et l'Etat policier :
L'État assassine, d'Assassin


« Les crimes policiers ou bavures policières
Il faut que ça cesse, il faut que ça cesse !
Suites inconnues pour 80% d’affaires
Il faut que ça cesse, il faut que ça cesse !
Votre justice impartiale, on ne va pas nous la faire
Il faut que ça cesse, il faut que ça cesse !
Condamnez vos assassins
Si vous ne voulez pas la guerre
Il faut que ça cesse, il faut que ça cesse ! »
 
  • La montée des extrémismes politiques :
-Fils de France, de Damien Saez


« Nous sommes, nous sommes,
La nation des droits de l’homme,
Nous sommes, nous sommes,
La nation de la tolérance,
Nous sommes, nous sommes,
La nation des lumières,
Nous sommes, nous sommes,
À l’heure de la résistance. »
 
-Un jour en France, de Noir Désir

 
« F.N, souffrance
Qu’on est bien en France
C’est l’heur de changer la monnaie
On devrait encore imprimer le rêve de l’égalité
On n’devra jamais supprimer celui de la fraternité »
 
  • Le capitalisme et la société de consommation
L’homme pressé, Noir Désir

« J’suis un militant quotidien
De l’inhumanité
Et des profits immédiats
Et puis des faveurs des médias
Moi je suis riche, très riche
Je fais dans l’immobilier
Je sais faire des affaires
Y’en a qui peuvent payer »

Pour finir, je partage une dernière chanson avec vous. Pas de thèmes particuliers puisque tous les thèmes y sont abordés : le capitalisme, la pauvreté, le racisme, l’environnement, la démocratie. C’est dans La fin de leur monde qu‘IAM exprime en 10 minutes un message qui nous frappe et nous pousse à la réflexion. Un bel exemple de ce rap engagé de moins en moins présent aujourd’hui. Un bel exemple de cette musique qui perdure dans l’Histoire puisqu’elle raconte, chante et rappe le quotidien de nos sociétés aux fils des siècles et des années.


Yosra Aribi
The Social Face






1.Posté par Massé le 12/04/2017 14:56

Bonjour.
Votre article n'est pas sérieux pour un sujet si intéressant :
- Boris Vian a publié sa chanson en 1954 à la fin de la guerre d'Indochine (1946-1954)...
- Noir Désir se met dans les années 90, plus que dans les années 80, en particulier si on parle d'engagement politique.
- pas une mention du mouvement punk ou du rock alternatif (Trust, Béruriers noirs...)

Et à mon goût, il aurait été préférable de mettre des extraits des vieux classiques que les morceaux choisis, plus facile à (re)trouver, surtout s'il s'agit de "comprendre l'histoire française" qui ne se résume pas aux 15 dernières années.

Allez, au boulot.

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