Jeudi 9 Novembre 2017

Hulot : la ligne rouge est franchie ?

Par Jean-Marie Brom.



Il y a moins de deux semaines,  le ministre de la "Transition écologique et solidaire" prétendait que "la première ligne rouge, c'est l'instant où je me renierai" (Le Monde du 28 octobre). En annonçant que le gouvernement ne pourrait (ou ne voulait? )  pas tenir l'objectif de 2025 pour la réduction à  50% de la part du nucléaire , maître Hulot s'est –il souvenu de ses déclarations de 2011 : "L'objectif de sortir du nucléaire est un objectif prioritaire. C'est un changement d'état d'esprit"… Ce qu'il y a surtout à retenir, c'est qu'entre un militant et un ministre, il y a effectivement un sacré changement "d'état d'esprit"…
Image : France 2
Image : France 2


Mais ce qui est insupportable, c'est que Nicolas Hulot ne s'est même pas donné la peine d'avancer de nouveaux arguments : prenant pour alibi un récent rapport – non public - de RTE (Réseau de Transport d'Electricité)  –et  il ne faudra pas oublier que EDF est majoritaire au sein de RTE – il continue de lier le nucléaire aux problèmes climatiques. C'est facile, mais c'est complètement absurde, et l'ensemble des pays qui sortent du nucléaire ou n'y sont jamais entrés est là pour le démontrer…
 
Sans aller très loin, l'Allemagne (qui n'est pas sans défauts, loin de là), est en train de sortir du nucléaire (8 réacteurs arrêtés depuis 2011 et fin du nucléaire prévue en 2022), voit sa production d'électricité par le charbon baisser – quoiqu'on en dise en France), est arrivée à 29% d'électricité renouvelable (1er pays mondial pour le photovoltaïque) et tout ceci en diminuant ses émissions de GES… Bien plus, en 2015 (chiffres RTE) la France a importé d'Allemagne plus de 14 000 GWh, contre des exportations de moins de 5 000 GWh. Comprenne qui pourra….
 
Selon Nicolas Hulot, "si  on veut réaliser cet objectif d'ici 2025 [les fameux 50%], il faudrait fermer entre 17 et 25 réacteurs. Impossible sauf à ne pas tenir compte de nos engagements sociaux, à ne pas fermer les centrales à charbon et à rouvrir des centrales thermiques". Triple stupidité,  qui montre le peu de réflexion qu'ont eu les gouvernements successifs depuis que l'on parle de réchauffement climatique, et de limitation des ressources énergétiques mondiales.
 



"Ne pas fermer les centrales à charbon" ? Alors que notre pays est en évidente surproduction électrique (plus de 50 000 GWh en 2016 soit 10% de la production totale d'électricité), la part du charbon représente environ 1,5  % du total produit. Et selon le ministre, on ne pourrait pas se passer de cette production ? Mais la maintenir, c'est aussi violer les engagements pris lors de la COP21. Il est également vrai que le plan "charbon 2035" de EDF a été publié en 2014. Juste avant que François Hollande n'annonce que la France ne fermerait pas ses 4 centrales à charbon…. Peut –être que le ministre vient de découvrir ce plan, lui qui a été longtemps sponsorisé par l'électricien français…
 
"Rouvrir des centrales thermiques" ? Est-ce un lapsus ? Personne en France n'envisage de "rouvrir" des centrales thermiques. Mais EDF ou ses filiales entendent bien continuer leur  stratégie de "diversification" : 4 nouvelles centrales à gaz ouvertes durant le mandat Hollande, et des projets (Landivisiau-450 MW entre autre) pour l'avenir.  Et tout cela pour moins de 10% de l'électricité produite,  c’est-à-dire moins que la surproduction actuelle.
 
"Tenir compte de nos engagements sociaux" ?  Là encore, le ministre endosse sans broncher des vieilles lunes, sans aucune réflexion propre : nos 4 centrales à charbon emploient un peu moins de 1000 personnes. Tous fonctionnaires. Les centrales nucléaires, cela représente une quinzaine de milliers de fonctionnaires. Et qui ne risquent donc pas de perdre leur emploi. La pourtant timide loi de Transition Energétique promettait la création de 100 000 emplois. Et l'expérience acquise par les pays ayant déjà amorcé leur transition confirme (en l'amplifiant) ce chiffre. Que monsieur le ministre nos explique comment le fait de maintenir le nucléaire à son niveau, dans un pays où la demande ne croît pas permettra de tenir compte des "engagements sociaux"…
 



On peut plaindre le ministre, incapable de s'imposer face au gouvernement. On peut tout autant lui reprocher de s'être couché aussi facilement devant la nucléocratie... Il est vrai qu'après les perturbateurs endocriniens, après le glyphosate, après ses déclarations fumeuses sur le CETA ou la fin de l'essence, cela commence à bien faire, dans le genre soumission et renoncements...
 
La triste évidence demeure : il y a un dogme du nucléaire en France, et depuis trop longtemps. Alors que le monde entier se pose des questions, alors que le reste de l'Europe a compris que le nucléaire, cela appartient désormais au passé, la France reste le seul pays où l'on ne "peut" pas sortir du nucléaire. Le passé récent nous montre que quels que soient les engagements, quelles que soient les promesses, ni la volonté, ni la réflexion ne suivent. Aujourd'hui, deux ans après la loi de Transition Energétique, six mois après avoir promis de suivre cette loi, 3 mois après avoir évoqué le nombre de 17 centrales à fermer, le ministre nous promet de commencer à y penser. Qu'il se souvienne de ses déclarations de 2011, et qu'il en tire la conclusion. Ce serait – à tout le moins – une question d'honneur.
 
Un dernier mot : Reprenant exactement les mots de François Hollande en 2013, Nicolas Hulot assure  que la centrale de Fessenheim fermera "avant la fin du quinquennat", c’est-à-dire avant 2022. EDF, de son côté, envisage toujours le démarrage de l'EPR pour fin 2018 (il y a moins d'un mois). Sachant que le dossier d'arrêt de Fessenheim devrait être déposé au moins 6 mois avant le démarrage effectif de l'EPR (décret de décembre 2016), il ne faut pas être trop malin pour prévoir que l'échéance devrait être pour l'été 2018. A moins que le ministre n'ait d'autres informations, d'autres reniements en vue ? Après tout, il suffira d'un décret discret pour repeindre la ligne rouge…
 
Aujourd'hui 8 novembre 2017, 18 réacteurs nucléaires sont à l'arrêt en France (1/3 du parc). Et ces 18 réacteurs arrêtés consomment environ 300 MW pour leur refroidissement. Mais à part cela, tout va très bien...

Jean-Marie Brom
 







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