Vendredi 13 Janvier 2017

Et Trump vira CNN (ou presque)

Par Daniel Schneidermann.



"Vous êtes les fake news !" Vous êtes l'infaux. Trump pointe son doigt vers le journaliste de CNN , au premier rang du public, qui souhaite réagir après que sa chaîne a été attaquée, pour avoir été la première à faire allusion au fameux rapport. "Je ne vais pas vous donner de question. Ne soyez pas grossier". Il est très calme, Trump, pour sa première conférence de presse depuis son élection. Il ne crie pas, contrairement à ce qu'écrira le Washington Post le lendemain . C'est l'autre, le journaliste de CNN, Jim Acosta, qui s'égosille. En vain. Trente secondes de pugilat, entre le président élu et le journaliste. Qui n'aura finalement pas droit à la parole.

 

Twitter s'indigne. Enfin, la moitié de Twitter, je veux dire les journalistes qui twittent."C'est effarant ! C'est la dictature !" Je devrais être révolté à l'unisson. tout devrait m'y pousser. Objectivement, je viens d'assister à une agression du pouvoir contre un confrère. Contre la liberté de la presse. Sa chaîne, CNN, a fait son travail. Bien ou mal, le débat est ouvert  (plutôt bien, à mon sens. Dans l'écosystème d'aujourd'hui, dans le maquis des réseaux sociaux, la publication de ce rapport invérifiable, remis la semaine dernière à Trump par les chefs des services secrets, publication assortie de toutes les précautions d'usage, est la moins mauvaise des solutions, la question me semble tranchée depuis au moins dix ans). Mais elle a fait son travail. Et Trump la bâillonne.
 

Je devrais être révolté, je ne le suis pas. Non, ce n'est pas la dictature. C'est un match. A ciel ouvert. A la loyale. Tous les éléments sont sur la table. Le journaliste de CNN n'a pas été interdit d'entrer dans la salle. Trump ne lui a pas donné la parole, certes, mais les prises de paroles, dans ce genre de circonstances, sont soigneusement contrôlées, à commencer bien entendu par les conférences de presse des présidents français. D'accord, Trump a convoqué une partie de son personnel pour venir faire la brigade des applaudissements et des rires, et créer ainsi une atmosphère de dissuasion pour les journalistes. Mais après tout, est-ce pire que lorsque ce sont de "vrais" journalistes, qui rient aux piques d'un président contre un de leurs confrères   ?
 


 

A chacun de choisir son camp. D'ailleurs, Trump n'est pas le premier. En France, Le Pen interdit l'accès de ses manifestations aux confrères de Mediapart ou de l'ex-Petit journal. Sur le fond, Mélenchon a envoyé les mêmes amabilités à un nombre incalculable de confrères. Elle a volé en éclats, l'inviolabilité de la presse, et c'est très bien. Pourquoi serait-elle inviolable ? Non, ce n'est pas l'agression du pouvoir contre un contre-pouvoir. CNN est aussi puissante que Trump, sinon davantage. Quand Trump aura disparu, après la fin de son mandat, ou terrassé prématurément par une procédure d'impeachment, CNN sera encore là. Je n'arrive pas à être révolté, même si je sais que j'ai tort. Qu'il ne faudrait pas tolérer cette agression spectaculaire contre la fonction d'informer. Et je ris, quand Trump lance "je suis germaphobe" pour réfuter les allégations d'ondinisme. Et je ris de plus belle, quand le chef des Décodeurs du Monde, Samuel Laurent, twitte en retour de volée que l'urine est stérile. Quel beau métier, le fact-checking. Et je déteste mon rire.

Et je cherche encore désespérément les lumières de la révolte, quand la conférence de presse se termine. Pour le final, Trump a vu grand. Ce sera un final sur les conflits d'intérêt. Donc, il confiera son business, tout son business (piles de dossiers sur une table, à côté du pupitre) à ses deux fils adultes. Et puis promis, juré, il ne leur en parlera plus jamais. Au grand jamais. Ni au repas du dimanche, ni à Thanksgiving, ni au coin d'un couloir. Et puis, après huit ans, il jugera s'ils ont été efficaces. Dans le cas contraire, il pointera son doigt vers eux et, comme dans The Apprentice, l'émission qui a construit sa notoriété télé, il leur dira : "vous êtes virés (You are fired)". Et sur cette punchline de légende, il met fin, théâtralement, à sa prestation. Ah ah. Très réussie, la sortie. Alors donc, tout ce qui précède, le sketch avec CNN, ce n'était que ça, aussi ? Pour de rire ? J'aimerais tant y croire. Mais je sais bien qu'il n'en est rien.

Daniel Schneidermann
Arrêt sur images








1.Posté par Raphaël MONNIER le 14/01/2017 01:00

Ou comment on rit jaune...

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