Mardi 18 Avril 2017

Donald Trump s’aliène ses alliés les plus précieux

Par Salil Shetty. Amnesty International.



Le monde manque depuis longtemps à son devoir envers la population du Yémen et celle de Syrie, mais le décret du président Trump est pire que tout. Le chaos et la misère que provoquerait le rétablissement du « décret anti-immigration », actuellement suspendu, sont indicibles.

 

Même si les droits humains sont aujourd’hui la cible d’attaques incessantes partout dans le monde, les articles et les images qui ont témoigné des souffrances humaines cette semaine n’en restent pas moins poignants. Au Yémen, des mères, conscientes qu’elles n’ont plus rien à leur donner, bercent désespérément leurs enfants affamés. La menace omniprésente d’attaques menées par des groupes armés et de raids aériens exacerbent encore leurs souffrances. En Syrie, les récits de torture  et de pendaisons de masse en prison nous permettent de comprendre une énième fois pourquoi les ressortissants de ce pays ont un besoin si urgent de fuir.
 

Le monde manque depuis longtemps à son devoir envers la population du Yémen et celle de Syrie, mais le décret du président Trump est pire que tout. Le 9 février, une cour d’appel fédérale a rejeté le recours présenté par le gouvernement américain contre la décision ordonnant la suspension du décret anti-immigration du président Trump, ce qui signifie que ce texte demeure suspendu – pour le moment. Le président des États-Unis a immédiatement promis de poursuivre le combat judiciaire, et les réfugiés engagés dans une procédure de réinstallation restent en proie à l’incertitude. Alors que l’affaire va selon toute vraisemblance être portée devant la Cour suprême, les ressortissants d’Irak, d’Iran, de Libye, de Somalie, de Syrie et du Yémen sont toujours sous la menace d’une interdiction d’accès au territoire américain. Nous ne devons jamais oublier les répercussions concrètes de cette bataille judiciaire, qui déchire des familles, plonge des gens dans l’incertitude et sépare des enfants traumatisés de leurs parents.


Le chaos et la misère que provoquerait le rétablissement du « décret anti-immigration » sont indicibles. Nous sommes confrontés à la pire crise des réfugiés de ces dernières décennies ; dix pays, qui ne représentent que 2,5 % du PIB mondial, accueillent aujourd’hui 56 % des réfugiés de la planète. Une action audacieuse de la part des dirigeants des pays riches pourrait contribuer à gérer cette crise, mais celle-ci fait cruellement défaut.
 

Même si elle est à saluer, la décision rendue ce jeudi 9 février n’a pas concerné les dispositions du décret prévoyant de réduire de plus de la moitié le nombre de réfugiés admis sur le sol américain en 2017 et fixant un plafond de 50 000 personnes. Beaucoup des réfugiés qui sont parvenus à quitter des zones de conflit se retrouvent aujourd’hui dans des pays pauvres, où ils vivent en marge de la société, dans des conditions très rudes qui, ils espèrent, ne dureront qu’un temps. Sans emploi, loin de leur famille et peinant à entrevoir un avenir, des milliers de réfugiés vulnérables ont vu leurs espoirs de réinstallation aux États-Unis anéantis, alors que ce pays est de longue date une terre d’accueil pour les personnes qui fuient un conflit.
 

Donald Trump vient à peine de s’installer à la Maison Blanche qu’il a déjà piétiné cette tradition américaine. Son action va avoir des répercussions bien au-delà des frontières des États-Unis. Quelles seront en effet les conséquences sur les politiques des pays d’accueil, à l’image du Liban et du Pakistan, si l’un des pays les plus riches et les plus influents au monde restreint aussi sévèrement son programme de réinstallation ? Ces pays pourraient bien changer d’avis et renvoyer les populations importantes de réfugiés qu’ils accueillent vers leur pays d’origine – l’Afghanistan, l’Irak et la Syrie, par exemple –, toujours en proie au conflit armé et à une profonde insécurité.
 

Lundi 6 janvier, le président Trump a publié le tweet suivant : « La menace du terrorisme lié à l’islam radical est bien réelle, regardez ce qu’il se passe en Europe ou au Moyen-Orient. »
 

De toute évidence, le président est conscient que les ressortissants de certains des sept pays visés dans son décret sont tout particulièrement exposés à des actes terroristes. Sa tentative de leur fermer les portes des États-Unis ne peut être interprétée que comme un acte d’une cruauté et d’un mépris impitoyables à leur égard.
 

Même si l’on fait abstraction de la multiplication vertigineuse des violations flagrantes des droits humains qu’entraînerait la suspension du programme de réinstallation des réfugiés, invoquer la protection des États-Unis contre le terrorisme pour justifier l’interdiction de l’entrée de personnes fuyant la guerre sur le territoire américain est de toute évidence une aberration. Les réfugiés sont bien souvent les victimes d’actes terroristes, ils n’en sont pas les auteurs. L’incapacité de l’un des hommes les plus puissants au monde à établir cette distinction est particulièrement inquiétante.
 

En défendant son décret anti-immigration, le président Trump s’aliène certains de ses alliés les plus importants dans la lutte contre le terrorisme – ces personnes qui ont souffert aux mains de groupes armés tels que celui se désignant sous le nom d’État islamique. Ce sont le sabotage de ces alliances et l’accroissement de l’hostilité à l’égard des États-Unis qui constituent de véritables menaces pour la sécurité américaine. Pourtant, le président Trump choisit de ne pas voir nos points communs avec les réfugiés et de ne rien savoir de leur expérience. Il n’est sensible qu’aux différences et aux frontières, et c’est aujourd’hui notre devoir à tous de veiller à ce que cette vision des choses ne se propage pas.
 

L’interdiction frappant les réfugiés syriens et les restrictions à la réinstallation font délibérément souffrir certaines des populations les plus vulnérables de la planète, sous le prétexte extravagant de protéger les citoyens américains. Or, ils sont de plus en plus nombreux à faire savoir que cette interdiction et ces restrictions ne les représentent pas et sont contraires à tous les principes que leur pays prétend défendre. Beaucoup sont descendus dans la rue pour exprimer leur opposition ; la courageuse action militante de ces personnes devrait tous nous inspirer.
 

Nous devons réagir à la xénophobie et au racisme par la solidarité et la fermeté. L’histoire n’a jamais été tendre à l’égard de ceux qui ont tourné le dos aux plus vulnérables, et nous devons accepter de partager la responsabilité de défendre nos principes en cette période dangereuse. L’avenir s’annonce sombre pour celles et ceux qui se soucient des droits humains, en particulier pour les réfugiés, mais l’opposition déjà affichée par les citoyens et les institutions judiciaires montrent que tout espoir n’est pas perdu. Quand Donald Trump déchire des familles, nous devons nous employer à les rassembler. Quand il s’en prend aux réfugiés, nous devons leur ouvrir les bras. Quand il tente de fermer les portes, nous devons nous battre pour qu’elles restent ouvertes.
 

Consulter le dossier spécial consacré aux « débuts de l’ère Trump » sur www.amnesty.fr 
 

Cet article a initialement été publié sur le site du Time.

Salil Shetty 
Secrétaire général d’Amnesty International


 







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