Mercredi 4 Janvier 2017

Combien ça vaut, une femme violée ?

Par Caroline De Haas.



Des centaines de milliers de femmes sont victimes de violence autour de nous. Parmi nos collègues, nos ami-e-s, nos familles. Mais c'est quoi notre foutu problème ? Coup de gueule et coup de fatigue à l'occasion de la journée mondiale de lutte pour l'élimination des violences contre les femmes.


Chaque 25 novembre, nous regardons, découvrons ou relayons les chiffres des violences contre les femmes. Et chaque 26 novembre, on tourne la page en attendant l’année suivante.


On tourne la page. Et restent sur le terrain les associations qui accueillent les victimes, les quelques professionnelles et professionnels qui se forment et travaillent sur le sujet. Et les femmes. Les centaines de milliers de femmes qui subissent les violences, insultes, pressions, mains aux fesses, humiliations, coups, viols, brulures, tortures, prostitutions, séquestrations, …
 

Chaque jour qui passe, notre société laisse des vies, des corps, des énergies, des ambitions, des familles, des enfants être abimés, cassés, ralentis. Chaque jour qui passe, notre société laisse des hommes taper, insulter, violer, harceler des femmes juste parce qu’elles sont femmes.
 

Comment pouvons-nous tolérer ça ?
 

(Là, vous vous dites : elle y va fort quand même. C’est vrai, c’est quand même pas ma faute si des femmes sont victimes de violences) 


Et bien, je vais vous dire : je pense que si. 


C’est de ta faute. Et de la mienne. Et celle de ton voisin ou de ta voisine. C’est notre faute à toutes et tous. Parce qu’au final, si chaque jour qui passe, plus de 200 femmes sont violées, c’est que nous avons fermé les yeux. Si, chaque jour qui passe, plus de 200 hommes se sentent autorisés à violer, c’est que nous avons raté un truc.


Et c’est là qu’arrive le coup de fatigue. Parce qu’en réalité, nous savons exactement comment faire pour que les violences contre les femmes reculent dans notre pays.


Nous savons comment faire car nous avons déjà mené des politiques publiques qui ont réussi, en quelques années, à changer radicalement les mentalités et les comportements, nous en avons quelques unes.


Les recettes sont sur la table : priorité politique, sanctions, recrutement et formations de professionnels, sensibilisation à l’école, communication,


Trop facile ? Peut-être, mais ça marche. Un exemple parmi d’autres sur lequel nous avons fait bouger les choses : la sécurité routière. Il y a 20 ans, après un repas arrosé, si quelqu’un-e se levait avec un verre de trop dans le nez, qu’est-ce qu’on lui disait ? « Rentre bien », voire « Reprends un verre pour la route ». Et aujourd’hui ? On ne vous laisse plus toujours partir. Certes, pas partout, pas tout le temps. Mais quand même. La demande sociale de sécurité routière a radicalement changée.


Comment avons-nous fait ? Priorité politique, sanctions, recrutement et formations de professionnels, sensibilisation à l’école, communication. Des dizaines de millions d’euros ont été investis. Parce qu’on considérait (à juste titre je pense) que l’investissement en valait la peine. Parce que 20 000 morts par an sur les routes, ça valait des millions d’euros de campagnes de communication, ça valait d’emmener tous les collégiens se familiariser au code de la route, ça valait des radars, ça valait plusieurs prises de parole présidentielle dans les journaux télévisées et conférences de presse, ça valait d'organiser des formations, des sensibilisations, des stages, ... 


20 000 morts par an valaient cet investissement. Alors, je pose la question.


83 000 femmes victimes de viol par an, ça vaut combien ?


Caroline De Haas








1.Posté par Mathieu le 06/01/2017 21:38

C'est vrai, ça peut régler une partie du problème.
Mais surtout, il faut arrêter d'élever nos gamines pour qu'elles deviennent "dociles".
Que chaque femme ait prit depuis le plus jeune âge le réflexe de se défendre (avec violence si besoin) et on réglerait une bonne partie du problème.
Le patriarcat fait une éducation aux femmes qui est le préalable au viol.
Et c'est là que ça commence.
J'ai une enfant de 7 ans, et je préfère en faire une teigne qu'une victime d'un salopard notoire. Tant pis si ça ne colle pas avec l'image de la petite fille parfaite.
On en recausera.

2.Posté par ThDa le 06/01/2017 21:57

La politique n'apporte jamais de solution mais que des problèmes. Vous voulez encore investir des millions à perte.
Le recul de la mortalité sur les routes n'a rien à voir avec la politique de sécurité routière, tout le monde le sait.
Les pays occidentaux qui n'ont fait aucune politique en ce sens ont eu exactement la même baisse de mortalité.
La mortalité a chuté grâce à l'innovation, les voitures sont plus fiables.

3.Posté par SylvainLGD le 07/01/2017 00:49

@ThDa. Je n'arrive pas à comprendre comment vous associez la chute de la mortalité avec l'augmentation de la fiabilité des voitures.

Que les voitures soient plus fiables, je vous l'accorde, mais quel est le taux d'accidents mortels liés à un problème mécanique ? et quel est le taux d'accident liés à une défaillance du conducteur (fatigue / réactivité anormalement longue dû à la prise de drogues (alcool inclus)) ?
Alcool et fatigue semblent arriver en tête de palmares : https://fr.wikipedia.org/wiki/Accident_de_la_route.

Je serais intéressé par des liens sur des études corrélant la diminution des accidents et l'innovation. Pourriez-vous en poster ?

Merci d'avance.

4.Posté par Dominique B le 08/01/2017 13:30

D'accord avec ce que dit Caroline de Haas, et d'accord aussi avec ce que dit Mathieu : apprendre aux petites filles à ne pas être dociles est primordial. Dans ma jeunesse j'ai été confrontée à ce type de situation : agressée un soir dans la rue, je me suis retournée et ai fait face à mon agresseur et là je me suis rendu compte que j'avais peur de lui faire mal si je le frappais, un comble !! je ne m'en suis sortie que parce qu'il y avait des policiers pas loin. Pendant toute mon enfance, on m'avait expliqué que ce n'était pas bien pour une petite fille de se battre, ce genre de comportement étant réservé aux garçons. Après une nuit blanche pendant laquelle j'ai ruminé mon impuissance, je me suis dit que je ne pouvais rester dans une telle situation. La semaine suivante, je me suis inscrite à des cours de sport de combat....pour mon plus grand bien être.

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